Jordanie: Premières violences contre le mouvement de contestation

JORDANIE

Premières violences contre le mouvement de contestation

Le Soir d’Algérie, 19 février 2011

Des partisans du régime jordanien ont attaqué hier une manifestation de centaines de jeunes qui réclamaient des réformes, faisant plusieurs blessés, les premières violences dans le royaume depuis le début du mouvement de contestation sociale et politique en janvier.
Contrairement à plusieurs autres pays arabes où des révoltes sont réprimées de façon violente, les manifestations dans le royaume s’étaient déroulées jusqu’à présent de façon pacifique. Près de 400 jeunes selon les organisateurs, 300 selon la police, ont manifesté après la prière du vendredi en faveur de «réformes politiques», d’un gouvernement «élu» et de «la fin de la corruption ». Une «dispute» a éclaté «entre une manifestation de partisans du gouvernement et un autre rassemblement se trouvant au même endroit», a déclaré le porte-parole de la police Mohamad Khatib, faisant allusion à un rassemblement de jeunes protestataires. Des manifestants ont indiqué pour leur part à l’AFP avoir été poursuivis par des partisans du gouvernement qui les ont frappés, certains avec des bâtons. Huit personnes ont été blessées selon eux. L’agence officielle Petra a fait état de son côté de «milliers de manifestants partisans du gouvernement» scandant : «nous sommes prêts à mourir pour toi, ô Abou Hussein», en référence au roi Abdallah II de Jordanie. Une «dispute» entre cette manifestation et une autre appelant à des réformes «a poussé la police à intervenir et l’incident s’est terminé pacifiquement», a affirmé Petra. Cette version des faits est cependant contredite par des images diffusées par la chaîne de télévision satellitaire Al-Jazira montrant des personnes tapant des manifestants à l’aide de ce qui semble être des bâtons et des barres de fer. Issam Khawajah, secrétaire général du parti Hashed (gauche), qui a participé à la manifestation, a affirmé qu’une centaine de «voyous» avaient attaqué «avec des bâtons et des barres de fer» les manifestants. Il a également fait état de huit blessés. «Nous poursuivrons notre action, vendredi prochain, ce sera une journée de colère dans tout le royaume», a-t-il dit lors d’une conférence de presse. Un journaliste du quotidien indépendant Al-Arab Youm, Moawafak Mahadine, a indiqué à l’AFP avoir été hospitalisé avec son fils après que des «voyous» les ont «frappés avec des bâtons». Le journaliste, qui a dit avoir eu le bras cassé, est sorti de l’hôpital mais son fils Firas, un réalisateur de 30 ans, «souffre d’une commotion cérébrale et se trouve toujours hospitalisé ». Une source médicale a confirmé l’hospitalisation de deux blessés. Le ministre d’Etat jordanien de l’Information, Taher Adwan, a déclaré à l’AFP que les manifestants et les forces de l’ordre avaient été «surpris» par un groupe qui avait attaqué les manifestants à coups de bâtons. «Les manifestants et les forces de l’ordre ont été surpris par l’apparition d’un groupe armé de bâtons, qui a attaqué les manifestants, faisant des blessés», at- il dit. «Le gouvernement condamne cet incident. La manifestation était pacifique et ce qu’ont fait les assaillants est en violation avec la liberté de ces citoyens». «Le gouvernement suit de près l’enquête pour connaître les auteurs de ces actes et ceux qui les ont encouragés et réaffirme son engagement pour les réformes politiques surtout les lois régissant les libertés». Mercredi, une trentaine d’universitaires s’étaient rassemblés devant le palais royal à Amman pour demander de «limiter les pouvoirs du roi Abdallah II» et réclamer des «réformes constitutionnelles ». Près de 1 500 personnes avaient manifesté le même jour à Irbid, deuxième ville de Jordanie (nord), pour dénoncer la «corruption» du gouvernement et demander des réformes politiques, selon des participants.