Où est l’effondrement du régime annoncé pour la Syrie ?

Où est l’effondrement du régime annoncé pour la Syrie ?

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 27 février 2012

Présentant le président syrien Bachar Al-Assad comme étant aux abois et son régime près de l’effondrement face à la révolte populaire ayant provoqué leur isolement intérieur et international, une partie de l’opinion internationale a jugé impossible qu’ils puissent organiser le référendum sur une nouvelle constitution annoncée par le premier après la multiplication des manifestations anti-régime dans plusieurs villes du pays.

Pourtant hier, les bureaux de vote ont ouvert en Syrie et enregistré de l’affluence populaire. De quoi faire s’interroger sur la présentation de la situation en Syrie telle que rapportée par les médias occidentaux et certains Etats arabes. S’il était vrai, comme ils le prétendent, que cette situation échappe à la maîtrise du pouvoir syrien, il aurait sans aucun doute renoncé à organiser ce référendum pour ne pas donner à voir l’isolement intérieur dans lequel il serait confiné, selon ces médias.

Sans minimiser l’ampleur de la contestation populaire dont le régime syrien fait l’objet et l’intensité des violences dont le pays est le théâtre, l’on peut avancer que le pouvoir syrien n’a pas perdu la main car bénéficiant du soutien d’une partie non négligeable du peuple syrien. Ce qui est systématiquement occulté par les puissances étrangères qui se sont rangées aux côtés des insurgés syriens.

Les résultats du référendum organisé hier en Syrie seront bien entendu déclarés nuls et non avenus par l’opposition qui encadre la révolte anti-régime et par ses alliés étrangers. Ils n’en démystifieront pas moins la thèse qui impute à ce seul régime l’impossibilité d’une solution pacifique à la crise syrienne. Celle solution pacifique est pourtant prêchée par une bonne partie de la communauté internationale et elle est encore possible si l’ensemble de la communauté internationale en vient à parler de la même voix. A savoir exiger des deux parties belligérantes la fin des violences, au lieu de ne la demander qu’aux seules autorités syriennes.

Deux indices donnent à penser que c’est ce qui est en train de se produire. A savoir d’abord que cette exigence a été formulée clairement par Koffi Annan, l’ex-secrétaire général de l’ONU chargé par son successeur du dossier syrien pour le compte de l’Organisation des Nations unies. Qu’elle l’a été aussi ensuite par la conférence «des amis du peuple syrien» qui s’est tenue vendredi à Tunis.

Il a été trop vite escompté que le régime syrien s’effondre en partant du faux postulat que la révolte dont il est la cible est le fait de tout le peuple syrien. La réalité s’impose que la Syrie est divisée en deux camps. Tout comme le président Assad et son régime ne peuvent plus se prévaloir parler au nom de tout le peuple syrien, leurs opposants ne peuvent pas non plus avoir cette prétention. La sagesse veut donc que des initiatives internationales soient mises en œuvre pour amener les deux camps à une table des négociations, et non, comme c’est le cas, les pousser à la radicalisation.

On peut, certes, prêter des raisons peu louables aux positions russe et chinoise dans la crise syrienne, mais reconnaître que celles-ci se sont pas dénuées de pertinence du moment qu’elles font de l’arrêt des violences, d’où qu’elles viennent, le préalable à toute intervention internationale destinée à promouvoir la solution de la crise. Il se trouve malheureusement que d’autres puissances étrangères, devenues subitement très sensibles au sort du peuple syrien, poussent au contraire à la confrontation généralisée en donnant à croire que du chaos qui s’en suivra, il naîtra une Syrie démocratique au peuple réconcilié entre lui-même. On a vu sur quoi ont débouché les mêmes illusions vendues par elles aux peuples irakien et libyen.