L’Europe veut se doter d’un pacte sur les flux migratoires

L’Europe veut se doter d’un pacte sur les flux migratoires

Une carte bleue pour combler le déficit en talents

Ce diplomate européen, en poste à Bruxelles, est fier de dire : « L’Europe est l’espace le plus ouvert au monde. »

Bruxelles. De notre envoyé spécial, El Watan, 1er juin 2008

Situation qui ne va plus durer puisque, à la demande de Paris, l’Union européenne entend étudier un « pacte » politique sur le flux migratoire. « Nous ne voulons plus de régularisations massives de migrants clandestins », explique cet expert proche du dossier, à la faveur d’une visite d’un groupe de journalistes venus de 17 pays méditerranéens, à l’invitation du ministère français des Affaires étrangères. Déjà, il est question d’une directive européenne pour sanctionner les employeurs qui embauchent au noir des migrants clandestins. L’Italie et l’Espagne, dans le besoin pressant de main-d’œuvre, ont régularisé des milliers de clandestins. Cela a quelque peu traumatisé l’Europe. Un continent qui, en grande partie, a supprimé ses frontières intérieures mais qui semble craindre le pire pour ses frontières extérieures. Que les Polonais s’installent massivement en Grande-Bretagne ou que les Ukrainiens émigrent au Portugal ne semble pas poser problème à l’Union européenne (UE), mais que des clandestins, particulièrement africains, arrivent sur les côtes italiennes ou espagnoles ou sur les îles grecques, cela inquiète au plus haut point les stratèges du vieux continent. Ceux-ci font des projections sur les 20 prochaines années et prévoient un doublement de la population africaine qui s’approche de deux milliards de personnes. Leur crainte ? « Un débarquement massif de jeunes migrants africains en Europe », précise un diplomate. Une thèse que beaucoup d’experts contestent compte tenu de la croissance économique de l’Afrique, plus rapide que celle de l’Europe, et de la faiblesse du flux migratoire africain vers le vieux continent. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui regroupe les principaux pays industrialisés, et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) sont d’accord pour relever, dans leurs rapports, que les principales zones d’émission de migrants sont l’Inde, la Chine, les Philippines et l’Europe de l’Est. L’Afrique arrive loin derrière. L’Asie, autant que l’Europe, attire de plus en plus de migrants puisque la croissance économique se fait actuellement en dehors de la zone OCDE.

« Mobilité circulatoire »

L’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) estime « qu’en absence d’initiatives des pays du Nord riverains de la Méditerranée, l’Amérique du Nord capte actuellement une part croissante de l’émigration la plus qualifiée du sud de la Méditerranée ». Une étude élaborée dernièrement par l’agence d’emploi Manpower a relevé que plusieurs pays, dont ceux de l’Europe, connaissent une pénurie de main-d’œuvre et de talents dans les métiers du bâtiment, de l’informatique et même de la restauration. La France – le chiffre est presque secret – a un déficit de 500 000 postes sans preneur, notamment pour les métiers manuels. L’Allemagne, elle, manque d’ingénieurs informatiques alors que l’Espagne ne trouve pas de travailleurs qualifiés dans l’immobilier. Les intérêts et les besoins des pays font qu’un pacte sur les migrations est difficile à élaborer. « La migration est un sujet de consensus, mais est source de conflits entre les membres de l’UE. Nous plaidons pour une approche reconnue, acceptée par tous les partenaires », explique-t-on à Bruxelles. Pour attirer la main-d’œuvre qualifiée et tempérer quelque peu l’hiver démographique (chute du taux de natalité au-dessous du seuil critique), l’UE va bientôt lancer « la carte bleue », un nouveau permis de séjour qui ressemble à la fameuse green card (carte verte) américaine. La seule différence est que le postulant à la carte bleue doit d’abord trouver le poste d’emploi stable avant de formuler sa demande, une obligation qui n’existe pas pour la green card. Mais là aussi, il faut trouver une plate-forme d’entente entre tous les membres de l’UE puisqu’il n’existe pas de marché européen de l’emploi. « Nous prenons en compte les besoins des pays émetteurs pour qu’il n’y ait pas de fuite de cerveaux », explique un expert qui parle en termes de « mobilité circulatoire ». Autrement dit, permettre à des chercheurs, universitaires, artistes, scientifiques de circuler librement aux fins de ne pas les obliger à s’installer durablement en Europe et priver leur pays d’origine de leurs connaissances. A Bruxelles, on parle de « co-développement » et on insiste sur la formation. Dans la perspective de l’Union pour la Méditerranée (UPM), dont le sommet fondateur est prévu le 13 juillet 2008 à Paris, la France travaille pour que les pays de la rive sud de la mer du milieu profitent du programme européen d’échange d’étudiants Erasmus (European Community Action Scheme for the Mobility of University Students). « Erasmus est le programme européen le plus populaire », estime un chercheur. Les étudiants algériens ne profitent pas encore de ce programme.

Faycal Metaoui