Une guerre contre le terrorisme aux portes de l’Algérie, mais sans l’Algérie

Une guerre contre le terrorisme aux portes de l’Algérie, mais sans l’Algérie

Sarah Belhadi, TSA, 04 Novembre 2017

Le G5 Sahel -nouvelle force antiterroriste composée du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad- a débuté mercredi 1er novembre ses premières opérations conjointes.

Parrainée par la France, la force du G5 Sahel, créée fin 2014, a été lancée officiellement à Bamako (Mali) en juillet dernier en présence du président Emmanuel Macron. À terme, cette nouvelle force -officiellement complémentaire à la mission de l’ONU au Mali (Minusma) et à l’opération française Barkhane – doit rassembler 5000 hommes.

Soutien du Maroc

Bien que sceptiques sur l’efficacité d’une telle opération, les États-Unis ont finalement annoncé en début de semaine un soutien financier à hauteur de 51 millions d’euros dans un contexte où la mort de trois soldats américains au Sahel a relancé le débat sur la sécurisation dans la région.

Le Maroc a, de son côté, fait savoir qu’il était disposé à soutenir les pays du Sahel dans le domaine de la formation des troupes et dans la sécurisation des frontières.

En revanche, l’Algérie qui dispose de frontières avec trois pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger) ne fait pas partie de cette nouvelle alliance militaire, et ce alors même que ces frontières représentent des zones de prédilection des groupes terroristes.
Échec du CEMOC

Il faut dire que le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), initiative militaire régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Niger et l’Algérie, lancée en avril 2010, n’a pas montré de résultats concluants.

Ce groupe, piloté par l’Algérie, prévoyait notamment la création d’une base militaire commune de 70.000 hommes à Tamanrasset. À l’époque, le Maroc (qui revendique le principe d’intégrité territoriale -et donc une frontière avec la Mauritanie – alors que l’Algérie soutient l’autodétermination des peuples) avait été exclu de cette initiative militaire régionale.

Pour certains observateurs, la lutte intestine entre Alger et Rabat sur la question du Sahara occidental a contribué au blocage du projet de force miliaire commune. Dans le même temps, profitant certainement de ces griefs, les groupes terroristes ont tranquillement progressé dans la région.

Pour rappel, une partie du Sahel est le théâtre -entre autres- d’une lutte de leadership entre des acteurs non-étatiques, en l’occurrence l’organisation État islamique et Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En outre, l’organisation Boko Haram, née en 2002 au Nigeria, et qui a prêté allégeance à l’État islamique en mars 2015, sévit dans la région du Lac Tchad et menace une partie des pays de l’Afrique centrale.
Alger tente de reprendre la main

Ces querelles en matière de leadership régional et l’échec du CEMOC ont finalement conduit à la mise à l’écart de l’Algérie.

Exclue du G5 Sahel, voyant son leadership régional menacé, la diplomatie algérienne a tenté ces dernières semaines de relancer le CEMOC. Le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a d’ailleurs effectué il y a quelques jours une tournée en Mauritanie, au Tchad, au Mali et au Niger.


Les États-Unis accroissent leur lutte antiterroriste en Afrique, selon le Washington Post

Rafik Tadjer , TSA, 04 Novembre 2017

La présence de nombreux soldats entraînés de l’État islamique en Afrique, notamment au Niger, a contribué à injecter un nouveau souffle au terrorisme en Afrique et créé de nouveaux défis pour les États-Unis dans la région, rapporte le Washington Post ce vendredi.

« Le grand défi pour nous, est l’instabilité en Libye », affirme Kalla Moutari, ministre de la Défense du Niger. « Les combattants et les armes continuent de parvenir de cette région du monde car il n’y a aucun contrôle là-bas », explique-t-il au journal américain.

Afin d’obtenir un soutien local, les terroristes sont parvenus à exploiter les tensions ethniques et communautaires ainsi que la colère issue de la pauvreté et du chômage, relate le Washington Post. La faiblesse et les actions répressives des armées de la région, la mauvaise gouvernance et les frontières poreuses ont également contribué à compliquer les efforts pour lutter contre le fléau.

Pour lutter contre le terrorisme dans la région, l’administration du président américain Donald Trump y a renforcé ses engagements militaires, explique le grand quotidien américain. Le signe le plus récent de ce renforcement est représenté par la promesse de financer une force antiterrorisme dans la région, à hauteur de 60 millions de dollars.

Les autorités américaines demeurent inquiètes que la chute de Daech en Irak et en Syrie les mènent à déplacer leur centre d’intérêt vers l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest, affirme le journal. Des milliers de combattants de l’État islamique ayant combattu en Irak, Syrie et Libye sont originaires de cette région, particulièrement la Tunisie et le Maroc. Daech essaie notamment d’effectuer son retour en Libye d’où elle avait été chassée, orchestrant des attentats suicide et autres violences, affirme le Washington Post, indiquant que plusieurs groupes et cellules liés à Daech ont émergé en Algérie, en Tunisie et au Maroc, poursuit-il.

Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) continue également d’opérer dans la région, attaquant les forces de sécurité et revendiquant des attaques mortelles sur des hôtels et cafés au Mali, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. La filiale d’Al Qaïda est devenue l’un des groupes terroristes les mieux armés et les mieux financés dans le monde, générant des millions de dollars du kidnapping d’Occidentaux. Aqmi renforce notamment sa présence en Libye, cherchant à profiter des revers de Daech dans la région en tentant de recruter d’anciens combattants du groupe.

Contrairement à la Syrie, Al-Qaïda et l’État islamique se battent rarement voire jamais l’un contre l’autre en Afrique. De nombreux combattants de chacun des deux groupes se connaissent depuis des années, et opèrent fréquemment dans les mêmes zones.

Les différences sont moins basées sur la religion ou la philosophie que sur les intérêts individuels des commandants ou des communautés que les groupes représentent. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de tensions », explique Andrew Lebovich, chercheur à l’European Council on Foreign Relations, ajoutant : « Les différends ne sont pas juste d’ordre idéologique comme les gens ont pour habitude d’appliquer à la relation Daech vs Al-Qaïda ».