Mort de 15 harraga lors d’une opération de sauvetage en 2008

En raison d’une mauvaise manœuvre des gardes-côtes italiens

Mort de 15 harraga lors d’une opération de sauvetage en 2008

El Watan, 22 septembre 2009

L’épineux dossier des harraga algériens disparus sur la rive européenne a été remis, hier, au-devant de l’actualité après l’annonce faite par la presse italienne quant à une quinzaine d’immigrés clandestins, dont la nationalité n’a pas été divulguée, qui auraient été tués en juin 2008 en raison d’une mauvaise manœuvre d’une vedette des garde-côtes italiens.

Cette information a été rapportée par le quotidien italien la Republica, repris par l’AFP. Ce carnage qui n’a jamais été porté à la connaissance du public a été dénoncé, selon la même source, par une lettre anonyme adressée par un marin de l’unité d’intervention de la marine italienne au parquet de Messine (Sicile-Sud) et à une télévision italienne. Une information appuyée par des photos qui font état de scènes suivantes : « Au moment où il tentait d’aider les candidats à l’immigration clandestine, le capitaine de la vedette a jeté une lourde échelle vers leur embarcation, sous son poids, l’embarcation se serait renversée, tuant plusieurs de ses occupants qui ne savaient pas nager et d’autres happés par les hélices de la vedette d’intervention. » La même source ajoute : « Le marin accuse le capitaine d’avoir été submergé par la panique et de s’être enfermé dans sa cabine. Même l’envoyé de la chaîne de télévision qui a réalisé l’enquête aurait eu la confirmation auprès des rescapés transférés vers un centre pour clandestins à Malte. » La première réaction est venue de Kamel Belabed, porte-parole des familles de harraga annabis portés disparus en mer. En effet, il déclare : « Nous espérons qu’une enquête sera diligentée très prochainement et que nos représentations diplomatiques s’intéresseront de très près à cette affaire en vue du rapatriement éventuel de nos concitoyens, s’il s’avère être des Algériens. » « Si en Europe, la justice finit toujours par faire surface et que personne ne peut cacher éternellement la vérité, chez nos voisins ce sont les prétextes de sûreté de l’Etat qui sont monnaie courante pour cacher la vérité et se soustraire à leurs responsabilités. Plus de 200 de nos enfants sont portés, pour l’heure, disparus en mer ; un bon nombre est probablement décédé dans des conditions similaires sans pour autant avoir une quelconque information sur leur sort. Ce qui aurait permis à leurs familles de faire, au moins, leur deuil. »

Selon Mounira Haddad, présidente de l’association AFAD, membre de l’organisation internationale Cimade qui milite pour la protection des droits des migrants et des réfugiés, « cette question de l’immigration clandestine devient un fourre-tout de la lutte contre le terrorisme pour les pays européens qui veulent juste jouir des richesses qu’ils pompent dans les pays du Sud sans avoir à accueillir les citoyens de ces pays, voilà le nouveau colonialisme. Pour étayer ce que je viens de vous développer, l’Europe va augmenter le budget pour la lutte contre l’immigration clandestine. En effet, la France a multiplié les actions en vue de freiner « cette hémorragie » ». Elle va proposer le 21 septembre aux pays européens pour renforcer les moyens de l’agence européenne Frontex, qui bénéficie déjà d’un budget de 71 millions d’euros, dont 60% pour les opérations maritimes, pour mieux lutter contre l’immigration clandestine. Cette question va être inscrite à l’ordre du jour de la réunion de Bruxelles qui verra la participation des ministres de l’Immigration et de l’Intérieur. « Le piétinement des droits fondamentaux des réfugiés et migrants par des pays très sensibles sur le respect des droits de l’homme est désormais une pratique courante quand il s’agit de non-Européens, on le voit sur différents dossiers où ces droits sont foulés aux pieds par ceux qui dénoncent leur non-application par d’autres », est-il ajouté

Par M. F. Gaïdi