Les manifestations a travers les pays arabes

Les manifestations a travers les pays arabes

El Watan, 27 février 2011

Tunisie

Les forces de l’ordre ont dispersé hier une nouvelle manifestation devant le ministère de l’Intérieur, en plein centre de Tunis. Un important dispositif policier a rapidement dispersé les quelque 300 manifestants anti-gouvernementaux réunis devant le ministère en plein cœur de Tunis en faisant usage de gaz lacrymogènes. Plusieurs policiers, en civil et cagoulés, se sont lancés munis de bâtons dans des rues perpendiculaires à l’avenue Habib Bourguiba où est situé le ministère de l’Intérieur, à la recherche de manifestants. Ce nouveau rassemblement de manifestants a eu lieu au lendemain de violents affrontements entre policiers et groupuscules qui avaient tenté de pénétrer dans le ministère et avaient incendié ou saccagé trois commissariats dans le centre. Plus de 100 000 personnes, mobilisées via facebook, ont réclamé vendredi le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi au cours de la plus grande manifestation à Tunis depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier.

Maroc

Près d’un millier de personnes encadrées par un important dispositif sécuritaire se sont rassemblées, hier à Casablanca, au Maroc, pour revendiquer des «réformes politiques et une nouvelle Constitution». Ce rassemblement intervient près d’une semaine après les manifestations pacifiques du 20 février dans plusieurs villes du pays pour exiger des réformes politiques «urgentes», en réponse à des appels de jeunes Marocains sur facebook. Dans une allocution, le roi Mohammed VI s’est, pour sa part, dit attaché à la «poursuite des réformes» et a exprimé sa volonté de «consolider (le modèle marocain) par de nouvelles réformes».

Mauritanie

La police mauritanienne a dispersé sans heurts dans la nuit de vendredi à samedi 200 à 300 jeunes rassemblés depuis plusieurs heures sur une place de Nouakchott pour protester contre le régime. Après un ultimatum de la police, les jeunes ont refusé d’obtempérer, arguant qu’ils se trouvaient sur un lieu public et n’étaient pas violents. Revendiquant en commun la nécessité de lutter contre la hausse des prix et le chômage, les jeunes divergeaient sur le plan politique, les uns, majoritaires, appelant à des «réformes en profondeur», d’autres réclament «le départ du régime» du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Égypte

La commission chargée de proposer des amendements à la Constitution égyptienne a suggéré, hier, que les mandats présidentiels soient limités à deux et que la durée d’un mandat passe de six à quatre ans.
La commission, présidée par Tarek El Bechri, ex-président du Conseil d’Etat, propose que le président de la République ne puisse effectuer que «deux mandats consécutifs de quatre ans chacun, sans qu’il ait le droit de se représenter». Aux termes de la Constitution, actuellement suspendue par l’armée, le président peut se présenter indéfiniment et le mandat présidentiel est de six ans.

Qatar et Arabie Saoudite

Un appel à l’éviction de l’émir du Qatar Hamad Ben Khalifa Al Thani, lancé sur une page facebook, a rassemblé jusqu’à hier, plus de 20 000 sympathisants, une nouvelle initiative pour un changement de régime
dans le monde arabe. Dans le même temps, une page facebook appelant à une manifestation en Arabie Saoudite avait réuni plus de 9000 «fans».
La page critiquant l’émir du Qatar appelle les Qataris à descendre dans la rue le 16 mars pour une journée consacrée à la «révolution pour la liberté». Parmi les revendications des signataires figure l’éviction de la vie publique de l’épouse de l’émir, cheikha Mozah, connue pour son rôle dans le domaine de l’enseignement public et de la promotion des droits des femmes. La page exige également la rupture des relations avec les Etats-Unis qui maintiennent une importante base militaire dans l’émirat, et la fin des rapports informels avec l’Etat hébreu. Sur la page facebook consacrée à l’Arabie Saoudite, où le régime du roi Abdallah est beaucoup plus conservateur, et qui est apparue au début du mois de février, 9400 personnes ont approuvé des demandes de changements politiques, économiques et sociaux.

 

Vaste rassemblement à Sanaa (Yémen)
D’importants chefs de tribu rallient la contestation

D’importants chefs tribaux ont annoncé, hier, devant un vaste rassemblement près de Sanaa leur ralliement à la contestation du président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, alors que de véritables scènes de guerre dans le Sud ont fait au moins trois morts, selon l’AFP.

