Critiquée sur le dossier de l’immigration, la France s’attaque à l’Algérie

CRITIQUÉE SUR LE DOSSIER DE L’IMMIGRATION, LA FRANCE S’ATTAQUE À L’ALGÉRIE

La dérive de trop

L’Expression, 15 Août 2010

L’UMP estime que la France n’a pas de leçon à recevoir de notre pays.

La France est irritée par les critiques venant de l’extérieur. Au lendemain des inquiétudes exprimées par les experts du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU (Cerd) quant à la politique prônée par Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l’immigration, le parti présidentiel UMP s’attaque à l’Algérie dont le seul tort étant de faire partie du Comité onusien. Le porte-parole du parti, Dominique Paillé, a réagi rapidement, trop rapidement même, en tenant des propos démesurés et politiquement incorrects contre les pays qui constituent le Cerd. Il s’est dit de prime abord «surpris par l’attitude de ce Comité», dont il conteste la composition, «avec des gens qui viennent de pays qui ne respectent absolument pas les droits de l’homme». Il citera nominalement l’Algérie. Et oubliera au passage que d’autres pays, qui ont la réputation d’être les pionniers des droits de l’homme, comme l’Angleterre et les Etats-Unis, ont approuvé ce rapport. Dominique Paillé omettra aussi les divergences qui existent même à l’intérieur de la France, essentiellement dans la classe politique autour des idées défendues par le président Sarkozy en matière de lutte contre l’immigration. Sur la même ligne, le député UMP du Nord Christian Vanneste, a de son côté, déclaré que la «constitution même» du Cerd «le rend suspect». Selon lui, «tous les pays qui en font partie ne sont pas des exemples de démocratie vivante, ni des exemples du respect des minorités: l’Algérie, la Russie, la Roumanie qui traite très mal les Roms chez eux». «Il faut voir dans quel état ils sont lorsqu’ils viennent chez nous», a ajouté le parlementaire. L’UMP aurait-il dû faire l’économie d’une nouvelle dérive politique avec l’Algérie d’autant plus que les propos «racistes» engageraient théoriquement son premier responsable, le président Sarkozy? Et puis, pourquoi engager l’Algérie dans un débat franco- français? Les réactions même «démesurées» de l’UMP nous renseignent toutefois sur les arrière-pensées du parti présidentiel en ce qui concerne les relations franco-algériennes. Elles expliquent surtout les raisons du blocage diplomatique entre les deux pays depuis les dernières élections en France. Le Cerd a émis des réserves sur une vision et non sur la France. Sarkozy et l’UMP détiennent-ils la vérité absolue? Le Cerd a peut-être tort, Sarkozy a peut-être raison. La France pourrait donner des leçons de démocratie et sur les droits de l’homme en Algérie. Le débat n’est pas là. La véritable problématique réside dans cet entêtement du camp Sarkozy pour la provocation lorsqu’il s’agit de l’Algérie. Les exemples ne manquent pas. Rappelons que les socialistes ont tiré à boulets rouges contre le gouvernement «premier responsable de ce climat d’insécurité et de xénophobie». Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale en charge des questions de société, a dénoncé «les manigances estivales d’une bande sans scrupules, prête à instrumentaliser toutes les haines pour de basses raisons électoralistes». Elle déplore l’«image exécrable» de la France véhiculée par les critiques du Comité, composé de 18 experts du monde entier.
Le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, a affirmé lui que les critiques à l’ONU envers la France, concernant un «manque de volonté politique», étaient «un montage pur et simple». «L’ONU ne critique pas la France. Il y a un comité qui réfléchit et des personnes qui se sont exprimées à titre individuel. Le comité, lui, rendra son avis le 27 août.» Le bras droit du président Sarkozy a aussi soutenu que «le rapporteur du comité a fait une proposition d’avis très laudative pour la France». En France, «on a un arsenal juridique qui n’a rien de raciste», a-t-il conclu.
De son côté, le Quai d’Orsay a regretté «l’utilisation partielle de certains passages de communiqués antérieurs de l’ONU dans les commentaires entendus ces derniers jours. Elle donne ainsi une présentation inexacte et parfois inversée de la réalité des débats qui ont eu lieu à Genève lors de l’audition de la délégation française».
Jeudi, des membres du Cerd avaient vivement critiqué l’attitude de la France face à une «recrudescence» des actes racistes. La question des Roms, dont plus de 40 camps illégaux ont été démantelés en quinze jours, a notamment été évoquée.

Achira MAMMERI