Rabat obtient l’autorisation de violer le droit international

BRUXELLES ET LES FRONTIÈRES

Rabat obtient l’autorisation de violer le droit international

De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari, Le Soir d’Algérie, 18 février 2012

A partir de Bruxelles, Mohamed Sidati, ministre sahraoui chargé des Relations avec l’Europe, met en garde : «L’accord agricole et de pêche signé entre Bruxelles et Rabat doit exclure les eaux territoriales et le territoire du Sahara occidental.
Il a raison, le représentant sahraoui. Le Sahara occidental, territoire non-autonome, relevant de la doctrine des Nations unies en matière de décolonisation, ne peut faire l’objet de marchandages ou de transactions commerciales. Les Etats-Unis, donneurs d’ordre, actuellement, en matière de droit, ont si bien compris l’enjeu qu’ils ont refusé au Maroc l’inscription de Rio d’El Oro et Saquiat El Hamra dans l’accord de libre-échange qu’ils ont convenu avec Rabat. Washington, dont les intérêts dans la région sont équilibrés, n’a pas voulu — ou pu — transgresser le modus operandi actuel. Les lobbies pro-marocains au sein du Parlement européen n’ont pas eu cette présence d’esprit, ce gentlemen agreement, ce chouïa d’objectivité. Ils ont, corps et âme, sombré dans la provocation, le non-droit et indiqué la voie du pillage et du banditisme d’Etat. Il est vrai, cependant, que beaucoup de parlementaires et de groupes de pression favorables au droit et à la justice ont acté la forfaiture mais ont déclaré leur intention de continuer de se battre jusqu’à l’invalidation de l’accord. L’Europe en crise est divisée, déchirée, ne sait plus où donner de la tête. Il n’y a plus de cohérence sur certains dossiers, pourtant sensibles. Celui du Sahara occidental en est un. Le ministre espagnol des Affaires étrangères dit, à partir d’Alger, son attachement au droit international sur la question au moment même où plusieurs députés de sa majorité disent le contraire : pas de vote à Strasbourg. L’Espagne qui, auparavant, donnait des garanties quant à la non-signature de l’accord de pêche et agricole avec le Maroc s’il n’excluait pas le Sahara occidental, a vite oublié ses engagements. Le gouvernement Rajoy de droite, que l’on présentait plus sérieux que le précédent socialiste Zapatero, a-t-il subi des pressions ? Lesquelles ? Françaises ? Peut-être, mais est-ce, sera-ce suffisant pour tordre le cou à des principes, voire à des intérêts. A Alger, le MAE d’Espagne était aux antipodes du vote de Strasbourg- Bruxelles. Aujourd’hui à Rabat, le ministre algérien des Affaires étrangères subira de fortes pressions pour faire des déclarations allant dans le sens de l’ouverture des frontières Ouest d’avec le Maroc. Pour Rabat, en effet, la diplomatie avec l’Algérie se résume à peu près à cela. Ce qui est à nous est à nous, ce que nous avons pris de force, le Sahara occidental, est à nous aussi, mais on peut discuter avec vous ce qui vous appartient. C’est à un véritable marché de dupes que Mourad Medelci est convié à partir d’hier. L’ouverture des frontières Ouest est une chose trop sérieuse pour être, philosophiquement et doctrinalement, déconnectée d’un tout, d’un ensemble. Le Sahara occidental est partie prenante du Maghreb. Rabat doit concéder cela au plan du principe et accepter sincèrement l’autodétermination du peuple sahraoui. Cela prendra un jour, pas plus, et tout, alors, deviendra possible, acceptable, négociable. Ouvrir, dans les conditions actuelles, les frontières entre l’Algérie et le Maroc, sans régler les causes de leur fermeture, serait une aventure dont le Maghreb ne se relèvera plus. Du moins pas de sitôt. L’Algérie doit encore résister, tenir, ne pas obtempérer aux injonctions des lobbies européens favorables au Maroc, aux ordres de Christine Lagarde du FMI. Il y va de l’intérêt de trois peuples. Algérien. Marocain. Sahraoui.
A. M.