Le “non-Maghreb” par les chiffres

es échanges entre les pays de la région restent marginaux

Le “non-Maghreb” par les chiffres

Liberté, 21 mars 2018

Le Maroc et la Tunisie ne figurent pas parmi les fournisseurs de l’Algérie qui, de son côté, exporte beaucoup plus vers des pays très éloignés que vers nos voisins de l’Est et de l’Ouest.

Le commerce entre l’Algérie et les pays du Maghreb fait pâle figure comparativement aux échanges avec d’autres pays considérés comme des partenaires potentiels à l’exemple de la France, de l’Espagne, de l’Italie, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, ou encore de la Turquie… Et, la preuve réside dans les chiffres. En effet, dans la liste des principaux pays clients de l’Algérie, rendue publique hier par le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (Cnis), l’Espagne tient le haut du pavé en matière d’importation d’Algérie avec 943 millions de dollars, suivie de l’Italie avec 892 millions de dollars, de la France avec 775 millions de dollars… Le Maroc et la Tunisie se classent largement dans le bas du tableau, avec respectivement 135 millions de dollars et 154 millions de dollars. Au tableau des principaux fournisseurs, les deux pays ne figurent même pas. Ce sont la Chine et la France qui en occupent le haut, avec respectivement plus d’un milliard de dollars et 712 millions de dollars. Ce sont là quelques faits, parmi une foule de données, qui en disent long sur la situation réelle de la construction maghrébine par l’économie. Et, le conflit du Sahara occidental ne peut pas tout expliquer.
La Tunisie, par exemple, n’est pas concernée par cette question. Elle n’arrive toutefois pas à faire prendre de l’épaisseur à ses échanges avec notre pays, en dehors des hydrocarbures. C’est beaucoup plus le gaz importé d’Algérie qui pèse ainsi dans le commerce. Plus elle en importe, plus le volume des échanges augmente. Une première évaluation de l’accord préférentiel entre l’Algérie et la Tunisie, entré en vigueur en mars 2014, a été faite, il y a un peu plus de deux ans. Elle indique une balance commerciale excédentaire en faveur de l’Algérie mais un net déficit pour ses échanges hors hydrocarbures. Au terme de six mois d’application, l’accord commercial conclu avec la Tunisie a montré ses limites. Et cela ne surprend pas les opérateurs économiques algériens et tunisiens dont l’ambition d’exportation ou d’importation s’est heurtée et se heurte encore aux barrières douanières des deux pays. Un point positif est cependant observé au tableau maghrébin. Il s’agit de l’interconnexion intermaghrébine en énergie. Certains projets ont été concrétisés dans ce domaine. Il faut dire que ces câbles vont du Maghreb avec un prolongement en territoire européen. Et que le partenaire européen y a mis les moyens et la volonté dans la mise en place de ces interconnexions. D’autres sont à venir. L’Algérie, par exemple, envisage la pose d’un câble électrique sous-marin reliant l’Algérie à l’Espagne. Le projet ferait en fait partie de l’intégration énergétique du Maghreb et en Méditerranée. Celle-ci suppose un effort soutenu et généralisé de mise à disposition du gaz naturel partout où il peut être utilisé à des coûts économiques acceptables et permettant de mesurer les enjeux des stratégies d’efficacité énergétique dont l’Algérie ainsi que d’autres pays de la sous-région tireront profit. L’intégration énergétique va également avec une logique d’intégration socioéconomique d’ensemble du Maghreb et en Méditerranée. Une question se pose : une telle perspective est-elle possible, sans décision politique ? Il est clair que l’ensemble des pays intéressés par l’interconnexion dans la sous-région doivent adopter rapidement des dispositions de politique économique visant à lever des contraintes réglementaires, administratives et législatives à l’investissement industriel notamment privé.

Youcef Salami