Italie: Un nouveau tour de vis contre l’immigration

La chasse aux sans-papiers a commencé en Italie

Un nouveau tour de vis contre l’immigration

El Watan, 17 mai 2008

Après la France et sa politique de l’immigration choisie, l’Italie compte adopter, mercredi prochain, de nouvelles mesures de lutte contre l’immigration clandestine.

« Un tournant important de la politique de sécurité s’impose », a indiqué, mercredi 14 mai, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, alors que la droite xénophobe entretient l’amalgame entre criminalité et immigration clandestine. Le décret du gouvernement prévoit notamment la création d’un délit d’immigration clandestine puni de 6 mois à 4 ans de prison avec un jugement maximum dans les 15 jours de l’arrestation suivi de l’expulsion immédiate en cas de culpabilité reconnue. Il instituerait aussi des tests ADN pour limiter les possibilités de regroupement familial, prolongerait jusqu’à 18 mois (contre deux mois) la période de rétention dans les centres d’accueil pour les étrangers en situation irrégulière. Une autre mesure sera l’obligation de disposer d’un revenu minimum légal et d’un logement décent sous peine de rapatriement dans le pays d’origine, une disposition qui vise avant tout les Tziganes de Roumanie (Roms) dont deux campements ont fait objet, ces derniers jours, d’une opération de représailles après qu’une jeune Rom eut été arrêtée pour tentative de rapt d’un bébé. Le coup de filet mené par la police s’est soldé par l’arrestation, entre les 7 et 15 mai, de 383 personnes, dont 268 étrangers, essentiellement originaires de Roumanie et des pays du Maghreb. Les personnes arrêtées sont soupçonnées de trafic de drogue, d’exploitation de l’immigration clandestine, de vols et de proxénétisme. Parmi les personnes appréhendées, 53, essentiellement originaires du Nigeria et d’Albanie, ont été immédiatement expulsées. L’agence Telenews a, pour sa part, annoncé que 11 Roumains, dont 3 femmes, ayant des antécédents pénaux, ont été expulsés hier. En outre, 65 autres étrangers (majoritairement du Maghreb et du Nigeria) ont été dirigés vers des centres de rétention, le temps de vérifier leur identité. Alors que la question de l’immigration monopolise les débats en Italie, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, s’est prononcé, hier, pour une révision de la convention de Schengen, car le problème de l’Europe « n’est plus la libre circulation » des personnes, mais celui de « la sécurité ». L’allié de Berlusconi, le parti xénophobe de la Ligue du Nord, dont un haut responsable, Roberto Maroni, est devenu ministre de l’Intérieur, voudrait que l’Italie obtienne une suspension de l’espace Schengen. La première réaction est venue de l’Espagne dont le gouvernement socialiste a critiqué, hier, la politique d’immigration de Silvio Berlusconi, jugeant qu’elle pouvait inciter « au racisme et à la xénophobie ».

Mustapha Rachidiou