Hortefeux triomphe: «Jamais autant de clandestins reconduits»

HORTEFEUX TRIOMPHE

«Jamais autant de clandestins reconduits»

Le Soir d’Algérie, 21 juin 2008

Brice Hortefeux, ministre français de l’Immigration, avait le triomphe en bandoulière jeudi matin à la conférence de presse de présentation du bilan de son secteur, un an après son installation. Jamais sur une année autant de clandestins n’ont été reconduits dans leur pays d’origine», s’est félicité le ministre en livrant les statistiques.
31% de hausse en 2007 de reconduite à la frontière et 80% de hausse pour les seuls premiers mois de 2008. Le ministre se dit fier des résultats de sa politique d’immigration qu’il qualifie «à la fois d’honnête, juste et équilibrée» ; en fait, une politique dont le socle est le chiffre. Et des chiffres, on n’en a pas manqué : la hausse de 80% de renvois chez eux des clandestins en ces débuts 2008 représente 14 660 expulsions et départs volontaires des cinq premiers mois de 2008. La politique de «prends 7000 euros et barre-toi», mise en œuvre par le ministre pour encourager au retour les récalcitrants, a, selon les explications qu’il a livrés, porté tous ses fruits. Les retours volontaires de clandestins ont représenté, de juin 2007 à mai 2008, 38% des reconduites, soit une progression de 374% ! C’est on ne peut plus enivrant et Hortefeux fournit deux explications à cette bonne nouvelle : certains «étrangers en situation clandestine comprennent les règles qui sont les nôtres» et la deuxième raison de cette hausse de départs volontaires, selon lui, «est favorisée par la nette augmentation des sommes versées à ceux qui acceptent de quitter la France de leur plein gré». En fait la fameuse aumône pour se barrer aurait de véritables vertus d’éloignement. Si son secteur ne peut donner des chiffres exacts sur le nombre de clandestins encore sur le territoire, cette population étant par nature «clandestine», le ministre et ses services se sont tout de même servis de certains indicateurs, dont celui de la baisse- 6,2% % de l’aide médicale (CME) accordée à tous les étrangers, y compris les sans-papiers, pour évaluer ces derniers entre 200 000 et 400 000, soit une baisse de 8% en un an. Quant aux résultats de l’immigration régulière, il n’en est pas peu fier : «La rupture a été concrètement engagée», même si l’immigration familiale est toujours majoritaire avec 85 000 cartes octroyées à titre familial, contre 31 000 cartes professionnelles, il ne désespère pas de voir l’objectif affiché pour 2012 d’atteindre 50% d’immigration choisie se concrétiser à cette échéance. L’UMP, le parti au pouvoir, ne s’est pas empêché, lui non plus, de donner de la voix et d’exprimer son entière satisfaction des résultats obtenus et saluer «l’efficacité » et la réussite du chef d’orchestre des expulsions. Mieux encore, le porte-parole de ce parti, Frédéric Lefebvre, «souhaite que celui-ci (Hortefeux, ndlr) fasse école en Europe» et de déclarer que son parti, en cette veille de présidence française de l’UE, fait confiance à Brice Hortefeux pour «convaincre ses homologues qu’on est plus efficace en la matière avec une politique identique dans tous les pays européens ». Le Parlement européen n’a pas d’ailleurs attendu ce satisfecit de l’UMP pour adopter, la veille de la conférence de presse de Hortefeux, «la directive retour» que beaucoup d’ONG et d’associations ont qualifiée de «directive de la honte». Ce texte, adopté par 367 voix contre 206 et 109 abstentions, fera que la durée du placement en rétention d’un étranger en instance d’expulsion peut aller jusqu’à 18 mois. Si pour la France, cette rétention est aujourd’hui d’une durée de 32 jours maximum, et qu’officiellement le gouvernement français a déclaré ne pas modifier sa réglementation sur cet aspect, l’on sait que d’ores et déjà le contenu «du pacte sur l’immigration et l’asile», que la France a concocté et devra présenter à ses homologues européens, pour être voté au cours de la présidence de l’UE par l’hexagone, est des plus répressifs en direction de l’immigration et des exilés du Sud.
K. B.- A.