Drones de surveillance des migrants clandestins : Alger dit non à Bruxelles

Drones de surveillance des migrants clandestins : Alger dit non à Bruxelles

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 26 mai 2015

L’Algérie a récemment refusé une demande de Bruxelles de lui fournir une base pour des drones de reconnaissance chargés de surveiller la Méditerranée à la recherche d’éventuels mouvements de migrants clandestins.

L’information a été rapportée ce dimanche par Xinhua, le premier site d’information en français en Chine, qui cite une source diplomatique algérienne sans la nommer. Selon cette dernière, l’Union européenne (UE) a sollicité Alger pour mettre en place une plate-forme sur son sol qui servirait de base pour des drones chargés de repérer en mer toute tentative de migrants clandestins de traverser la Méditerranée. Selon la même source, l’UE aurait proposé les côtes témouchentoises pour implanter cette base. Un choix dicté par la proximité des côtes avec l’Espagne et du fait qu’elles sont une rampe de lancement pour les harraga algériens de même que les côtes mostaganémoises. Le diplomate algérien a également déclaré que l’UE a fait la même demande au Maroc et en Tunisie afin de suivre le mouvement des bateaux de transfert des migrants ou les go fast transportant de la drogue en direction des côtes françaises, italiennes ou espagnoles. La source n’a pas explicité, selon Xinhua, les raisons du refus algérien alors que des lectures locales estiment que l’Algérie craindrait que ce genre de système de surveillance ne soit utilisé pour espionner son territoire. L’Algérie a de tout temps refusé dans le principe l’installation sur son sol de plateforme de surveillance ou de base militaire comme cela a été le cas pour l’Africom.

La demande européenne s’inscrit dans sa logique de lutte contre l’immigration clandestine qui consiste, selon la même source, à mettre en place des plates-formes pour drones dans des îles et des villes côtières des pays des deux rives de la Méditerranée occidentale. Une manière d’intervenir en amont avant d’être confronté à ces cargos de la mort qui charrient presque chaque jour leurs lots de clandestins morts ou vivants. En 2014, quelque 218.000 migrants avaient tenté de traverser la Méditerranée. Au moins 3.500 d’entre eux avaient trouvé la mort, faisant de ce trajet «la route la plus mortelle du monde», selon le haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Depuis le début de l’année en cours, près de 1.800 personnes sont mortes dans des naufrages en Méditerranée dont une grande majorité d’Africains, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). L’Europe compte s’attaquer directement aux responsables de ces traversées qui contrôlent un marché juteux à partir principalement des côtes libyennes. L’enjeu est également sécuritaire avec la crainte de l’Europe de voir débarquer sur ses rivages d’éventuels terroristes disséminés parmi les milliers de réfugiés qui échouent particulièrement en Italie.