Règlement de la crise malienne : Bamako et les rebelles touareg se pressent lentement

Règlement de la crise malienne : Bamako et les rebelles touareg se pressent lentement

El Watan, 11 février 2015

Les négociations intermaliennes, qui en sont à leur dernière ligne droite, doivent reprendre cette semaine à Alger. Mais il n’est toutefois pas évident qu’elles se soldent, dans l’immédiat, par un accord comme souhaité par la communauté internationale.

Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères, qui s’était fixé au mois de juillet dernier le pari d’obtenir un accord de paix au Mali en 100 jours, sera probablement contraint, en effet, de demander un peu plus de temps pour espérer boucler le dossier de la crise malienne. La raison tient au fait, d’abord, que le gouvernement malien et les mouvements rebelles du nord, chacun pour des motivations différentes, rechignent encore, après six longs mois d’âpres négociations, à valider cette semaine le «Projet d’accord pour la paix et la réconciliation» qui leur a été soumis par la médiation internationale.

La reprise, ces derniers jours, des hostilités entre le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et le Gatia — un groupe armé accusé par les rebelles touareg de rouler pour Bamako — montre en tout cas assez clairement que les différentes parties en conflit ne sont pas pressées de parvenir à un accord politique.

Le gouvernement malien tout autant que la coalition des mouvements rebelles touareg semblent persuadés de pouvoir parvenir, à terme, à renverser à leur profit le rapport de force sur le terrain et de revenir à la table des négociations avec des atouts supplémentaires en poche. A Bamako, par exemple, certains acteurs de la société civile — qui considèrent la paix négociée à Alger comme étant désavantageuse pour le Mali — veulent l’implication du Gatia dans les pourparlers.

Certains leaders touareg, qui ne cachent pas leur insatisfaction concernant les résultats auxquels ont débouchés ces négociations intermaliennes, sont, quant à eux, tentés de remettre carrément en cause le processus d’Alger. Plus clairement, tout le monde cherche à obtenir une redistribution des cartes ou des prolongations

Le Maroc, qui tente par tous les moyens de s’impliquer dans la crise malienne histoire de rendre la vie difficile à l’Algérie, pousserait d’ailleurs dans cette direction. Pis encore, Rabat s’emploierait actuellement, a rapporté le quotidien français Le Monde dans son édition du lundi 9 février 2015, à torpiller les négociations d’Alger. «Ces négociations (d’Alger, ndlr) ne parviendront à rien.

Certains groupes touareg sont en partie sous notre contrôle et nous suivons tout ce qui se déroule à Alger», a confié au Monde un fonctionnaire marocain qui n’a, par ailleurs, pas caché la volonté de Rabat de faire achopper cette médiation. Habituées à l’adversité, les autorités algériennes soutiennent, pour leur part, que la médiation internationale est sereine et qu’elle prendra le temps qu’il faudra pour éteindre le brasier malien.

Dans une déclaration hier à El Watan, un haut fonctionnaire algérien, tout en admettant que «la situation a été rendue plus compliquée par l’inconstance de certains acteurs et la reprise des hostilités entre les mouvements rebelles touareg et le Gatia», s’est néanmoins montré persuadé que la paix est à portée de main.

Zine Cherfaoui