Les pays du Sud jouent au gendarme de l’Europe

La répression de l’immigration clandestine devient de plus en plus féroce

Les pays du Sud jouent au gendarme de l’Europe

El Watan, 11 août 2009

Les pays du Sud, dont l’Algérie, ont-ils fini par accepter de jouer le gendarme de l’Europe concernant le phénomène de l’émigration clandestine ? Officiellement non !

Mais sur le terrain, c’est le contraire que l’on constate. Quotidiennement ou presque, la presse nationale donne des chiffres de jeunes candidats à l’immigration clandestine interceptés en haute mer et présentés devant le procureur de la République pour être jugés et emprisonnés par la suite. Le phénomène de l’émigration ne cesse de prendre de l’ampleur en Algérie. Pays de transit pour les clandestins venus d’Afrique subsaharienne au même titre que le Maroc, la Tunisie et la Libye, l’Algérie est devenue présentement « productrice de harraga ». Face à cette progression du nombre de jeunes qui tentent la traversée en empruntant des embarcations de fortune, les autorités algériennes durcissent la répression. Et ce, depuis la promulgation, en 2008, de la loi criminalisant l’immigration clandestine. Cette loi, destinée beaucoup plus à lutter contre les réseaux des passeurs, donne la possibilité aux services de sécurité d’agir contre le phénomène. Depuis, des dizaines, voire des centaines de jeunes ont été arrêtés.

Selon les observateurs, l’Algérie a, à travers ladite loi, répondu favorablement aux demandes des pays du Nord qui ne cessent d’exiger des Etats de la rive sud de la Méditerranée plus de rigueur en matière de lutte contre ce phénomène. L’Europe, qui a fermé ses portes devant les émigrés, réclame toujours des actions plus déterminées des pays du Maghreb contre les passeurs afin de lutter contre l’immigration clandestine. « Il faudrait que ces Etats agissent assez brutalement et mettent la main sur toutes ces officines de passage, très souvent liées au crime organisé et à la prostitution », avait affirmé le vice-président de la commission européenne en charge de la justice et des libertés, le Français Jacques Barrot. L’Europe semble avoir eu gain de cause. Après avoir pu convaincre la Tunisie et le Maroc de mettre en place des centres d’accueil des clandestins sur leurs territoires respectifs, l’Occident gagne une autre bataille, celle de voir l’Algérie durcir son dispositif législatif contre l’immigration clandestine. Le Maghreb devient ainsi un véritable bouclier contre l’immigration clandestine.

En contrepartie, l’Europe n’a fourni aucun effort pour aider les pays « pourvoyeurs d’émigrés » à développer leurs économies et assurer des conditions de vie dignes aux candidats à l’émigration. C’est pourtant une exigence des pays du Sud. « Désormais, notre priorité est que la question du développement soit au centre du règlement et de la solution des problèmes migratoires », avait soutenu le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, début juin, à l’occasion de la visite en Algérie de William Lacy Swing, directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). La contribution européenne pour le développement des pays du Sud n’arrive toujours pas ; la répression contre l’immigration clandestine, elle, est déjà mise en place.

Par Madjid Makedhi


L’UE enterre le droit au déplacement des personnes

Chaque année, des milliers de candidats au départ, rêvant de fuir leur misère, voient leurs espoirs brisés face à une Europe qui se cadenasse.

Le monde a changé : Il y a d’un côté, des milliers de jeunes qui se bercent d’illusions et croient en une vie meilleure, de l’autre, un continent qui montre des signes de nervosité et ferme ses portes. L’Europe, considérée depuis les années 1970, comme une terre d’exil, multiplie les mesures pour la fermeture de ses frontières. Avant-hier, l’Italie, destination privilégiée des migrants africains qui passent par la Libye, a décidé que l’entrée ou le séjour illégaux sur le territoire italien deviennent un délit et soient passibles d’une amende de 5000 à 10 000 euros. Le séjour des immigrés clandestins dans les centres d’identification et d’expulsion passe de deux à six mois, tandis que les personnes louant un logement aux clandestins ou les hébergeant risquent jusqu’à trois ans de prison. Les autres mesures de cette loi controversée prévoient également un « registre des sans-abri » qui seront fichés par le ministère de l’Intérieur ou l’introduction de rondes de citoyens pour assurer la sécurité dans certains quartiers de grandes villes.

Sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, l’UE a renforcé ses frontières extérieures. La surveillance des frontières extérieures de l’UE incombe à l’Agence européenne des frontières Frontex (l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union créée en 2004). Une « patrouille européenne contre l’immigration clandestine » a été créée par l’UE, en 2006, avec un budget de 3,2 millions d’euros. Le « pacte » de l’Europe, décidé en juillet 2008, prévoit notamment que la régularisation des personnes présentes sur le territoire européen et se trouvant en situation administrative irrégulière se fera au « cas par cas ». Il préconise également un durcissement des conditions du regroupement familial. Ce document a été considéré par plusieurs organisations de défense des droits des immigrés comme une « directive de la honte ». Presque tous les pays européens ont mis en place des mesures pour restreindre l’immigration.

La Suisse a ainsi décidé, par voie référendaire, de refuser d’accueillir tous ceux qui ne seraient pas d’origine européenne. Selon la loi acceptée par la population, seuls les travailleurs qualifiés pour un poste précis, qui ont par ailleurs des connaissances que personne d’autre en Europe ne possède, pourront faire leur entrée au pays de manière prolongée. En 2008 et selon les chiffres d’Eurostat, sur près de 240 000 demandes d’asile (soit 480 par million d’habitants), 73% ont été rejetées (141 730) 24 425 demandeurs (13%) se sont vu octroyer le statut de réfugié, 18 560 (10%) la protection subsidiaire et 8970 (5%) une autorisation de séjour pour des raisons humanitaires. Toutes les mesures prises par l’Union européenne n’ont rien changé au fait que de plus en plus de candidats au départ tentent l’aventure. Le 29 mars dernier, 200 migrants se sont noyés au large de la Libye. Le rêve de gagner « l’eldorado » européen se transforme ainsi en véritable cauchemar.

Par Amel B.