De lourdes pertes dans les rangs d’AQMI et du Mujao

Le MNLA lance une offensive pour libérer Gao et Tombouctou

De lourdes pertes dans les rangs d’AQMI et du Mujao

El Watan, 17 novembre 2012

De violents combats opposaient, hier durant toute la journée, les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA)aux éléments d’Aqmi et du Mujao, au sud de Kidal, non loin de la frontière avec le Niger. Des sources locales parlent de nombreux morts dans les rangs des terroristes, de blessés et de prisonniers.

Au moment où le médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le président Burkinabé, Blaise Compaoré, recevait dans son palais, à Ouagadougou, les deux groupes rivaux Ançar Eddine et le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), pour les amener à se mettre d’accord sur une plateforme commune de sortie de crise, de violents combats opposaient les éléments d’AQMI et du Mujao, dans la région d’Asango, située à plus de 450 km au sud-est de Kidal et à une trentaine de kilomètres de la frontière avec le Niger.

Embuscade contre une colonne terroriste

Selon des sources locales, cette bataille a commencé tôt dans la matinée d’hier lorsqu’un important groupe du MNLA a lancé une embuscade contre une colonne de terroristes venus à la rescousse des leurs, tombés quelques jours auparavant entre les mains des rebelles, qui en ont emprisonné quelques-uns d’entre eux. «Nous avions décidé d’assainir de nombreuses régions, à commencer par mener quelques embuscades dans le désert, notamment dans des endroits connus comme étant des points de passage de ces groupes. Nous avons pu en arrêter plusieurs, au moins une dizaine que nous avons désarmés. Parmi eux des étrangers, mais aussi des Maliens.

Tôt dans la matinée d’hier, une colonne d’une soixantaine de véhicules Toyota Station puissamment armée est arrivée à la rescousse, mais le MNLA les attendait. Un violent accrochage s’en est suivi. Les pertes du côté des terroristes sont importantes. Certains ont été capturés, d’autres ont pris la fuite», a déclaré un officier du MNLA qui se trouve à Asango. Contactées, d’autres sources du MNLA confirment l’information et précisent que cette «opération ne sera pas» la première. «Elle va être élargie aux environs de Gao puis à Tombouctou pour chasser tous les terroristes de l’Azawad.

Durant des jours, nous avons fait campagne dans de nombreuses régions appelant les membres du Mujao et d’AQMI qui ne sont pas impliqués directement dans des actes criminels à se rendre au MNLA. Pour ce qui est de ceux dont les mains sont tâchées de sang, ils seront tout simplement poursuivis et arrêtés. Nous avons le soutien de la population et si la communauté internationale nous aide, nous chasserons tous les groupes terroristes de notre région», note notre interlocuteur. Selon lui, «le MNLA a tiré les leçons. Il est mieux organisé et plus déterminé qu’avant.»

Au sujet de la position d’Ançar Eddine dans cette «guerre» contre les terroristes, nos sources expriment leur «crainte» en disant : «Nous avons pris acte des déclarations d’Ançar Eddine relatives à sa déconnexion des groupes terroristes et de l’extrémisme, mais nous restons attentifs à son comportement par rapport aux batailles que nous menons contre AQMI et le Mujao, avec lesquels il entretient des relations. Pour l’instant, ses éléments sont à l’écart. Nous espérons qu’ils prouveront sur le terrain ce qu’ils disent. Attendons les prochains jours pour y voir plus clair.» Contacté, le commandant Mohamed Ag Najem, chef du commandement militaire du MNLA, confirme, quant à lui, les violents combats qui opposent ses troupes aux terroristes, depuis hier matin, à Asango, ainsi que l’arrestation d’une dizaine de ces derniers.

Négociations à Ouagadougou

«La bataille se poursuit toujours, et jusqu’à maintenant, je n’ai pas d’informations sur le bilan. Nous nous sommes engagés à combattre les groupes terroristes et nous le ferons», a-t-il déclaré, en promettant de rendre public le bilan de ces opérations. Celles-ci ont lieu alors qu’à Ouagadougou, le président, Blaise Compaoré, médiateur de la Cédéao, recevait les délégations, d’Ançar Eddine du MNLA, pour les amener à s’entendre sur «une plate-forme commune». Conduites du côté d’Ançar Eddine par Al Abass Ag Intalla, élu de Kidal, et personnalité influente de cette ville, et du côté du MNLA, par le secrétaire général Bilal Ag Achérif, ces délégations ont déjà tenu de longues discussions dans la capitale burkinabé autour d’un accord qui leur permettra d’aller en rangs serrés négocier avec Bamako une sortie de crise.

Les deux représentants de la région de l’Azawad se sont opposés à toute intervention militaire étrangère dans l’Azawad, tout en ayant chacun de son côté une vision. Ainsi, si le MNLA se réclame de la laïcité et défend l’autodétermination de l’Azawad, Ançar Eddine est un groupe islamiste armé, qui veut instaurer la charia (dans tout le Mali et depuis jeudi dernier uniquement à Kidal), tout en reconnaissant la souveraineté du Mali sur le Nord. Après s’être entendus sur une charte signée par les deux groupes, ces derniers sont entrés en conflit au point de s’entretuer à coups d’armes automatiques.

C’est le MNLA, qui prend la décision de se retirer «pour mieux s’organiser et revenir par la suite», déclarent ses chefs. La menace d’une intervention militaire étrangère dans la région pousse les deux belligérants à se remettre à la table des négociations sous les bons offices du Burkina Faso et de l’Algérie. Une note d’espoir qui peut ouvrir la porte du dialogue et fermer celle de la guerre par procuration prônée par la Cédéao, et surtout par la France.

En tout état de cause, le MNLA vient d’ouvrir un front assez important contre les groupes terroristes. Les jours à venir seront déterminants pour non seulement connaître son poids dans la région, mais aussi pour savoir si effectivement Ançar Eddine peut couper les liens avec AQMI et le Mujao, qui lui ont prêté main-forte pour asseoir son contrôle dans la région, notamment à Kidal.

Salima Tlemçani