Mali: Jusqu’où ira l’implication de l’Algérie ?

Fermeture de la frontière et survol de l’espace aérien

Jusqu’où ira l’implication de l’Algérie ?

El Watan, 16 janvier 2013

De la perplexité à un engagement franc. La position algérienne sur le conflit malien a spectaculairement «évolué» en apportant un soutien clair à l’intervention militaire française au Mali.

Après des mois de discours sur les dangers d’une action armée, Alger s’est subitement rangé derrière l’option militaire. De l’autorisation accordée aux avions français de survoler l’espace aérien algérien sans limite, les autorités algériennes ont pris des «dispositions pour la fermeture de la frontière» avec le Mali. Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, nous a appris, dimanche passé, que «si les troupes africaines doivent remonter au nord, au nord du Nord, eh bien, évidemment, il faudra que les Algériens ferment leur frontière». En langage diplomatique, cela signifie que l’Algérie serait amenée «à agir militairement dans le cas où des terroristes seraient tentés de pénétrer dans le territoire algérien. Cela donne droit à l’armée algérienne de tirer», a expliqué un diplomate algérien.

Des troupes de l’ANP étaient déployées, dès le mois d’octobre 2012, tout au long de la bande frontalière du Sud. Elles sont estimées à 35 000 hommes. L’Algérie, comme tous les autres pays voisins du Mali, est tenue de se plier aux exigences contenues dans la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU qui a «autorisé le déploiement au Mali, pour une durée initiale d’une année, de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma)». Elle stipule dans le même ordre d’idées que «la planification militaire devra continuer d’être affinée avant le lancement des offensives et prie le secrétaire général, agissant en étroite coordination avec le Mali, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine, les pays voisins du Mali, les autres pays de la région, tous les autres partenaires bilatéraux intéressés et toutes les organisations internationales concernées, de continuer d’apporter son concours à l’établissement des plans et aux préparatifs autour du déploiement de la Misma». Pour le diplomate Abdelaziz Rahabi, «ladite résolution est une feuille de route», rappelant que l’Algérie n’a émis «aucune réserve sur cette résolution et, de ce fait, elle est tenue de participer à sa mise en place».

Cependant, l’implication algérienne dans cette guerre se limitera-t-elle seulement à la fermeture de sa frontière et à l’autorisation du survol de son espace aérien ? Ou bien Alger serait-il «convié» à davantage d’efforts de guerre ? Si la guerre au Mali se complique et s’installe dans la durée, l’Algérie serait-elle amenée à ouvrir ses pistes d’atterrissage aux avions militaires ? «Ce n’est pas exclu. En cas de situation d’urgence, des avions militaires étrangers peuvent utiliser les pistes d’atterrissages dans le Sud algérien. Il y a ce qu’on appelle, en pareille situation, les aéroports de dégagement», explique un observateur averti. Il semblerait que toutes les possibilités de participation de l’Algérie soient envisageables, hormis celle d’envoyer les troupes algériennes combattre en dehors du sol national. «La participation directe des troupes militaires algériennes dans les opérations au nord du Mali reste une ligne rouge à ne pas franchir», assure le même diplomate algérien.

Cependant, le rôle de l’Algérie dans cette guerre, menée par la France contre les groupes terroristes, serait actif en matière de logistique et de renseignement. Il est utile de rappeler que, dès le début de la crise malienne, le gouvernement algérien a fourni une aide financière, humanitaire et surtout participe à l’appui à l’armée malienne dans «le renforcement de ses capacités pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé». Le Premier ministre malien, Diango Cissoko, en visite à Alger dimanche passé, aurait sollicité des autorités algériennes «davantage d’aide militaire».
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