Les Touareg reprennent le chemin d’Alger

La CMA accepte de parapher l’accord de paix au Mali

Les Touareg reprennent le chemin d’Alger

El Watan, 14 mai 2015

Des sources touareg expliquent que les représentants de la CMA n’ont accepté de parapher l’Accord d’Alger que «pour prouver leur attachement au processus de paix et essayer de faire avancer les choses».

La patience et la persévérance dont ont fait preuve, depuis près d’une année, Ramtane Lamamra, le ministre algérien des Affaires étrangères, et la médiation internationale dans le règlement de la crise malienne commencent visiblement à porter leurs fruits. Après avoir rejeté, le 1er mars dernier, l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali au motif qu’il ne répond pas à leurs aspirations, les membres de la Coalition des mouvements de l’Azawad (CMA) se sont finalement laissés convaincre de parapher le document.

Celui-ci a déjà reçu le feu vert du gouvernement et des trois mouvements engagés dans la plateforme d’Alger, à savoir le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA, dissident), la Coordination pour le peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des Mouvements et Fronts patriotiques de résistance (CM-FPR). La cérémonie de signature, a indiqué hier le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali-Cherif, aura lieu aujourd’hui à Alger. Une délégation de la CMA, conduite par Bilal Ag Acherif, le chef du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), était d’ailleurs attendue hier après-midi dans la capitale algérienne.

L’autonomie encore d’actualité

Des responsables de la CMA ont, pour leur part, confirmé à El Watan leur projet de se rendre à Alger. Fruits de huit longs mois d’âpres négociations entre le gouvernement malien et les rebelles touareg, l’accord en question prévoit notamment la création d’assemblées régionales, élues au suffrage universel direct, dotées de pouvoirs importants. Il reconnaît par ailleurs l’«Azawad», nom par lequel les rebelles désignent le nord du Mali, comme une «réalité humaine», ce qui est une avancée par rapport aux précédents accords signés entre Bamako et les Touareg. Dans l’accord, le vocable ne revêt cependant pas un contenu politique. L’omission, comme il fallait s’y attendre, a déplu aux leaders de la CMA qui avaient fait de l’autonomie de l’Azawad leur principale revendication.

En réalité et bien qu’ils aient accepté de revenir à Alger, il n’est pas certain que les rebelles touareg aient abandonné leur rêve de fonder un Azawad autonome. En fait, ils n’auraient accepté de parapher l’Accord d’Alger qu’à la condition que les autorités maliennes s’engagent à ouvrir des discussions autour des propositions d’amendement misent sur la table par la CMA au lendemain des consultations de Kidal. Condition vraisemblablement acceptée. Mais cela ne semble pas suffisant aux yeux de la CMA.

Hama Ag Sid Ahmed, membre du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), indique effectivement que la CMA ne signera aucun document et ne se rendra pas à Bamako tant qu’un accord final n’aura pas été trouvé. A ce propos, la même source a tenu à préciser que «pour la Coordination un paraphe n’est juridiquement pas un engagement, ce qui est tout le contraire d’une signature». En d’autres termes, rien n’est encore vraiment réglé, surtout que, sur le terrain, les accrochages entre l’armée malienne et les rebelles touareg n’ont pas cessé.

Dans la foulée, d’autres sources touareg expliquent que les représentants de la CMA n’ont accepté de parapher l’Accord d’Alger que «pour prouver leur attachement au processus de paix et essayer de faire avancer les choses». Pour éviter que la cérémonie de signature de l’accord, prévue demain à Bamako, ne soit une «mascarade» puisqu’aucun membre de la CMA ne compte s’y rendre, Hama Ag Sid Ahmed a fait savoir que la Coordination plaide tout bonnement en faveur de son report. «Il serait plus productif que la cérémonie soit différée jusqu’à ce qu’un accord définitif soit trouvé entre les parties en conflit», a-t-il insisté.

Du côté de Bamako, on ne l’entend pas de cette oreille. «La cérémonie de signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali aura bel et bien lieu demain à Bamako», a soutenu le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, au cours d’un échange d’informations avec les représentants du corps diplomatique accrédité au Mali.

Le projet de programme distribué aux diplomates et à la presse prévoit d’ailleurs l’arrivée des délégations invitées à partir d’aujourd’hui. La cérémonie de signature est prévue au Centre international de conférences dans l’après-midi, en présence de tous les invités. Les autorités maliennes semblent compter beaucoup sur Alger pour que les membres de la CMA soient présents. Ramtane Lamamra réussira-t-il à convaincre, cette fois encore, Bilel Ag Cherif de prendre l’avion pour Bamako une fois l’Accord d’Alger paraphé ?
Lutte contre le terrorisme : L’UA mobilisée

L’Union africaine (UA) présentera, lors de la prochaine assemblée générale (AG) de l’ONU, une proposition de définition exhaustive du concept de financement du terrorisme pour permettre la poursuite judiciaire des personnes impliquées, a indiqué mardi le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel.

En marge d’une journée d’étude organisée par le Conseil de la nation sur «L’approche algérienne de lutte antiterroriste», M. Messahel a précisé que l’UA présentera, lors de la prochaine AG de l’ONU, une proposition portant sur la révision des conventions internationales de lutte antiterroriste dans son volet relatif au financement des groupes terroristes.

La poursuite judiciaire des personnes impliquées dans des affaires de terrorisme à l’échelle internationale nécessite une définition exhaustive du concept de financement, a expliqué M. Messahel qui a rappelé le lien entre les groupes terroristes et les groupes armés activant dans le cadre du crime organisé et dont le dénominateur commun demeure l’argent. A. Z.

Zine Cherfaoui