Libye : L’armée déployée à Tripoli

Libye : L’armée déployée à Tripoli

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 19 novembre 2013

Quasiment absente, l’armée libyenne, ou du moins ce qui en donne l’apparence, est entrée hier lundi à Tripoli, une ville encore meurtrie par le carnage de vendredi dernier lorsque la milice de Misrata a tiré à bout portant sur des manifestants qui lui demandaient de partir. Cet événement a été durement ressenti par les Tripolitains et donné une image effroyable sur les derniers développements de la situation en Libye, où les milices, dont celles de Misrata et Zenten, font pratiquement la loi et imposent leur présence aux nouvelles autorités. Mais, face au blocus des milices que le gouvernement n’a pu désarmer, le sentiment des Libyens est qu’elles doivent être le plus rapidement démantelées et désarmées, car elles constituent un véritable danger pour le pays, plus que jamais menacé.

A la surprise générale, l’armée a été déployée lundi dans la capitale alors que la tension restait encore perceptible dans une ville paralysée par la grève. C’est ainsi que dizaines de blindés de l’armée se sont déployés à Tripoli, alors que les milices de Misrata ont reçu l’ordre de se replier. Selon des témoins, des soldats juchés sur des blindés se dirigeaient vers le centre de la ville, sur la route longeant la mer, levant les doigts en V en signe de victoire, tandis que des automobilistes exprimaient leur joie en klaxonnant. Ce déploiement exceptionnel de l’armée libyenne, en cours de formation, intervient sur instruction du ministère de la Défense pour sécuriser la ville. Après les heurts de vendredi et samedi qui ont fait plus de 40 morts, les autorités de la ville de Misrata ont donné 72 heures à leurs miliciens pour quitter la capitale, aux mains des milices, en l’absence de l’Etat, impuissant à faire régner l’ordre dans un pays où l’arsenal de l’ex-régime déchu est aux mains de groupes armés. Le bref enlèvement dimanche du numéro deux des services du renseignement libyen, Moustapha Nouh, a étalé dans toute son horreur la situation chaotique en Libye, où des groupes armés apparaissent régulièrement. M. Nouh, enlevé dimanche, a été libéré lundi.

A Tripoli, une capitale sous la coupe des milices de la ville de Misrata, qui avait connu des bombardements terribles et un blocus de plusieurs semaines lors de la ‘’révolution », les habitants sont en colère. Et ils l’ont montré hier lundi en poursuivant leur second jour de grève générale pour protester contre la présence des milices de Misrata et Zenten. La capitale et ses proches banlieues étaient paralysées et la plupart des magasins ont laissé leurs rideaux baissés ainsi que les banques et établissements publics, à l’exception de quelques commerces. Le Conseil local (mairie) avait appelé à une grève générale de trois jours à partir de dimanche «en signe de deuil» et de solidarité avec les familles des victimes de la tuerie de vendredi.

Des heurts violents avaient éclaté vendredi quand une milice de Misrata, installée dans le sud de Tripoli, a tiré sur des manifestants pacifiques venus réclamer son départ de la capitale. En représailles, des hommes armés ont attaqué le QG de cette milice, au prix d’affrontements qui ont fait au moins 43 morts et plus de 450 blessés, selon le ministère de la Santé. Samedi, d’autres milices de Misrata avaient tenté de venir leur prêter main-forte, déclenchant de nouveaux incidents à l’entrée de Tripoli. Une situation qui a fait réagir les ONG de protection des droits de l’homme. Human Rights Watch (HRW) a appelé le «gouvernement libyen à tenir immédiatement sa promesse de désarmer les milices et d’enquêter sur les événements». «Le gouvernement doit aussi expliquer pourquoi la police et les forces militaires ne sont pas intervenues pour arrêter la tuerie», a estimé HRW, soulignant que «les milices de Misrata ont tiré sur des manifestants pacifiques avec des fusils d’assaut, des mitrailleuses et des armes lourdes». A Benghazi, la situation est également exécrable. Le gouverneur militaire de la ville a échappé à une tentative d’assassinat au cours de laquelle un de ses compagnons a été tué et un autre grièvement blessé.