Le Qatar rejette les demandes de ses voisins

Crise du golfe

Le Qatar rejette les demandes de ses voisins

El Watan, 3 juillet 2017

Le Qatar a rejeté les conditions posées par l’Arabie saoudite et ses alliés pour lever les sanctions diplomatiques et économiques qui le frappent depuis le début du mois dernier.

«La liste de demandes est faite pour être rejetée», a déclaré samedi le ministre des Affaires étrangères du Qatar Mohammed Ben Abderrahmane Al-Thani à Rome, cité par l’AFP. Et d’ajouter : «Tout le monde est conscient que ces demandes sont destinées à empiéter sur la souveraineté de l’Etat du Qatar».

Le 5 juin, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Yémen et l’Egypte annoncent la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Ruptures suivies de mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes, ainsi que des interdictions de survol aux compagnies aériennes qataries.

Aussi, Doha est exclu de la coalition militaire arabe menée par Ryadh qui combat au Yémen les rebelles Houthis. Il lui est reproché de soutenir des groupes islamistes radicaux et ses rapports avec l’Iran. Qatar rejette ces allégations et relève que nul n’a le droit de lui dicter sa politique étrangère. Il accuse à son tour ses voisins de vouloir le mettre «sous tutelle» et de l’étouffer économiquement.
Pour mettre fin à cette crise, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et Bahreïn somment le Qatar de se conformer à une liste d’exigences qui lui est transmise le 22 juin par l’intermédiaire du Koweit. Doha devait donner sa réponse dans les 10 jours.

Le délai a expiré hier. Ces conditions consistent en résumé en la fermeture de la chaîne Al-Jazeera, la réduction des relations avec l’Iran et la fermeture d’une base militaire turque et auxquelles Aussi, Doha est exhorté à rompre avec les groupes islamistes, y compris les Frères musulmans, placés sur une liste d’organisations «terroristes» par l’Arabie Saoudite et ses alliés et d’extrader des figures des oppositions islamistes réfugiés à Doha.

L’émirat accueille depuis longtemps des leaders des Frères musulmans à l’exemple de leur chef spirituel Youssef Al-Qaradaoui et Khaled Mechaal, ancien dirigeant du mouvement palestinien Hamas lié à la confrérie.
Cela dit, l’hostilité à l’égard de l’Iran n’est pas partagée par tous les voisins de l’Arabie saoudite dans le Golfe. Oman et le Koweït conservent de bons rapports avec l’Iran et les Emirats arabes unis entretiennent de fortes relations commerciales avec la République islamique. Comme ils ont renoué le dialogue avec Téhéran alors qu’ils ont des différends territoriaux. Il s’agit des îles Abou Moussa, de la Petite et la Grande Tomb, sous souveraineté iranienne depuis 1971 et revendiquées par Abu Dhabi.

Le Qatar et l’Iran partagent le champ gazier de Pars Sud, Ainsi, les deux pays tiennent à renforcer leur coopération concernant le champ gazier. Quand l’Arabie saoudite a fermé le seul accès terrestre du Qatar avec le monde extérieur, essentiel pour l’importation de ses produits alimentaires, l’Iran s’est empressé d’approvisionner ce pays par voie maritime.

Divergences

Indépendant en 1971,Qatar a entretenu des relations de bon voisinage avec l’Iran. Il faut attendre les années 1980 pour observer une distanciation entre Doha et Téhéran au moment où l’ensemble des pays de la région se rapprochent alors de Ryadh par crainte d’une diffusion de l’islamisme révolutionnaire. En effet, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique et à la Révolution iranienne en 1979 est créé 1981 le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Il regroupe l’Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Qatar et Oman avec comme objectif la coordination, l’intégration et la coopération des Etats membres dans les domaines économique, social, culturel et militaire.

Dans ce cadre, les six pays membres ont mis sur pied, en 1984, une force commune d’intervention appelée «Bouclier de la péninsule». Avec l’Occident, ils ont soutenu l’Irak de Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran. Et cela, par souci d’affaiblir Téhéran qui constitue aux yeux de ces monarchies une menace pour leur sécurité. Cependant, l’invasion du Koweït en 1990 par l’Irak a mis en relief la vulnérabilité de ces monarchies face à leurs voisins. Le Koweït a été libéré par la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Ce qui démontre encore une fois que Washington reste le garant de la sécurité de ces royaumes.Le 5 mars 2014, trois pays membres du CCG (Arabie Saoudite, Emirats arabes unis et Bahreïn) décident de rappeler leurs ambassadeurs respectifs au Qatar.

Dans un communiqué rendu public le même jour, les trois pays indiquent avoir «fourni de grands efforts pour négocier avec le Qatar à tous les niveaux et pour arriver à une politique commune» et «garantir les principes de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres» du CCG. Ils demandent à leur voisin «de ne soutenir aucun mouvement dont le but est de menacer la sécurité et la stabilité des Etat membres».

En fait, les trois pays reprochent à leur voisin qatari de soutenir la confrérie des Frères musulmans, considérée comme un danger pour leur sécurité. Ryadh et Abu Dhabi ont approuvé le coup d’Etat de l’armée égyptienne du 3 juillet 2013 qui a provoqué la chute du président islamiste Mohamed Morsi, contrairement au Qatar, qui l’a condamné. Deux membres du CCG ont refusé de signer le communiqué. Il s’agit du Koweït, qui a tenté des médiations entre Ryadh et Doha, mais ne souhaite pas aller plus loin. Ensuite Oman, qui a aussi refusé de soutenir le projet d’union des pays arabes du Golfe initié par Ryadh. Outre la méfiance des ambitions hégémoniques du royaume wahhabite dans la région, Mascate critique sa dimension ethnique et confessionnelle.

Il s’agit d’une coalition arabe sunnite dirigée contre l’Iran perse et chiite. Pour Mascate, intégrer ce projet signifie soutenir Ryadh contre Téhéran et remettre ainsi en cause sa politique de bon voisinage et d’échanges de part et d’autre du détroit d’Ormuz. Se ranger aux côtés de Ryadh face à Téhéran serait en outre cautionner la fracture confessionnelle entre sunnites et chiites qu’entretient l’hostilité de l’Arabie Saoudite à l’égard de l’Iran, avec les conséquences que vivent l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen. En parallèle Oman veille à garder de bonnes relations avec Washington.
Le sultanat, dont la majorité de la population est ibadite, a abrité les pourparlers secrets entre l’Iran et les Etats-Unis ayant abouti à l’accord intérimaire conclu en novembre 2013 à Genève. Accord qui limite pour six mois les activités nucléaires iraniennes en échange d’une levée partielle des sanctions économiques occidentales. D’où l’irritation de Ryadh. De tradition, Oman a toujours mené une politique indépendante par rapport à ses voisins. Le sultanat d’Oman est la seule des six monarchies du Golfe à ne pas prendre part à la coalition arabe menée par le royaume wahhabite au Yémen.AMNAY IDIR
Amnay idir