Libye – La peur tombe, plusieurs foyers de révoltes dans le pays

Libye – La peur tombe, plusieurs foyers de révoltes dans le pays

Driss Oulis, Maghreb Emergent, 18 Février 2011

A jeudi soir, le bilan des émeutes contre le régime libyen était évalué à 24 morts. Il risque de s’alourdir car ce vendredi, la répression a été féroce dans une dizaine de villes tandis qu’à Tripoli et ailleurs quelques marches de soutien au colonel Kadhafi se déroulaient, comme si de rien n’était.

Au moins, quatre détenus ont été tués vendredi par les forces de l’ordre alors qu’ils tentaient de s’évader de la prison d’El-Jedaida, près de Tripoli. « Des prisonniers ont tenté de s’évader de la prison d’El-Jedaida mais les gardiens sont intervenus et ont été obligés de tirer sur des détenus qui ont usé de violence », a indiqué une source anonyme, précisant que les forces de l’ordre maîtrisaient désormais la situation et encerclent la prison. En fin de journée, des sources informées rapportaient qu’un sit-in de plusieurs dizaines de personnes se poursuivait devant un tribunal de Benghazi pour protester contre des détentions abusives.

Grande évasion à Benghazi

De nombreux prisonniers s’étaient évadés durant la matinée après une mutinerie dans une prison à Benghazi, deuxième ville de Libye secouée par des manifestations contre le régime du colonel Khadafi. « Il y a eu une mutinerie à la prison d’Al-Kuifiya et un grand nombre de prisonniers se sont échappés », selon le rédacteur en chef du journal Quryna, Ramadhan Briki, basé à Benghazi, à 1.000 km à l’est de Tripoli. Ce journal, réputé proche de Seif Al-Islam, fils du numéro un libyen le colonel Mouammar Kadhafi, a précisé peu après sur son site internet que le nombre des détenus évadés était estimé à « plus d’un millier ». Les forces de l’ordre en ont arrêté par la suite près de 150, a-t-on ajouté de même source. Les autres détenus, livrés à eux-mêmes, auraient incendié par la suite le bureau du procureur général, une banque et un poste de police dans la ville. Cette « grande évasion » témoigne du désordre qui tend à s’installer dans ce pays jusque là tenu d’une main de fer par les comités révolutionnaires du « Guide » libyen. Cette situation coïncide avec les manifestations sans précédent qui ont débuté depuis mardi, à l’instar d’autres pays arabes ou des révoltes ont entraîné la chute des présidents tunisien Ben Ali et égyptien Moubarak. Des centaines de manifestants pacifiques avaient défilé, jeudi, à Al-Baïda, Benghazi, Zenten, Derna et Ajdabiya. Des protestations ont eu lieu également à Tobrouk, près de la frontière égyptienne. Des manifestants ont incendié un local des comités révolutionnaires et détruit un monument représentant le « livre vert », un opuscule qui résume la pensée politique du « Guide » de la révolution.

Manifestations de soutien au « leader »

Les mouvements de protestations, dont celui de jeudi qui répondait à un appel sur internet à une « journée de la colère », ont été violemment réprimés notamment à Benghazi, la deuxième plus grande ville du pays et bastion de l’opposition, et Al-Baïda, toutes deux situés sur la côte, à l’est de Tripoli. Quatorze personnes ont été tuées jeudi dans des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre à Benghazi, selon un bilan hospitalier provisoire. Le nouveau bilan porte à au moins 16 le nombre de morts depuis le début de la contestation mardi. Par contre le bilan de l’organisation Human Rights Watch (HRW) est plus élevé : 24 morts pour la seule journée de jeudi. On craint qu’il soit encore plus lourd en raison d’une féroce répression qui se serait abattue sur tous les foyers de révolte, ce vendredi. Selon l’ONG (HWR), les pires violences ont eu lieu à Al-Baïda, à 1.200 km à l’est de Tripoli.

La peur du régime est donc tombée dans une dizaine de villes, mais les « comités révolutionnaires », bras paramilitaire du régime Kadhafi n’ont pas pour autant baissés les bras. Loin de là. Le ton est menaçant. « La riposte… des forces révolutionnaires à toute aventure de la part de ces groupuscules sera violente et foudroyante », ont-ils fait savoir par le canal du site internet de leur journal Azzahf Al-Akhdar . Tout en dénonçant la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira et la qualifiant de « vendue », la télévision libyenne d’Etat diffuse des images de marches de soutien au leader Kadhafi. Pour le moment, rien n’indique que le leader au pouvoir depuis plus de 40 ans veuille vraiment lâcher du lest. Son fils, Saïf Al Islam, le plus politisé de sa progéniture et réputé partisan de réformes au sein du régime, est en retrait de ces évènements. Bien que la contestation tende à gagner plusieurs villes, il semble que la tendance dite « conservatrice » du régime estime être en mesure de l’étouffer. Ainsi va la Libye…