Insécurité persistante au Mali

Deux militaires tués dans l’attaque d’un camp de l’ONU

Insécurité persistante au Mali

Liberté, 15 août 2017

Un camp militaire de l’ONU a été la cible, hier, d’une nouvelle attaque terroriste, durant laquelle un Casque bleu et un soldat malien ont été blessés, alors que les deux assaillants ont été éliminés, selon plusieurs sources. “De présumés jihadistes ont tiré sur le camp de la mission de l’ONU à Douentza (centre) depuis une colline. Un soldat malien a été blessé, ainsi qu’un Casque bleu. Mais deux assaillants ont été tués”, a déclaré à l’AFP un élu de la localité.
Le Casque bleu blessé appartient au contingent togolais, selon la presse malienne. “Les terroristes ont visé les Casques bleus de la Minusma”, a indiqué un autre élu de Douentza. “Le soldat malien et le Casque bleu blessés ont été rapidement pris en charge”, a précisé une source militaire malienne. “Il est très difficile d’arrêter ces assaillants parce qu’ils se dissimulent dans la population”, a affirmé une source locale à Malijet, soulignant que les forces armées maliennes ont pu reprendre le contrôle de la situation sur place et ont engagé une vaste opération de ratissage autour de ce camp. L’attaque d’hier est la dernière d’une série d’autres attaques terroristes qui visent à maintenir le Mali dans une instabilité sécuritaire chronique, dans un contexte marqué par un difficile retour de la paix dans ce pays. La persistance de l’instabilité sécuritaire dans le nord du Mali est directement liée à la difficulté de poursuivre la mise en œuvre de l’accord de paix, issu du processus d’Alger. Ce qui a permis aux groupes terroristes de réoccuper le terrain perdu en 2013, suite à l’intervention militaire française dans le cadre de la défunte opération Serval, remplacée par l’opération Barkhane avec l’élargissement de son champ d’action à quatre autres pays du Sahel (Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie). Ces groupes terroristes agissent ainsi en toute impunité et sont même arrivés à avoir de nouvelles recrues parmi les populations des villages isolés et démunis dans le nord du Mali, où la lutte pour le contrôle du territoire entre les mouvements politico-armés, dominés par les Touareg, empêchent tout retour à la normale. La Coordination des mouvements de l’Azawad (ex-rébellion) et la Plateforme (pro-Bamako) se livrent une guerre politique acharnée, ponctuée parfois par de meurtrières violences, notamment à Kidal (extrême nord-est du Mali), pour asseoir leur autorité, au moment où la communauté internationale se bat sur deux fronts : politique et militaire. Ce climat de lutte entre les groupes signataires de l’accord d’Alger a fortement contribué à la dégradation de la situation sécuritaire au Mali, d’où Al-Qaïda au Maghreb islamique a mené plusieurs opérations terroristes dans les pays du Sahel. Transformé en base arrière pour Aqmi et d’autres groupes terroristes, le Mali suscite au sein du Conseil de sécurité de l’ONU une attention particulière. Sa stabilisation est devenue un enjeu international, mais pour le moment, les efforts consentis sur le plan politique et militaire ont été peu efficaces sur le terrain. Ce pourquoi l’ONU a décidé de revoir sa copie concernant le rôle joué par la Minusma au Mali au mois de juin dernier, lors du 3e renouvellement du mandat de cette mission. Le Conseil de sécurité a voté en faveur d’un élargissement des prérogatives de cette mission en lui octroyant la possibilité d’être offensive en cas de besoin, alors qu’elle se limitait auparavant à sécuriser certaines zones et à apporter un soutien logistique aux populations du nord du Mali.

L. M.