L’ambassadeur algérien à Rabat convoqué: Enième provocation du Maroc

L’ambassadeur algérien à Rabat convoqué: Enième provocation du Maroc

par Mahdi Boukhalfa, Le Quotidien d’Oran, 24 avril 2017

Une fois encore, le Maroc vient de rendre encore plus exécrables ses relations avec l’Algérie, pour notamment détourner l’attention de la communauté internationale et en particulier l’ONU, sur l’urgence de mettre un terme à 42 ans d’occupation du Sahara Occidental.

En fait, ce qui s’est passé vendredi et samedi à Rabat est une autre et énième provocation des autorités marocaines contre l’Algérie. La convocation par les autorités marocaines de l’ambassadeur d’Algérie au Maroc au motif que des réfugiés syriens ont été autorisés à quitter le territoire algérien vers le royaume par les gardes-frontières algériens est un mauvais remake de ce qui s’est passé il y a trois ans, fin janvier 2014. Les autorités marocaines accusent l’Algérie d’avoir aidé 54 ressortissants syriens, entre le 17 et le 19 avril courant, à entrer illégalement à partir de l’Algérie, sur le territoire marocain au niveau de la zone frontalière de la ville de Figuig. Un communiqué du ministère des Affaires étrangères marocain revient avec un ton absolument inopportun et belliqueux sur cette affaire, allant même jusqu’à utiliser des termes jamais enregistrés jusque-là, même au plus fort de la crise des relations entre les deux pays dans les années 1994.

En indiquant que l’Algérie « doit assumer sa responsabilité politique et morale à l’égard de cette situation », le ministère marocain des Affaires étrangères a cru bon d’ajouter que « le drame humanitaire que vivent ces populations syriennes ne devrait pas constituer un élément de pression ou de chantage dans le cadre de l’agenda bilatéral », avant de déborder sur une grave accusation. Le Maroc juge ainsi « immoral et contraire à l’éthique de manipuler la détresse morale et physique de ces personnes, pour semer le trouble au niveau des frontières maroco-algériennes ». En fait, les autorités marocaines, depuis l’avènement du nouveau monarque, soufflent le chaud et le froid sur les relations entre l’Algérie et le Maroc. Jamais au temps de Hassan II, au plus fort de la crise du Sahara Occidental, l’emblème national n’a été souillé par des voyous à la solde du Makhzen et du Palais royal. La nouvelle crise diplomatique que Rabat veut faire naître ressemble en fait étrangement à ce qui s’est passé en janvier 2014. Au plus fort de la crise des réfugiés syriens, le Maroc avait cyniquement tenté de refouler vers l’Algérie, pour la seule période allant du 26 au 28 janvier 2014, 77 ressortissants syriens, dont 18 femmes et 43 enfants.

Ce qui avait été présenté, du côté marocain, comme étant un refoulement de l’Algérie vers le Maroc de ces ressortissants syriens. L’Algérie avait à cette époque convoqué l’ambassadeur marocain à Alger, après que le chef de la mission diplomatique algérienne à Rabat ait été convoqué au MAE marocain.

Ce qui s’est passé ces derniers jours aux frontières entre les deux pays près de la ville de Figuig peut être interprété comme étant une tentative des autorités marocaines de refouler vers l’Algérie des Syriens en situation illégale. Ce qui a, évidemment, donné lieu à une intervention des services de sécurité algériens qui les ont regroupés avant de les refouler vers le Maroc, d’où ils venaient. En général, ‘’lorsque les gardes-frontières algériens interceptent des personnes tentant de s’introduire illégalement sur le territoire national, elles sont immédiatement arrêtées et présentées devant la justice et non refoulées vers le territoire du pays voisin. Ce qui n’est nullement le cas dans cette pénible affaire que les autorités marocaines veulent instrumentaliser », avait expliqué un officier supérieur des gardes-frontières algériens en janvier 2014, lorsque le Maroc voulait expulser vers l’Algérie des ressortissants syriens. La surmédiatisation de cette affaire et le ton outrancier du communiqué du MAE marocain cachent en fait beaucoup de choses, et comme d’habitude, à chaque fois que le dossier de décolonisation du Sahara Occidental est examiné par le Conseil de sécurité de l’ONU. Car bien avant la réaction du ministère marocain des Affaires étrangères, c’est le ministère de l’Intérieur marocain qui a ébruité l’affaire et tenté de culpabiliser les autorités algériennes, alors qu’en réalité, ce sont bien les gardes-frontières marocains qui avaient expulsé vers l’Algérie ces ressortissants syriens. Vendredi dernier, le ministère marocain de l’Intérieur avait, dans un communiqué, ébruité l’affaire, en indiquant que ‘’les autorités ont enregistré récemment l’encerclement par les autorités algériennes de 55 citoyens syriens sur le territoire algérien, dans la zone frontalière maroco-algérienne, près de la ville de Figuig ». Le ministère de l’Intérieur marocain ajoute que « ces immigrants ont été autorisés par les autorités algériennes à atteindre cette zone frontalière via le territoire algérien en plusieurs groupes depuis la nuit du 17 avril 2017. » Comment les autorités marocaines peuvent-elles être sûres que ces ressortissants syriens ont été autorisés à quitter le territoire algérien, alors que les frontières terrestres sont fermées depuis août 1994 entre les deux pays? Et, comment expliquer que ces événements soient filmés et rapportés par les autorités marocaines, comme s’il s’agit d’un scénario préparé d’avance ? Le même ministère de l’Intérieur marocain a en outre cru bon d’ajouter que ‘’ce n’est pas la première fois que les autorités algériennes procèdent à l’expulsion d’immigrants vers le territoire marocain, des comportements similaires ayant été enregistrés par le passé».

Or, si l’Algérie avait vraiment expulsé des ressortissants syriens ou de tout autre pays, il y a longtemps qu’elle aurait été épinglée par les Organisations internationales de défenses des migrants et des réfugiés, dont le HCR, contrairement au Maroc, accusé à plusieurs reprises depuis les années 2000 par Amnesty, HRW, l’AMDH (association marocaine de défense des droits humains) et le Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (GADEM), dont le siège est à Agdal (Rabat). Mieux, on peut même s’interroger sur les objectifs et les non-dits du communiqué du ministère marocain de l’Intérieur sur cette affaire, puisqu’il n’a pas hésité à souligner que ‘’les autorités marocaines ont déploré la situation dramatique des immigrants syriens sur le territoire algérien et les conditions difficiles qu’ils traversent », et « dénoncent aussi les comportements inhumains des autorités algériennes à l’encontre de ces immigrants, surtout qu’il s’agit de femmes et d’enfants dans une situation très vulnérable ».

Depuis quand le Maroc se préoccupe-t-il de la situation des migrants dans un pays tiers ? Au delà de l’ingérence déplacée, les autorités marocaines viennent ainsi de se démasquer et de montrer qu’elles ont monté cette affaire à un moment où le mandat de la Minurso va être reconduit, et que le rapport de la représentante des Etats-Unis à l’ONU sur le dossier du Sahara Occidental devant le Conseil de sécurité dimanche prochain va demander au Maroc de collaborer avec le nouvel envoyé spécial pour le Sahara Occidental pour clore ce dernier dossier de décolonisation en Afrique.