Immigration clandestine: Ce que compte faire le gouvernement

IMMIGRATION CLANDESTINE

Ce que compte faire le gouvernement

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 02 avril 2018

L’immigration clandestine inquiète au plus haut point les autorités algériennes. Jeudi dernier, un Conseil interministériel a d’ailleurs été spécialement organisé pour évaluer la situation jugée «inquiétante», compte tenu des données en possession des responsables.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Selon nos informations, les plus hautes autorités chargées de la sécurité nationale étaient présentes à cette réunion qui se voulait aussi un moment de prise de décisions pour parer à l’urgence.
Une très forte pression émanant de parties étrangères s’exerce en effet depuis un certain temps sur le pays, nous dit-on, pour l’amener à ouvrir des camps de transit permettant aux immigrés subsahariens d’y séjourner, le temps de statuer sur leur sort.
Cette «idée» est notamment véhiculée par des organisations non gouvernementales (ONG) qui s’attellent à dénoncer régulièrement les opérations de rapatriement menées par l’Algérie. Cette dernière perçoit le concept d’un très mauvais œil, puisqu’il s’agirait là d’une manière indirecte d’accepter la présence de migrants clandestins sur son sol.
Le sujet figure d’ailleurs parmi les points soulevés et débattus durant le Conseil interministériel et un refus catégorique a été apporté à cette demande. Alger poursuivra, de ce fait, le rapatriement de toutes les personnes entrées illégalement sur son sol comme cela a été le cas jusqu’à présent. Les responsables concernés estiment, en effet, que les opérations se déroulent dans le respect total des droits des migrants auxquels l’Etat fournit des conditions de transport et de prise en charge dans les normes. «Des concertations sont également menées avec les pays d’origine en prévision de chaque opération», nous dit-on encore. Le procédé mis en place n’a pourtant pas permis d’endiguer le flux des migrants. Le phénomène risquerait même de prendre une plus grande ampleur compte tenu des nouvelles dispositions prises par certaines capitales occidentales pour faire barrière à l’afflux des réfugiés subsahariens.
L’Italie, pays européen particulièrement ciblé par l’immigration clandestine, a récemment dressé un dispositif spécialement conçu pour repousser les Subsahariens en partance vers l’Occident. Un contingent composé de 470 militaires italiens a été déployé il y a plusieurs mois de cela à Madama, un fort nigérien situé à une centaine de kilomètres de la Libye.
De par sa position stratégique, cette région a toujours constitué un haut lieu de trafic en tous genres et, depuis quelques années, un passage idéal pour tous les clandestins africains voulant se rendre en Occident. Le transit s’effectue par la frontière libyenne et les départs se font par mer vers l’Italie. En accord avec les autorités nigériennes, les soldats italiens se chargent de repousser systématiquement tous les candidats à l’immigration. Forcés de rebrousser chemin, ces derniers n’ont d’autre choix que de se diriger vers les frontières algériennes.
Les déplacements à partir du Mali se font principalement au niveau des zones nord où se trouvent pourtant déployé un fort contingent de soldats français mobilisés dans le cadre de l’opération Barkhane. Officiellement, cette force a pour mission de pacifier le territoire où de nombreuses parties maliennes se trouvent en conflit et où pullulent des activistes liés aux groupes terroristes du Sahel.
Des sources bien au fait de la situation qui y règne ont déjà fait savoir que les autorités algériennes «regrettent que le passage des immigrés clandestins se fasse sous les yeux des soldats sans que ceux-ci bronchent ou le signalent. Si les Français le voulaient, ils ne passeraient pas, aucun mouvement ne s’effectue sans qu’il le sache».
Le fait soulève de nombreuses interrogations, auxquelles s’ajoutent celles liées à la «facilité avec laquelle se déplacent les clandestins dans le Tanezrouft, le désert le plus inhospitalier au monde». «Ceux qui s’y aventurent seuls n’ont aucune chance de s’en sortir, il faut de l’aide, des personnes qui connaissent le terrain, des passeurs en d’autres termes», ajoutent nos sources qui s’interrogent en définitive sur le schéma mis en place dans cette zone : «D’un côté, sont positionnés des soldats italiens chargés de refouler du passage libyen, ces derniers remontent vers les frontières algériennes en passant sous les yeux des militaires français et se font aider en route par des professionnels de la survie dans le désert du Tanezrouft. Et lorsque l’Algérie rapatrie les clandestins, des ONG protestent et accusent d’atteinte aux droits de l’Homme puis tentent de faire un forcing pour l’ouverture de camps pour réfugiés. Tout ceci ressemble, à s’y méprendre, à un sombre dessein.» Il y a près de trois semaines, une violente réaction de Maliens rapatriés depuis peu vers leur pays a été enregistrée à Bamako.
L’ambassade d’Algérie a été ciblée par des jets de pierres ayant détruit les caméras de surveillance et les ampoules des bureaux donnant sur la façade extérieure tandis qu’un jardin mitoyen brûlait sous les feux de pneus incendiés. L’avenue où se déroulaient les évènements a été coupée à la circulation mais il a fallu attendre l’arrivée de renforts policiers pour que les premières interpellations aient lieu. Les manifestants exprimaient leur colère suite à leur rapatriement, avait annoncé la presse malienne.
Embarrassé, le gouvernement malien avait réagi en annonçant l’ouverture d’une enquête dont les conclusions n’ont toujours pas été rendues publiques. Une certitude, les opérations de rapatriement se poursuivront cependant en Algérie. Jeudi, lors du Conseil interministériel consacré au sujet, décision a été prise de procéder au recensement et à l’identification systématique de tous les migrants clandestins.
A. C.