Les divergences de vue entre l’Algérie et l’UE

Lutte contre les réseaux de trafic de migrants

Les divergences de vue entre l’Algérie et l’UE

Le Soir d’Algérie, 25 août 2016

Un accord de réadmission de migrants similaire à celui conclu par l’Union européenne et la Turquie est-il possible avec l’Algérie ? Les divergences entre les deux partenaires sur la gestion des flux migratoires sont en tout cas insurmontables.
Lyas Hallas – Alger (Le Soir) – La chancelière allemande Angela Merkel a réitéré mardi dernier son souhait de voir se multiplier les accords de réadmission des migrants avec les pays se trouvant sur les routes migratoires qui mènent en Europe. Des pactes à l’image de celui conclu avec la Turquie et qui consiste pour les Européens en le financement de la prise en charge des migrants dans les pays de transit. «Nous allons devoir conclure des accords semblables avec d’autres pays, grosso modo en Afrique du Nord, pour mieux maîtriser les routes migratoires dans le centre de la Méditerranée», a-t-elle déclaré au Passauer Neue Presse et au Ruhr Nachrichten.
Or, les pays nord-africains de transit, notamment l’Algérie, réfutent – à juste titre – le rôle de gendarme que leur confère ce genre d’accord et que Merkel veut leur faire jouer pour le compte de l’Europe. Et si l’Union européenne a pu faire signer des partenariats sur la mobilité des personnes à la Tunisie et au Maroc, ce dernier ne veut pas l’appliquer. L’Algérie, elle, a toujours rejeté les conditions posées par les Européens.
En somme, ces accords portent sur la coopération en matière de lutte contre les réseaux de trafic de migrants en contrepartie de la facilitation des procédures d’octroi des visas pour certaines catégories de personnes (étudiants, chercheurs et hommes d’affaires) ainsi que l’intégration en Europe de leurs ressortissants en situation irrégulière. Des partenariats que la chancelière allemande veut désormais élargir à la réadmission des migrants irréguliers.
Mais, si «de tels accords sont aussi dans l’intérêt des gens qui fuient» aux yeux d’Angela Merkel, l’Algérie trouve humiliant le rôle que lui confère de tels accords dont le financement des projets de développement est conditionné par la mise en place de centres de détention et même de tri pour les migrants et la réadmission des migrants expulsés d’Europe, quelles que soient leurs nationalités. C’est-à-dire, des projets de développement en contrepartie de centres de tri pour les migrants. Il revient ainsi au pays de transit de devenir un dépotoir de migrants reconduits aux frontières européennes et refusant de rentrer chez eux.
En tout cas, l’Algérie, qui n’impose pas de visas aux ressortissants des pays voisins lesquels peuvent y circuler librement pendant trois mois, prône une démarche globale pour le règlement de la question.
Une démarche qui ne se réduit pas à une gestion policière du phénomène mais, qui implique des investissements de la part des pays récepteurs de migrants dans le développement des pays émetteurs.
L’Algérie ne veut donc pas coopérer selon les conditions européennes. Elle refuse surtout la réadmission des ressortissants non algériens. D’autant qu’elle organise la reconduction aux frontières des migrants clandestins en coordination avec les ambassades de leurs pays, dans des conditions qui se veulent humainement acceptables.
L. H.