Ce ralliement, après celui de l’opposition parlementaire et des rebelles zaïdites (chiites) dans le Nord, élargit encore le cercle des contestataires du régime de Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Lors d’un rassemblement de dizaines de milliers de membres de tribus, dont la majorité portaient des armes à Amran, au nord de Sanaa, des chefs de deux des plus importantes tribus du pays où la structure clanique est très importante, les Hached et les Baqil, se sont dissociés de Abdallah Saleh. L’un des chefs des Hached, cheikh Hussein Ben Abdallah Al Ahmar, a annoncé sa démission du Congrès populaire général (CPG), parti au pouvoir, «pour protester contre la répression des manifestants pacifiques à Sanaa, Taëz et Aden».

Les Hached sont considérés comme la plus importante tribu yéménite. Elle est formée de neuf branches, dont celle des Sanhane, à laquelle appartient le chef de l’Etat. L’annonce de cheikh Hussein a été saluée par une foule nombreuse de membres de tribus, dont des chefs des Baqil, la deuxième en importance et la plus nombreuse, selon les mêmes sources. Les représentants de nombreuses tribus étaient présents au rassemblement. L’assemblée a annoncé qu’elle soutient le mouvement de contestation contre le président qui a commencé le 27 janvier et s’est amplifiée à partir du 13 réclamant le départ du président. Ce ralliement intervient au lendemain d’une journée de forte mobilisation à travers le pays où des dizaines de milliers de personnes ont participé à des prières collectives et des marches exigeant «la chute du régime».

A Aden, la grande ville du Sud à la pointe de la contestation, a vécu dans la nuit de véritables scènes de guerre menées par des éléments de la garde républicaine, corps d’élite de l’armée, qui ont pris pour cible des jeunes innocents voulant manifester pacifiquement. L’intervention musclée des forces de sécurité a eu lieu en dépit d’un ordre donné jeudi par le chef de l’Etat de protéger les manifestants pacifiques. De sources officielles, trois personnes, un soldat et deux civils, ont péri dans ces violences marquées par des destructions de biens publics. Mais des sources médicales ont fait état de quatre morts et d’au moins 40 blessés. Ces décès portent à au moins 19 le nombre de morts depuis le 13 février, au moins 15 à Aden, deux à Sanaa et un à Taëz, une ville du sud qui connaît depuis deux semaines un sit-in permanent de protestation. Le président Saleh, un allié de Washington dans la lutte contre Al Qaîda, a multiplié en vain les gestes d’apaisement face à une révolte qui ne se calme pas dans ce pays miné par un chômage chronique et une pauvreté endémique.

Rédaction Internationale

Bahreïn
L’opposition dénonce l’inertie du gouvernement

L’opposition bahreïnie a déploré, hier, l’absence de dialogue avec le gouvernement en dépit des promesses du pouvoir tandis que les protestataires continuent d’exiger le départ de la famille royale des Al Khalifa, indique l’AFP.

Le «dialogue national», censé sortir Bahreïn de la crise où il est plongé depuis près de deux semaines, n’a pas encore commencé, ont annoncé à l’AFP des élus de l’opposition, qui attendent des «clarifications» du gouvernement.
Un élu de l’opposition, Matar Matar, observe que «le gouvernement n’a pris aucune initiative pour des réformes politiques». Le peuple doit avoir «des garanties. Il a besoin de clarifications» sur «l’ordre du jour et la durée» des discussions, explique un autre élu du Wefaq, Khalil Al Marzouk. Le roi Hamad Ben Issa Al Khalifa a désigné son fils, le prince Salman Ben Hamad Al Khalifa, pour conduire le dialogue avec toutes les composantes de l’opposition, qui conteste la monarchie sunnite dans cet archipel à la position stratégique et allié-clef des Etats-Unis dans le Golfe.

Les deux députés font partie des 18 élus du Wefaq (opposition chiite) qui se sont retirés du Parlement de 40 sièges pour protester contre la mort de sept manifestants par les tirs de la police dans les premiers jours de la contestation entamée
le 14 février.
De leur côté, les manifestants, voulant garder la pression sur le pouvoir, ont organisé, hier, un nouveau défilé à Manama, demandant le départ de la famille des Al Khalifa.
Les revendications de l’o pposition ne vont pas aussi loin : toutes tendances confondues, elle demande de profondes réformes pour établir une véritable monarchie constitutionnelle.