Sécurité, immigration clandestine: Coopération renforcée entre Alger et Paris

Sécurité, immigration clandestine: Coopération renforcée entre Alger et Paris

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 17 mars 2018

Sécurité, lutte contre les réseaux d’immigration clandestine et renforcement de la coopération entre les administrations des deux pays ont été les grands thèmes abordés lors de la rencontre entre les walis et les préfets de France jeudi à Alger. A la veille de cette rencontre, le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’était entretenu avec son homologue algérien Nouredine Bédoui, sur les grands thèmes liés à la sécurité, l’immigration clandestine et la situation régionale au Sahel et en Libye. Le ministre français a souligné dans son intervention que «les deux pays peuvent devenir des acteurs qui aideront à recréer une zone de paix, de prospérité et de développement autour du bassin méditerranée. Je crois qu’une alliance profonde entre nos deux pays pourrait changer la face du monde dans cette région». Il a qualifié cette rencontre de «particulièrement utile», souhaitant qu’elle «trouvera ses prolongements dans l’avenir». Il est important pour lui que la coopération entre les administrations des deux pays s’inscrive au quotidien. Il s’engage à tout faire pour que les relations soient «plus fluides et plus efficaces entre les responsables des administrations de l’Algérie et de la France». «Même si les contextes sont différents, nos défis sont les mêmes et nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. C’est là l’objet de cette rencontre», a encore souligné le ministre français de l’Intérieur.

De son côté, le ministre algérien de l’Intérieur, Nouredine Bedoui, a estimé que les échanges entre les walis et les préfets «produiront de nouveaux projets de coopération et la dynamique souhaitée pour un second souffle dans notre coopération bilatérale». M. Bedoui a également souligné dans son intervention que «nous sommes en mesure d’élargir notre coopération et intensifier nos échanges». Mais, les deux pays doivent «approfondir leur coopération sécuritaire», car le bassin méditerranéen est «le plus grand espace caractérisé par des défis sécuritaires étendus et divers, allant de l’immigration clandestine, des réseaux de contrebande, de trafic de drogue, du terrorisme à la criminalité transnationale». «Ce sont tous des enjeux sécuritaires dont nous sommes conscients, de part et d’autre», ajoute le ministre algérien.

Au sujet de l’immigration clandestine, le ministre français a plaidé dans une conférence de presse pour que les deux pays mettent «en échec les réseaux de passeurs» en Méditerranée et créent un «pôle de stabilité» dans le bassin méditerranéen. «Je crois qu’une alliance profonde entre nos deux pays pourrait changer la face du monde dans cette région». M. Collomb a ajouté qu’«on se doit d’approfondir notre coopération sécuritaire, car la sécurité de chacun des deux pays commence avec celle de l’autre pays».

Les deux ministres se sont entretenus sur les problèmes de sécurité liés au terrorisme et au retour des terroristes étrangers ayant combattu dans les rangs de Daech, du groupe Etat islamique, ainsi que sur le volet «des demandes d’asile d’Algériens en France», a précisé Gérard Collomb. Selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), les Algériens figurent en 2016 et 2017 parmi les 10 nationalités ayant déposé le plus de demandes d’asile en France. Ils sont près de 2.500 Algériens ayant déposé une demande d’asile en France en 2017, soit 25% de plus que l’année précédente, selon l’Ofpra. «Il y a beaucoup de visas qui sont donnés» par la France en Algérie. Comment se fait-il qu’il y ait des gens qui demandent l’asile ? Il n’y a pas besoin de demander l’asile en France. C’est des sujets qu’il faut que nous traitions ensemble», s’est interrogé le ministre français.

Sur la situation au Mali et en Libye, Gérard Collomb a salué l’engagement et les efforts de l’Algérie pour y instaurer la paix et a plaidé pour le renforcement de la coordination algéro-française pour mettre en échec les réseaux terroristes et criminels dans la région. «Je tiens à saluer l’engagement de l’Algérie sur ces questions, notamment son rôle central pour le recouvrement de la paix au Mali et son appui au processus conduit par les Nations unies pour la stabilisation de la Libye». «Les efforts de l’Algérie sont essentiels pour contribuer à faire reculer le terrorisme dans la région, pour empêcher que des zones de non-droit s’établissent dans la région au détriment des Etats, des populations et de la paix», a ajouté M. Collomb. Pour le ministre français, ces zones de non-droit favorisent les trafics d’armes et de contrefaçon, mais aussi de migrants et de criminels.

D’autre part, sur l’assassinat récent d’Algériens en France, il a affirmé qu’il veillait personnellement à ce que les enquêtes sur ces meurtres «aboutissent». «Ces enquêtes prendront du temps, mais aboutiront». «Nous voulons que rien ne ternisse les relations entre les deux pays ; j’y veillerai personnellement». Ces Algériens ont été assassinés vers le mois de décembre dernier par arme à feu notamment dans la région de Marseille.

