l’OTAN engagera-t-elle des troupes au sol en Libye?

Bombardiers, hélicoptères, navires de guerre

l’OTAN engagera-t-elle des troupes au sol en Libye?

Yassin Temlali, Maghreb Emergent, 24 Mai 2011

Tout en refusant de commenter les rumeurs sur la présence d’hommes des troupes spéciales françaises aux côtés des insurgés, la France a confirmé hier le déploiement d’hélicoptères français et britanniques dans le ciel libyen. Ces nouveaux moyens aériens n’ont pu être mobilisés qu’après la destruction de l’aviation et de la défense anti-aérienne du gouvernement libyen. S’ils sont tactiquement plus efficaces pour atteindre certaines cibles, ils constituent eux-mêmes des cibles pour les missiles portables et les lance-roquettes RPG7.

L’information rapportée dimanche par « Le Figaro » sur le prochain déploiement d’hélicoptères de combat français dans le ciel libyen a été doublement confirmée hier. En marge d’une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles, le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a annoncé que des porte-hélicoptères français et britannique, Le Tonnerre et le HMS Ocean respectivement, se dirigeaient vers les côtes libyennes. Peu avant et également depuis la capitale belge, son collègue, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait affirmé la volonté de Paris d’envoyer des hélicoptères en Libye afin « de mieux adapter nos capacités de frappes au sol avec des moyens plus précis ». Comme il est devenu habituel chaque fois que des moyens militaires sont employés dans la campagne libyenne de l’OTAN, il n’a pas omis de préciser que la mobilisation du Tonnerre et du HMS Ocean « entre exactement » dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Gérard Longuet a déclaré à la presse qu’il avait eu des entretiens à ce sujet avec Gerald Howarth, secrétaire d’Etat britannique à la Stratégie pour la sécurité internationale. Les autorités britanniques se sont abstenues, toutefois, de commenter l’information qu’il venait de révéler. Interrogée sur ses déclarations, une porte-parole du gouvernement britannique s’est contentée de répondre à l’AFP : « Nous n’avons pas pour habitude de parler de nouvelles missions avant qu’elles n’aient démarré. »

Les hélicoptères : avantages tactiques et inconvénients

Le déploiement de ces appareils dans le ciel libyen intervient quelques jours après l’annonce par Gérard Longuet du bilan des frappes de l’OTAN. Le 17 mai, il avait estimé qu’elles avaient détruit l’aviation des forces régulières libyennes, « atteint sérieusement » leurs défenses anti-aériennes et mis hors service le tiers des matériels lourds de l’armée de terre et environ 50% des stocks de munitions.

La destruction des potentiels aérien et anti-aérien des forces fidèles au colonel Kadhafi ouvre la voie à l’intervention des hélicoptères de combat. Il en est espéré qu’elle fasse pencher la balance du rapport de forces en faveur des insurgés, dont la dernière action d’éclat a été un desserrement relatif du siège de Misrata mais qui n’ont pas pu beaucoup avancer vers la capitale Tripoli.

Cependant, si les hélicoptères offrent des avantages tactiques dans le contexte militaire libyen, ils présentent aussi des inconvénients. En l’absence de systèmes d’alerte et de défense anti-aériennes, les bombardiers n’encourent pas de risque en lâchant leurs bombes. Ces appareils, en revanche, en intervenant plus près du sol, peuvent constituer des cibles pour les missiles portables et les lance-roquettes RPG 7 russes, dont l’armée libyenne est équipée.

Des forces spéciales françaises en Libye ?

Gérard Longuet a refusé hier de commenter les rumeurs sur la présence de troupes spéciales françaises en Libye ou à bord du Tonnerre. Sans avoir été démentie, la presse française a évoqué à plusieurs reprises leur mobilisation aux côtés de la rébellion. Pas plus tard que dimanche, « Le Figaro » a rappelé qu’elles avaient été dépêchées en territoire libyen « dès le début di conflit ». Il a même énuméré leurs missions, présentes et futures : « Equipées de visées laser, elles repèrent les cibles et guident les chasseurs de la coalition. Elles pourraient bientôt être renforcées et effectuer le même travail de repérage et de guidage pour les hélicoptères. »

Alertées par ce renforcement de l’armement de l’OTAN en Libye, les Russes redoutent un nouveau glissement de sa campagne vers une « campagne terrestre », qu’on justifierait par la nécessité de protéger les civils. Hier, le représentant permanent de la Russie auprès de l’Union européenne, Vladimir Tchijov, a déclaré que l’UE n’avait « pas de raison d’organiser une opération au sol pour la protection des convois humanitaires ». « Elle n’en a pas reçu la demande de la part de l’ONU », a-t-il ajouté, soulignant qu’une telle opération nécessiterait le vote d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité.

Les craintes de la Russie ne sont pas nouvelles. Fin avril déjà, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait déclaré que son pays disposait d’informations sur la préparation d’une intervention terrestre sur le sol libyen qui serait justifiée par les besoins d’acheminement de l’aide aux populations éprouvées par le conflit.