Subsahariens aux frontières algériennes: 500 tentatives d’immigration chaque jour

Subsahariens aux frontières algériennes: 500 tentatives d’immigration chaque jour

par Abdelkrim Zerzouri, Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2018

Faisant l’objet de tirs croisés, depuis quelques mois, à propos de la prise en charge du dossier de la migration clandestine, l’Algérie a toujours tenté de se disculper des accusations provenant d’ONG et d’organismes onusiens, en insistant sur les mots et les chiffres, remis à leur juste place, mais au bout de ces efforts qui semblent ne pas convaincre trop de monde, les autorités algériennes font ressortir un argument massue, en l’occurrence le «droit souverain de l’Etat», visant la préservation de la sécurité des citoyens et du pays. La législation nationale «garantit la protection aux étrangers qui entrent de manière régulière en Algérie et un traitement spécial aux catégories vulnérables de migrants clandestins lors des opérations de rapatriement vers leurs pays d’origine (mineurs, femmes enceintes…)», a expliqué le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Noureddine Bedoui, jeudi dernier, devant le Conseil de la nation. Ajoutant que la loi «interdit tout déplacement ou séjour d’étranger sur le territoire national de manière illégale». «Il s’agit là d’un droit souverain de l’Etat», a-t-il soutenu. M. Bedoui a indiqué que «sur instruction du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, les pouvoirs publics veillent à traiter les différents aspects inhérents à ce dossier, notamment la sécurité des citoyens et du pays», estimant qu»’il s’agit là d’un droit souverain, légitime et non négociable». «Les différentes institutions de l’Etat réservent un traitement humain aux migrants clandestins, lors de leur prise en charge», a-t-il rappelé. »L’Algérie croit profondément que plusieurs migrants clandestins étaient contraints de venir dans notre pays en quête de sécurité», a-t-il affirmé, précisant que «des groupes et des réseaux criminels organisés, dont plusieurs ont été démantelés, exploitent leur situation vulnérable et activent dans la clandestinité en vue de faciliter l’arrivée d’autres migrants pour les exploiter». Tout en révélant que «quelque 500 tentatives d’entrée illégale sur le territoire national sont enregistrées quotidiennement aux frontières sud du pays». Un chiffre qui donne franchement le tournis. M. Bedoui a indiqué que l’Algérie était consciente de ces dangers, saluant dans ce sens «les efforts consentis par l’Etat pour endiguer ce phénomène». «Il s’agit d’un droit légitime, celui de préserver sa sécurité», a-t-il soutenu.

Pour mémoire, M. Bedoui a déclaré, ces derniers jours, que l’Algérie a rapatrié durant les trois dernières années 27.000 migrants clandestins vers leurs pays d’origine. Sans manquer de rappeler que l’approche de l’Algérie en matière de traitement du dossier de la migration clandestine reposait sur le «respect rigoureux» des droits de l’homme, conformément aux traités internationaux et à la législation nationale. Dans le cadre des mesures initiées pour la prise en charge du dossier de la migration clandestine, M. Bedoui a avoué que «l’opération de recensement des migrants clandestins est très complexe, car n’étant pas soumise à une déclaration des concernés (migrants clandestins), mais plutôt aux enquêtes menées par les services concernés». «Les pouvoirs publics, en collaboration avec les corps de sécurité combinés, notamment les forces de l’Armée nationale populaire (ANP), stationnaires sur les frontières, font face à ce phénomène, ce qui a permis de réduire le flux de migrants clandestins en Algérie, en tant que mesure préventive, a-t-il dit. M. Bedoui a réaffirmé que l’approche de l’Algérie en matière de traitement du phénomène de la migration clandestine reposait sur le «respect rigoureux des droits de l’homme, conformément aux traités internationaux ratifiés par l’Algérie et à la législation nationale, en l’occurrence la loi N°08-11, relative aux conditions d’entrée, de résidence et de déplacement des étrangers en Algérie», ajoutant que cette loi «constitue le cadre général de la question de déplacement et de résidence des étrangers en Algérie, aussi bien ceux qui se trouvent dans le pays de manière régulière que ceux qui s’y sont introduits illégalement». Il a affirmé, d’autre part, que le phénomène de la migration clandestine «exige la conjugaison des efforts internationaux pour traiter cette question», d’autant que «les rapports internationaux, notamment celui de l’ONU, font état d’une crise alimentaire au Sahel, ce qui aggravera davantage la situation, d’où l’importance de remédier en urgence à cette situation, à travers la conjugaison des efforts internationaux et la mobilisation des ressources pour aider les zones affectées». Cette dernière précision à l’endroit de l’ONU devrait pousser le Comité onusien des travailleurs migrants à mettre en sourdine son questionnaire transmis, en 2017, à l’Algérie, lui demandant des clarifications sur sa politique migratoire et le cadre législatif en relation avec la prise en charge et la protection des travailleurs migrants et leurs familles. Notons que l’Algérie est tenue de répondre à ces questions au courant de l’année 2018, selon la note accompagnant le document portant sur ces questions. D’ailleurs, toutes ces dernières sorties du ministre de l’Intérieur constituent autant de réponses qui clarifient la position de l’Algérie face au phénomène de la migration clandestine.