Les Mouvements armés du Nord du Mali aujourd’hui à Bamako

Mouvements armés du nord du Mali à Bamako

Les Mouvements armés du Nord du Mali aujourd’hui à Bamako

El Watan, 20 juin 2015

C’était l’objectif il y a un an. Faire signer un accord de paix aux Mouvements armés du nord du Mali, ceux qui ont pris les armes en 2012 et les autres, et aux autorités maliennes.

Aujourd’hui, cet objectif sera atteint si la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma) signe l’accord ce matin à Bamako. Les hélicoptères de la mission des nations unies pour le Mali ont décollé de Kidal hier pour transporter plusieurs représentants des mouvements armés. D’autres représentants de ces mouvements étaient arrivés la veille par avion de Nouakchott et Alger.

Lors de la dernière réunion à Alger, ces mouvements politico-militaires avaient estimé avoir obtenu les garanties nécessaires pour la signature. Un document annexe assure que des discussions seront ouvertes sur la question de l’Azawad et que l’armée reconstituée qui doit se redéployer sur tout le territoire malien sera composée d’une majorité d’homme des mouvements armés dans les régions de Kidal, Gao et Taoudenni.

Indifférence Pourtant, si certains afficheront un sentiment de satisfaction de circonstance après cette signature, dans les rues de la capitale malienne, on oscille entre haussement d’épaule et sourire circonspect. Moussa, jeune garçon qui mesure plus de deux mètres, explique : «mon problème, c’est le chômage, pas cet accord. J’ai finis mes études, je n’ai pas trouvé de boulot. Je suis parti au Maroc mais ça n’a pas fonctionné. J’ai fait le nécessaire pour aller jouer au basket dans une équipe de deuxième division à Alger».

Un employé d’un grand hôtel de la capitale ajoute : « François Hollande veut cet accord. Mais ce sont aussi les soldats français qui tirent sur nos soldats dans le nord». Coincé dans les embouteillages provoqués par les pluies de la veille, un chauffeur de taxi monte de son de son autoradio. Ce qui fait l’ouverture du journal de Renouveau Fm, ce sont les questions des députés au gouvernement : une affaire de corruption de marché d’engrais agricoles. Le vieil homme soupire derrière son volant.

Menaka Dans ce climat de défiance, les autorités maliennes ont levé jeudi les mandats d’arrêt en vigueur contre 15 membres de la Coordination des mouvements de l’Azawad dont les représentants doivent se rendre à Bamako ce matin pour signer l’Accord de paix. Le même jour, les membres des mouvements armés de la Plateforme ont annoncé qu’ils se retireraient de la ville de Menaka, ville du nord qui cristallisaient les tensions entre Mouvements armés et entre communautés depuis plusieurs semaines.

Ces deux signes qui rassurent quant à la signature par toutes les parties du texte conçu au fil des huit mois de négociations de paix d’Alger n’empêchent pas les observateurs de s’inquiéter sur la suite du processus.

La sécurité semble la préoccupation principale. Au fil des dernières semaines des dizaines de milliers de personnes ont fui leurs villes et village face aux affrontements armés. Le Conseil de sécurité de l’ONU a officiellement demandé hier aux Mouvements de la Cma et de la Plateforme «d’éviter toute action qui pourrait contrevenir au processus de paix et de faire preuve de responsabilité et de courage pour l’intérêt suprême de la paix au Mali».

Aspirations Les experts relèvent que les attaques dans le sud du Mali révèle une grande fragilité du pays et craignent le retour de violences plus graves comme celles que le Mali a connu en 1994 et 1995.

D’autant que les Mouvements armés se sont divisés et la donne a changé tout au long du processus d’Alger. Aujourd’hui, les populations expriment des positions plus radicales que leurs représentants.

Ainsi, au camp de réfugiés de M’berra, les habitants qui ont fui le nord refuse la signature de l’accord de paix qu’ils estiment trop faible. Un paradoxe que International Crisis Group résume : «la médiation internationale privilégie la restauration de l’ordre et la stabilité dans une situation marquée au contraire par l’aspiration des populations du Nord au changement».

Leïla Beratto