Immigration : encore un bébé dans les geôles oranaises

Immigration : encore un bébé dans les geôles oranaises

El Watan, 24 février 2012

Encore un nouveau-né et une jeune mère conduits de la maternité aux geôles.

Alexandra Kamguia, née le 21 janvier 2012, et sa mère, Camerounaise d’origine, sont à la prison des femmes de Gdyel (Oran) depuis le 29 janvier après une comparution devant le juge de la chambre pénale du tribunal d’Oran. Maître Djedid, avocat de la LADDH, a demandé au juge de reporter le procès pour défaut de présence d’un interprète. Arrêtées dans l’enceinte de l’hôpital, la maman et son bébé ont été présentés au procureur le 25 février. Un communiqué du Snapap signale que «la maternité de ce sinistre Centre hospitalo-universitaire est devenue un véritable terrain miné pour les mamans subsahariennes enceintes, qui sont systématiquement contrôlées par la police».

Pour rappel, cinq mères ont été reconduites aux frontières et abandonnées à Tin Zaouatine, il y a quelques semaines, en faisant le choix de laisser leurs enfants en bas âge à des familles de leur ethnie. Parmi elles, une femme enceinte arrêtée alors que son fils Ahmed, âgé de sept mois, souffrait d’une insuffisance respiratoire. Un médecin privé avait refusé de soigner l’enfant, raconte son père, un Tchadien en situation régulière. Mère et fils ont été «cueillis» à l’hôpital et l’enfant a séjourné au commissariat malgré son état de santé. L’enfant est décédé il y a quelques jours, a annoncé le Snapap, en s’indignant : «Pas le moindre soupçon d’empathie à l’égard de la maman et du bébé ni de la part de la juge qui a condamné la maman d’Ahmed pour délit d’immigration illégale (…) ni de la part des policiers qui ont procédé à ce type d’arrestation honteuse», avant d’exprimer ses «inquiétudes à propos d’une éventuelle expulsion du bébé (Alexandra, ndlr)».

Le Snapap condamne «énergiquement les expulsions des femmes enceintes ou avec bébés». Enfin, dans ce communiqué adressé à la presse, le Snapap signale que «les procédures actuelles d’expulsions aux frontières des Subsahariens constituent un véritable fonds de commerce pour tout un réseau maffieux qui profite de la détresse de ces personnes vulnérables. Les charognards, en majorité, sont des fonctionnaires de l’Etat».
Nesrine Sellal