Mouammar Kadhafi fait une apparition fantôme

Mouammar Kadhafi fait une apparition fantôme

Libération, 22 février 2011

Dans une intervention aussi brève qu’hallucinante à la télévision d’Etat libyenne, le colonel dément avoir fui le pays, toujours à feu et à sang. Une réunion du conseil de sécurité de l’ONU est prévue ce mardi.

Etrange apparition. Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi, invisible depuis le début du mouvement de révolte, a fait une brève apparition en «direct» tard hier soir sur la télévision d’Etat, vraisemblablement depuis sa résidence de Bab Al Azizia à Tripoli. 22 secondes, énorme parapluie en main au sortir d’une voiture. Rien qui visuellement ne permette vraiment de confirmer la présence du leader Libyen à Tripoli.

«Je vais voir les jeunes sur la place verte. C’est juste pour prouver que je suis à Tripoli et non au Venezuela et démentir les télévisions, ces chiens», s’est-il contenté d’affirmer en réponse aux informations diffusées lundi par plusieurs télévisions et médias internationaux, selon lesquelles il aurait quitté la Libye pour le Venezula. Le leader aurait aussi démenti être réfugié en France, selon certaines traductions non encore vérifiées.

Sur un bandeau rouge, la télévision nationale a inscrit ensuite: «Dans une rencontre en direct avec la chaîne satellitaire Al-Jamahiriya, le frère leader de la révolution a démenti les rumeurs des chaînes tendancieuses.»

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, avait déclaré dans l’après-midi en marge d’une réunion à Bruxelles que le colonel Kadhafi pourrait avoir fui son pays et être en route vers le Venezuela, ce que Caracas dément.

Les violents affrontements se sont poursuivis lundi en Libye, y compris dans la capitale Tripoli et dans plusieurs villes aux mains des manifestants.

Là encore la télévision d’Etat dément: «Ils disent qu’il y a des massacres dans plusieurs villes, villages et quartiers en Libye. Nous devons lutter contre ces rumeurs et mensonges qui font partie d’une guerre psychologique», est-il écrit sur un bandeau rouge qui passe sur la télévision Al-Jamahiriya. Ces informations «visent à détruire votre moral, votre stabilité et vos richesses».
Conseil de sécurité de l’ONU

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a réclamé lundi dans un entretien téléphonique avec le colonel que les violences contre les manifestants cessent «immédiatement», selon son porte-parole. Ban Ki-moon a annoncé plus tard la tenue mardi d’une réunion du conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la Libye.

La télévision d’Etat libyenne a annoncé que les forces de sécurité menaient une opération contre «les repaires de saboteurs et de terroristes», qui a fait «plusieurs morts» lundi.

L’armée a bombardé des dépôts d’armes situés loin des zones urbaines, selon Seïf Al-Islam, un des fils du colonel, cité par la télévision.
Des habitants de Fachloum et de Tajoura, quartiers de la banlieue de Tripoli, joints dans la soirée au téléphone, ont fait état de véritables «massacres» et d’«hommes armés tirant de manière aveugle» et tuant «même des femmes».

De 300 à 400 morts

Le bilan de la répression en Libye se compte désormais en centaines de morts: Human Rights Watch avance le chiffre de 233 morts, tandis que la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) a fait état de 300 à 400 morts.

«Beaucoup de villes sont tombées, notamment sur l’est de la côte. Des militaires se sont ralliés» au soulèvement, a déclaré à l’AFP la présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen, citant notamment Benghazi, bastion de l’opposition.

Face à ces violences, les compagnies pétrolières implantées en Libye, comme le britannique BP, le français Total, l’italien ENI, l’espagnol Repsol, le norvégien Statoil et les allemandes Wintershall et RWE Dea, ont commencé à évacuer leurs salariés.

Les Etats-Unis ont eux ordonné le départ de leur personnel diplomatique «non essentiel». Plusieurs pays européens ainsi que la Russie préparaient l’évacuation de leurs ressortissants.

Conséquence de la situation en Libye – membre de l’Opep et 4e producteur de pétrole en Afrique -, le prix du brut a grimpé lundi au-dessus de 105 dollars le baril à Londres, un niveau plus vu depuis fin septembre 2008.