Minimalisme

MINIMALISME

par M. Saadoune, Le Quotidien d’Oran, 19 février 2012

L’Algérie s’est abstenue avec 16 autres pays lors du vote par l’Assemblée générale des Nations unies d’une résolution condamnant la répression en Syrie, qui a été approuvée à 137 voix pour et douze contre. Pour les opposants syriens, cette abstention constitue la preuve d’un soutien discret d’Alger à Damas. Une abstention est en général un signe d’embarras, de difficulté à se positionner, ou alors un signe d’appréhension sur la finalité d’une résolution proposée par les pays du Golfe après l’échec d’un passage par le Conseil de sécurité.

Il y a manifestement une difficulté pour la diplomatie algérienne à dire le «fond» de sa pensée dans une crise syrienne où l’absence d’une perspective de solution politique interne crée de fortes pressions externes. Le geste, insupportable, de certains opposants syriens de brûler le drapeau algérien est le signe d’une polarisation extrême, où les opposants du régime de Damas attendent un «alignement» sans faille de l’Algérie sur les positions du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. M. Medelci a eu raison de qualifier l’atteinte au drapeau algérien de «comportement indigne et inacceptable». Mais il a tort de croire qu’il est le fait de parties «irresponsables…, probablement non informées sur la position algérienne».

En réalité, elles sont très clairement conscientes du fait que la position algérienne exprime une réserve implicite à l’égard du jeu mené par les pays du Golfe au sujet de la crise en Syrie. Aussi bien au sein de la Ligue arabe qu’à l’ONU, l’Algérie est dans une attitude de réserve. Mais en douceur, sans faire de bruit, comme si elle n’osait pas l’exprimer clairement. Il est vrai que le régime de Damas n’aide personne à le défendre.

Mais ce choix d’expression minimaliste est-il un bon choix ? A Rabat, Mourad Medelci a mis en avant l’existence d’un «dénominateur commun» entre l’Algérie et le Maroc sur la crise syrienne, à savoir que «ce conflit doit trouver sa solution dans le cadre de la Ligue arabe». Le problème est que la Ligue arabe est désormais entièrement sous orbite des pays du Golfe qui, contrairement à ce qu’affirme le ministre algérien, ne se donnent pas l’objectif «d’encourager le dialogue entre les Syriens pour qu’ils choisissent eux-mêmes le parcours qui conviendrait à la Syrie». Les pays du Golfe sont au contraire dans une position maximaliste, consistant à exiger la «chute du régime» et le «départ de Bachar Al-Assad», sans se soucier du fait que sa faisabilité n’est pas une évidence. Sauf, bien entendu, par une intervention armée externe…

Dans l’état actuel du rapport des forces internes, c’est une situation d’impasse sur fond de lente désintégration qui l’emporte. Le dialogue interne étant bloqué, les pays du Golfe ne cherchent pas à le faciliter mais à en profiter. Ils sont totalement dans une logique géopolitique d’affaiblissement de ce qu’ils considèrent comme «l’axe» Téhéran-Damas-Hezbollah.

Le Maroc, dont les liens avec les pays du Golfe sont connus, n’est pas gêné par cette approche des pays du Golfe. Et cela rend le «dénominateur commun» dont fait état Mourad Medelci plutôt problématique. L’Algérie, c’est une évidence, ne veut pas d’une ingérence étrangère et ne partage pas la démarche des pays du Golfe sur le dossier syrien. La contradiction est qu’elle continue de se prévaloir de la Ligue arabe, alors que celle-ci est sous la coupe des pays du Golfe.