Harraga algériens détenus en prison à Malaga: Les premières expulsions d’Espagne ont commencé

Harraga algériens détenus en prison à Malaga: Les premières expulsions d’Espagne ont commencé

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 14 décembre 2017

Les premiers harraga internés, depuis novembre dernier, dans le centre pénitentiaire d’Archidona, près de Malaga, dans le sud de l’Espagne, commencent à être expulsés vers l’Algérie. Ainsi, 40 Algériens détenus dans cette prison, construite récemment, et qui devrait commencer à accueillir des détenus en 2018, ont été acheminés dans deux bus jusqu’à Valence pour leur expulsion en Algérie. Une démarche dénoncée par la plate-forme citoyenne contre le CID Archidona, qui indique avoir été informée que le Centre de rétention d’étrangers improvisé était en contact avec le consul algérien ainsi que des avocats pour les démarches administratives, en vue de l’expulsion des immigrés clandestins. Rappelons que Madrid comptait demander à Alger de renforcer le contrôle frontalier de ses mille kilomètres de côtes afin de stopper ces débordements coordonnés d’immigrants illégaux et éviter les tragédies humaines qui en découlent. Dani Machuca, porte-parole de la plateforme, dénonce également l’empressement de la justice espagnole à accélérer les notifications d’expulsion. Une urgence décidée par la montée de la protestation populaire à Malaga qui conteste le recours à des internements administratifs dans une prison. Le compte Twitter «Borders without Filter» a rapporté que les proches des migrants rapatriés de la prison d’Archidona ont annoncé leur arrivée en Algérie. Les expulsions vont se succéder et il est probable que d’ici demain les migrants emprisonnés à Archidona seront tous rapatriés. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido, avait avoué être débordé par cet afflux sans précédent de harraga; 962 personnes sont arrivées par la mer depuis le 16 novembre dernier dont 562 Algériens. La moitié de ces migrants ont été interceptés non loin des côtes de Murcie, où ils ont été débarqués. Selon le quotidien espagnol d’information générale ABC, 600 Algériens ont débarqué à Almeria et Murcie entre le 26 octobre et le 3 novembre derniers. Pour faire face à la situation, Madrid a décidé d’«héberger» près de 500 de ces migrants, arrivés en Espagne après l’interception de leurs embarcations, dans le centre pénitentiaire d’Archidona.

Cette décision d’interner les migrants dans un centre pénitentiaire n’a pas fait l’unanimité en Espagne puisque de nombreuses voix se sont fait entendre pour dénoncer son aspect inique. Ainsi, leur placement dans la prison d’Archidona a été vivement critiqué par des ONG locales dont Malaga Acoge, même si elle a été autorisée par la justice. «Nous sommes radicalement contre», a déclaré à l’AFP son directeur Alejandro Cortina, expliquant que des étrangers ne peuvent être retenus dans des prisons. «Nous ne savons pas s’il y aura du personnel habilité pour détecter la traite d’êtres humains, ni si un juge supervisera cette installation», à l’instar des centres de rétention d’étrangers. Le Service jésuite aux migrants, qui les assiste dans ces centres d’internement, a aussi estimé que la décision viole «des droits et garanties constitutionnels», regrettant que cette détention «criminalise injustement des personnes qui n’ont commis qu’une infraction administrative». Cette vague de dénonciations de diverses organisations a provoqué une visite parlementaire au centre et une autre visite surprise des techniciens de l’Ombudsman, une institution de défenseur du peuple. Cette dernière a d’ailleurs dénoncé dans un rapport «de nombreuses lacunes» enregistrées dans le centre, à l’instar des soins de santé ou dans la surveillance policière. Pour sa part, le procureur de Malaga, et après une visite à la prison d’Archidona, a considéré qu’il n’y a aucun dysfonctionnement qui doive être corrigé. La plate-forme citoyenne contre le CID d’Archidona a appelé, de son côté, à une nouvelle manifestation, le dimanche prochain à midi, devant la prison.