L’Egypte au pied du mur face aux conditionnalités du FMI

L’Egypte au pied du mur face aux conditionnalités du FMI

par Saïd Mekki, Le Quotidien d’Oran, 9 avril 2013

Derrière la crise politique en Egypte, il y a une impasse économique. Les «Frères musulmans» au pouvoir ont louvoyé, les aides du Qatar et de l’Arabie Saoudite ne venant, il ne reste plus que le FMI et ses conditionnalités. Le Caire est au pied du mur.

L’Egypte est un pays ou l’islam politique démontre quotidiennement une terrible incapacité à affronter une situation économique en rapide dégradation. Depuis sa prise de pouvoir, le président «frère musulman» Mohamed Morsi montre une incapacité à juguler une crise qui met en péril les fragiles équilibres de la société égyptienne. Tous les indicateurs sont au rouge. Le taux de chômage, officiellement de 13%, contre 9% avant la révolution, atteint 25% chez les jeunes dans un contexte de nette contraction des Investissements Directs Etrangers (IDE). Les complexes touristiques de Charm El Cheikh ou de Hurghada sur la mer sont très nettement sous-occupés et une promenade au Musée des Antiquités, place Tahrir, ou aux Pyramides permet de le constater de visu : la fréquentation touristique semble avoir touché un niveau d’étiage. Ainsi la croissance pour 2011/2O12 est à peine de 1,5% en très fort recul par rapport au dernier exercice 2009/2010 de l’ère Moubarak où elle avait dépassé le seuil de 5%. La dette souveraine égyptienne a été dégradée il y a dix jours par l’agence Moody’s. Les taux d’intérêt sur les obligations égyptiennes à échéance 2020 ont grimpé depuis lors de 89 points de base, à 8,3 %.

L’ECONOMIE AU RALENTI

Achraf Al Arabi, le ministre du Plan, l’admet sans ambages, la situation économique égyptienne est «préoccupante» et nécessite la relance urgente de l’activité. Le ministre a annoncé, dimanche, que son pays espère une révision à la hausse du montant du prêt de 4,8 milliards de dollars en cours de négociations avec le FMI. L’Egypte va faire le forcing lors assemblées de printemps (entre le 16 et le 21 avril) du FMI pour obtenir des financements additionnels afin de permettre la couverture d’un déficit de financement jusqu’à la mi-2015. Ce déficit budgétaire devrait dépasser, selon Achraf Al Arabi, le seuil critique des 10% du PIB. Il serait proche de 12% soit environ 20 milliards de dollars dans une situation où le taux d’inflation pourrait dépasser 12% à la fin de l’exercice en cours. La conclusion rapide d’un accord avec le FMI est d’autant plus nécessaire que le niveau de réserves de change est passé de 36 milliards de dollars avant la chute de Moubarak à 13,5 milliards de dollars, soit entre deux et trois mois d’importations. Financièrement étranglé, le pays tourne au ralenti, de nombreuses stations-service sont fermées et les centrales électriques ne sont plus régulièrement livrées en fuel provoquant les délestages à répétition qui affectent la capitale. Des coupures de courant qui risquent de se répéter à l’approche de l’été caniculaire et du pic de consommation électrique du à l’utilisation des climatiseurs. Des cargaisons de pétrole sont bloquées dans les ports depuis plusieurs semaines faute de règlement, les autorités égyptiennes donnant la priorité aux produits alimentaires de première nécessité.

LES FRERES SANS DOCTRINE…

Pour rappel, l’Egypte et le FMI étaient parvenus à un accord en novembre sur le déblocage d’un crédit de 4,8 milliards de dollars. Mais le président Mohamed Morsi a repoussé la mise en œuvre de certaines conditionnalités, dont une hausse de la TVA et la suppression progressive des subventions à la consommation d’énergie, sans proposer d’alternative. Le Caire est à présent au pied du mur. Il devra se résoudre à imposer de très impopulaires hausses d’impôts et à réduire significativement les subventions sur les prix du pain et des carburants. L’arrêt même progressif du soutien aux prix de l’énergie n’est pas une décision simple car elle se traduirait par un regain d’inflation qui impacterait directement les paysans obligés d’alimenter leurs engins pour la récolte prochaine. L’inflation est également nourrie par la chute de la livre égyptienne, qui renchérit les produits alimentaires importés. La facilité du FMI est donc cruciale pour l’Egypte. Le Caire qui a vainement compté sur l’assistance des pays «frères», notamment l’Arabie Saoudite et le Qatar, mesure l’impasse dans laquelle son absence de politique économique l’a fourvoyé au moins autant que les inévitables conséquences des changements politiques. Pour de nombreux observateurs, les Frères Musulmans, sans doctrine économique autre que celle d’un libéralisme de type bazariste, ont été incapables de formuler une stratégie de gestion et de développement intelligible et crédible, susceptible d’être soutenue par les acteurs économiques internes et les partenaires étrangers. L’ampleur des défis auxquels est confronté un pays de 85 millions d’habitants sans grandes ressources naturelles impose pourtant des décisions courageuses autrement plus convaincantes que des palliatifs conjoncturels, certes nécessaires mais totalement insuffisants, pour tenter de remédier efficacement aux graves déséquilibres structurels égyptiens.