«Nous redemandons à l’Algérie d’ouvrir ses portes aux réfugiés touareg libyens»

Ishaq Ag Al Husseini. Membre du Mouvement touareg libyen

«Nous redemandons à l’Algérie d’ouvrir ses portes aux réfugiés touareg libyens»

El Watan, 7 septembre 2011

– Des informations font état de milliers de Touareg libyens qui fuient la situation au sud de la Libye. Qu’en est-il au juste ?

Au lendemain de la chute de Tripoli et depuis le 27 août dernier, plusieurs centaines de Touareg continuent d’arriver depuis au poste-frontière de Debdeb, en Algérie, pour y trouver refuge. Hier encore, 60 familles y arrivaient. Nous savons que beaucoup de personnes proviennent de Tripoli et de Ghadamès. Elles ont rejoint la frontière algérienne la plus proche, qui est Debdeb, mais elles n’ont pu entrer selon les informations que nous détenons. Quelque deux cents autres se sont dirigées vers le Niger et autant ont atteint le nord du Mali, en passant par le Niger. Beaucoup sont encore en route, dans l’aire.

– Est-il vrai qu’ils ont fuit les exactions dont ils auraient fait l’objet ?

Les Touareg ont fait l’objet d’arrestations arbitraires dans l’ensemble du pays au motif qu’ils auraient soutenu le colonel El Gueddafi. Ces arrestations ont été suivies d’exécutions dans un certain nombre de villes. Face à cette situation, les Touareg n’ont eu d’autre choix que celui de quitter immédiatement le pays vers l’Algérie, le Niger et le Mali. Rien que dans la capitale libyenne, tout Targui montrant sur demande un document d’identité malien ou nigérien est arrêté et emprisonné, car suspecté d’avoir fait partie de l’armée du colonel El Gueddafi. Nul ne connaît par la suite son sort.

– Etaient-ils dans les rangs des forces loyalistes d’El Gueddafi ?

Dès la fin du mois de février 2011, on comptait plus de 800 jeunes Touareg recrutés par les services d’ El Gueddafi en vue de le soutenir. Nous les avions rapidement rappelés. Au su de ce que le régime libyen attendait d’eux, c’est-à-dire tirer sur la population, et grâce à nos interventions, ils commencèrent par déserter et par rejoindre les insurgés. Bon nombre de Touareg, dont je fais partie, à l’instar de leurs frères berbères, ont pris position pour le peuple libyen. Ils ont opté pour une Libye libre et démocratique. C’est ainsi qu’une katiba Tinariwen, à 100% touareg est toujours en activité auprès des rebelles du CNT. Par mesure de sécurité, je ne vous dirais pas où se situe sa base. Avec 600 000 âmes, les Touareg libyens ont plus que jamais le droit de vivre en toute quiétude sur leur territoire, au même titre que les autres populations libyennes. Si cette situation de chasse à l’homme perdure, il est à craindre qu’une guerre interethnique ne vienne briser à jamais les fruits de six mois de bataille pour la liberté. J’en appelle donc à nos frères d’armes du CNT qui doivent trouver une issue heureuse et rapide à ce problème que vit la communauté targuie libyenne. Nous sommes, avec l’aide de la katiba Tinariwen, sur le point de désarmer nos rares frères qui sont encore en possession d’armes. Mais cela ne pourrait se faire rapidement que si ces derniers voient que leur communauté civile est à l’abri de toute persécution. Nous redemandons à l’Algérie d’ouvrir ses portes aux réfugiés, aux organisations internationales de les prendre en charge, au Mali et au Niger de venir rapatrier leurs ressortissants et, bien entendu, au CNT de tout faire pour que cesse cette situation afin de permettre aux Touareg libyens de fêter la liberté nouvelle avec leurs compatriotes.

– Des Touareg maliens, ayant rejoint les forces loyalistes d’El Gueddafi, sont retournés au nord du Mali et avec eux des quantités d’armes. Quelle est votre analyse ?

Il ne s’agit que d’une partie des jeunes dont je parlais tout à l’heure. Ils ne représentent pas grand-chose. Je vous rappelle d’ailleurs que même feu Ibrahim Ag Bahanga n’avait pas soutenu le colonel El Gueddafi. De plus, régulièrement des mercenaires se font passer pour des Touareg pour traverser facilement le désert. Rien ne prouve donc ce soit réellement des Touareg.

– Comment voyez-vous l’avenir des tribus touareg dans cette région ?

La tribu targuie est forte de 600 000 individus. La Libye de demain devra forcément composer avec elle. Des alliances peuvent voir le jour avec d’autres tribus voisines. Ces alliances dans une Libye démocratique devraient permettre aux Touareg une bonne représentativité dans les instances parlementaires et gouvernementales du pays.
En outre, à ma connaissance et d’après nos échanges, le CNT n’était pas contre l’idée de permettre aux autres Touareg de séjourner facilement et de travailler en Libye, car comme chacun le sait, familles de touareg maliens ont leurs proches, des frères, des cousins libyens. Les liens de parenté entre les tribus maliennes et libyennes existent…
Salima Tlemçani