Quant à la rencontre walis-préfets de France, elle a en particulier porté sur l’attractivité et le développement économique du territoire. «Nous avons pris plusieurs décisions et mené plusieurs actions liées à la mise en attractivité des territoires, leur modernisation et la diversification de leur économie, dans le cadre d’une stratégie nationale qui fait face aux nouvelles mutations en la matière», a indiqué le directeur général de l’aménagement et l’attractivité du territoire auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Madjid Saada. Trois panels ont été mis en place pour cette rencontre placée sous le signe de «la décentralisation»: l’attractivité économique du territoire, la gestion des grands centres urbains et le management des situations de crise et des risques majeurs».


Coopération algéro-française

«Créer un pôle de stabilité, de prospérité de part et d’autre de la Méditerranée»

El Watan, 17 mars 2018

Les deux ministres de l’Intérieur, algérien et français, réunis à Alger lors d’un séminaire «walis-préfets», ont réaffirmé l’ambition de bâtir un partenariat stratégique.

Depuis la visite du chef d’Etat français, Emmanuel Macron, en Algérie, le 6 décembre dernier, les relations entre Alger et Paris prennent une dynamique soutenue. En tout cas, une volonté d’agir concrètement dans divers domaines de coopération. Les deux ministres de l’Intérieur, algérien et français, réunis à Alger lors d’un séminaire «walis-préfets», ont réaffirmé l’ambition de bâtir un partenariat stratégique.

«Nous sommes en mesure d’élargir notre coopération et d’intensifier nos échanges, ce qui nous permettra à terme d’atteindre l’objectif que nous nous étions fixé, à savoir établir les bases d’un partenariat stratégique durable à la hauteur des aspirations de nos deux pays», a assuré Noureddine Bedoui.

Son homologue français, Gérard Collomb, ira dans le même sens en affirmant sa conviction d’une «alliance profonde entre nos deux pays qui pourrait changer la face du monde dans cette région». «Il faut faire en sorte, que dans un contexte international incertain, de créer un pôle de stabilité, de prospérité et de développement de part et d’autre de la Méditerranée», plaide-t-il.

«Nous devons continuer ensemble à écrire les nouvelles pages d’un livre, lequel permettra aux deux pays de continuer à aller de l’avant, de porter un message de paix, de fraternité, de solidarité et de développement à l’ensemble des pays des deux côtés de la Méditerranée. C’est le sens de ma visite et de notre amitié», ajoute encore M. Collomb.

Les relations «encourageantes» entre les deux pays sont appelées «à être approfondies, vu les enjeux sécuritaires auxquels font face les deux Etats», réplique M. Bedoui. Des propos tenus de part et d’autre qui «rassurent» et qui témoignent de «la confiance» qui caractérise les rapports entre l’Algérie et la France. Une condition nécessaire pouvant permettre aux deux capitales de mieux faire face à des défis communs, qui sont notamment la lutte contre le terrorisme, le retour des djihadistes étrangers de Daech dans leurs pays d’origine…

«On se doit d’approfondir notre coopération sécuritaire, car la sécurité de chacun des deux pays commence avec celle de l’autre», estime le ministre algérien de l’Intérieur. Il y va de même pour la «stabilité» et la sécurité dans le Sahel en proie à une double menace, que font peser sur cette région les mouvements terroristes et les groupes de trafiquants en connexion avec le crime organisé.

A ce propos, Gérard Collomb a tenu à saluer l’engagement de l’Algérie sur les enjeux de sécurité au Sahel. «Je pense à son rôle (l’Algérie) pour la paix au Mali, ces efforts sont essentiels. Les efforts de l’Algérie sont essentiels pour contribuer à faire reculer le terrorisme dans la région, pour empêcher que des zones de non-droit s’établissent dans la région au détriment des Etats, des populations et de la paix», apprécie-t-il. L’autre enjeu qui doit «contraindre» Alger et Paris à agir de concert est celui lié à la circulation des personnes et l’immigration illégale.

La présence de beaucoup d’Algériens en situation irrégulière en France est un véritable casse-tête pour les services du ministère de Gérard Collomb. Pas moins de 10 000 Algériens ont été interpellés en 2017 et font objet d’obligation de quitter le territoire français. Des mesures difficiles à mettre à exécution. Gérard Collomb s’étonne que des Algériens qui arrivent en France sollicitent l’asile. «Il y a beaucoup de visas qui sont octroyés.» «Comment se fait-il qu’il y ait des gens qui demandent l’asile ? Il n’y a pas besoin de demander l’asile en France.

Ce sont des sujets qu’il faut que nous traitions ensemble», s’est demandé le ministre français. Par ailleurs et au sujet de la coopération des collectivités – objet du séminaire entre walis algériens et préfets français –, les deux parties souhaitent en faire «une passerelle d’excellence pour la promotion de l’échange et de la coopération entre les deux pays».

Amélioration des services publics, attractivités économiques des territoires, développement local durable, décentralisation et gestion des grandes villes étaient les principales questions débattues lors de cette rencontre. Une coopération décentralisée qui devra se matérialiser sur le terrain en donnant plus de prérogatives et surtout de moyens aux élus pour leur permettre d’agir et surtout d’élaborer des politiques répondant aux aspirations, aux besoins des populations et des collectivités.

Hacen Ouali