Impasse intégrale en Libye

Crise sécuritaire, paralysie économique et blocage politique

Impasse intégrale en Libye

El Watan, 1er juin 2014

Deux Premiers ministres se disputant la légitimité, deux gouvernements rivaux, un Parlement divisé, une production pétrolière paralysée et, par-dessus tout, une situation sécuritaire explosive avec ce général Haftar qui joue le justicier dans le «Far est» libyen. Voilà à quoi ressemble la Libye trois ans après la chute de Mouammar El Gueddafi. Un champ de mines qui n’attire plus personne ; surtout pas les croisés de l’OTAN qui ont manifestement d’autres préoccupations en Ukraine, en Centrafrique et au Mali, pour s’aventurer dans ce pays qu’ils ont eux-mêmes gravement déstabilisé. «On a maintenant deux gouvernements, quasiment deux Parlements et deux armées. J’ai peur que nous ayons (bientôt) deux ou trois Etats.»

Suleiman Dogha, avocat et ancien membre du fameux Conseil national de transition (CNT), résume bien ces lendemains qui déchantent d’un pays ouvert aux quatre vents. Fuie comme la peste par les forces alliées de l’OTAN, notamment la France et les Etats-Unis, la Libye ne pourra visiblement même pas compter sur ses voisins qui ne savent pas trop comment s’y prendre.

Le fait est que la Tunisie a annoncé, hier, le report d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des Etats du Maghreb sur la situation en Libye, prévue aujourd’hui. Motif ? «Manque de visibilité» dû à la grave crise dans ce pays. Cette réunion d’«urgence» annoncée en début de semaine devait être suivie demain d’une rencontre d’envoyés spéciaux pour la Libye de plusieurs pays et organisations, comme l’ONU, la Ligue arabe, l’Union européenne et la France, mais celle-ci a aussi été reportée à une date indéterminée.

Haftar, un «justicier» du Far… est

Cette réunion des pays du Maghreb (Algérie-Libye-Mauritanie, Maroc-Tunisie) devait se tenir à Tunis. Mais les organisateurs ont estimé préférable de la reporter à une date ultérieure en raison du manque de «visibilité» de la situation en Libye. «Les consultations se poursuivront pour tenir cette réunion», a promis vaguement hier Mokhtar Chouachi, porte-parole de la diplomatie tunisienne. Rien n’incite cependant à l’optimisme au regard du chaos politique et sécuritaire ambiant à Tripoli et Benghazi.

Dans un pays où deux gouvernements revendiquent le pouvoir et où les milices font régner leurs «lois», il n’est pas recommandable, en effet, d’y poser les pieds. Et comme pour boucler la boucle de cette grande confusion, le pays s’apprête à organiser des élections législatives le 25 juin. Difficile d’imaginer un scrutin se tenir dans des conditions aussi incertaines, même pour l’élection d’un vrai Parlement à la place du Congrès général national (CGN, Parlement) très décrié. Mais on n’en est pas encore là. Le Premier ministre «sortant», le libéral Abdallah Al Theni, a déclaré, mercredi, s’en remettre à la justice pour déterminer s’il devait céder le pouvoir à son rival, Ahmed Miitig, élu par le Parlement, début mai, lors d’un vote contesté et appuyé par les islamistes.

Comble de la confusion, les deux Premiers ministres ont réuni, jeudi, chacun de son côté, leur Conseil des ministres. Le siège du gouvernement étant occupé par le gouvernement sortant, M. Miitig a réuni ses ministres dans un luxueux hôtel de la capitale ! Et chaque cabinet est évidemment soutenu par des milices et des groupes armés.

Ahmed Miitig est adoubé par les islamistes dans leur ultime bataille pour garder le pouvoir, estiment les analystes. Preuve en est qu’ils lui ont accordé leur confiance via le CGN où ils sont majoritaires, le 25 mai dernier, alors que des élections législatives ont été fixées un mois plus tard, le 25 juin. Mais dans l’intervalle, ils souhaitent peut-être mettre la main sur les milliards de dollars de la Banque centrale. En plus des armes, l’argent est le nerf de la guerre en Libye.

Hassan Moali