Déferlement des Harragas algériens au Royaume-Uni

Déferlement des Harragas algériens au Royaume-Uni

Un casse-tête pour les autorités britanniques

Par :Samia Lokmane-Khelil, Liberté, 13 septembre 2009

Fermement opposé à la régularisation des sans-papiers, le gouvernement britannique ne sait pas quoi faire des dizaines de jeunes clandestins algériens qui affluent vers le pays.

Sand Belfitt, premier secrétaire de l’ambassade de Grande-Bretagne à Alger, chargée des questions d’immigration, sera à Londres à la fin du mois en cours. Dans son agenda, elle prévoit de rencontrer des représentants de la communauté algérienne. Le but étant d’examiner avec eux les obstacles que rencontrent nos ressortissants en matière d’immigration et d’obtention de titres de séjour. Ces difficultés ont été exposées à l’ambassadeur Andrew Henderson, lors d’une rencontre avec des compatriotes, en mars dernier, à Finsbury Park, au nord de Londres. Le diplomate avait promis alors que d’autres réunions suivront pour aller plus en profondeur dans la discussion et le traitement des problèmes soulevés. À ce titre, Mme Belfitt prévoit de se rendre le 24 septembre dans le local d’Arab Advice Bureau (un cabinet d’interprétariat et de conseil en matière d’immigration), tenu par des Algériens dans le quartier de Finsbury Park. Le local est fréquenté surtout par les sans-papiers qui souhaitent obtenir une aide juridique pour la régularisation de leur situation administrative. Selon les statistiques fournies par les responsables d’Arab Advice Bureau, le nombre de harragas en quête d’aide est en progression continuelle. “De nouvelles têtes arrivent tous les jours”, observe Saâdia Moh, conseillère. Elle s’attarde sur le cas de deux adolescents arrivés à Londres depuis quelques semaines au bout d’un voyage apocalyptique (dans une barque jusqu’en France et à l’intérieur d’un camion semi-remorque depuis Pas-de-Calais, en France). Compte tenu de leur jeune âge (15 ans et 16 ans), les deux garçons ont été pris en charge par les services sociaux et confiés pour adoption à des familles d’accueil. Mais quand il s’agit d’adultes, la loi britannique est inflexible. Elle prévoit l’expulsion, ni plus ni moins. Dans ses réponses aux membres de la communauté algérienne en mars dernier, M. Henderson s’est voulu clair. Les sans-papiers n’ont aucun espoir d’obtenir un titre de séjour. Selon lui, la Grande-Bretagne ne peut pas offrir l’hospitalité au tout-venant. L’unique solution, à ses yeux, consiste à ce que les clandestins repartent dans leur pays, afin d’empêcher que d’autres ne soient tentés par l’aventure de l’immigration irrégulière. Des sources indiquent que les autorités britanniques voudraient voir leurs homologues algériennes encourager le retour des harragas en leur offrant des opportunités de réinsertion socioprofessionnelle. Pour l’ambassadeur du Royaume-Uni à Alger, notre pays a avancé dans bien des domaines et permet à ses jeunes d’entrevoir leur avenir sous de meilleurs auspices. La réalité pourtant est tout autre. En Europe, la Grande-Bretagne reste une destination de choix pour les dizaines de harragas qui fuient l’Algérie sur des embarcations de fortune. Aucune statistique fiable ne permet de dire combien ils sont en terre victorienne. Des estimations peuvent toutefois être réalisées sur la base du nombre assez élevé de demandes d’asile et de reconduites aux frontières comptabilisé par les services du ministre de l’Intérieur britannique.