L’Egypte, un an après la chute de Moubarak: L’appel à la désobéissance civile n’a pas été suivi

L’Egypte, un an après la chute de Moubarak: L’appel à la désobéissance civile n’a pas été suivi

par Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 12 février 2012

L’appel à la grève et à la désobéissance civile pour le départ «immédiat» des militaires n’a pas eu, hier, l’écho escompté. Les islamistes, FM et salafistes, mais aussi d’autres organisations politiques y étaient opposés. Un an après la chute de Moubarak, place Tahrir est affaiblie et le jeu politique se fait entre les militaires et les islamistes.

Un an après la démission de Hosni Moubarak, annoncée le 11 février par le vice-président Omar Souleimane après 18 jours d’une grande révolte populaire, les Egyptiens connaissent un certain désenchantement. Les islamistes ont pris le dessus à l’issue des élections législatives, les militaires sont toujours au pouvoir et ne semblent pas décider à passer la main aux civils. Les activistes de la place Tahrir ont appelé à la grève générale et à la désobéissance pour exiger un départ immédiat de l’armée. L’appel a été peu suivi témoignant, une fois de plus, de l’affaiblissement politique des jeunes révolutionnaires de la place Tahrir. Sans être acquise aux militaires, la population qui a majoritairement voté pour les Frères musulmans et les salafistes aspire à une stabilisation de la situation. Pourtant, vendredi, la mobilisation était importante. Des milliers de manifestants ont marché vers le ministère de la Défense sous le slogan de «A bas le pouvoir militaire, le peuple veut la chute du maréchal», ciblant ainsi directement le maréchal Hussein Tantaoui, le chef du CSFA au pouvoir.

«COMPLOTS» ET «CHAOS»

L’échec de l’appel à la grève et à la désobéissance civile est moins lié au discours de dramatisation du Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui a évoqué des «complots contre la nation» visant à saper les institutions de l’Etat et à semer le chaos qu’à des divergences de stratégie et de démarche entre les jeunes de la révolution et le désormais parti dominant des Frères musulmans. L’appel au départ immédiat des militaires a été contré par des personnalités religieuses et des groupes politiques dont les Frères musulmans. Hier, selon les agences de presse, les moyens de transport fonctionnaient normalement, le canal de Suez n’a pas cessé ses activités. De nombreux Egyptiens dont les revenus se sont encore davantage amenuisés au cours d’une année de transition chaotique ont d’autres soucis. «Nous avons faim et nous devons nourrir nos enfants», a déclaré un chauffeur d’autobus. Au plan politique, le «front» qui a poussé Moubarak vers la sortie et vers la prison est fortement fissuré. Entre les islamistes, majoritaires au parlement qui veulent avancer avec prudence, et les courants de gauche, libéraux et des syndicats indépendants, la vision n’est plus la même. Même si la méfiance à l’égard du pouvoir militaire paraît largement partagée. Les Frères musulmans ont choisi d’être en phase avec une opinion qui paraît lassée des mouvements de rues.

LASSITUDE

Beaucoup pensent qu’un retour à la stabilité pour permettre la relance d’une économie frappée d’asthénie par une année très mouvementée est la priorité. Le travail efficace des Frères musulmans qui encadrent une partie des classes politiques est relayé par les médias publics qui ont mené campagne contre l’appel à la grève. « La nation rejette la désobéissance civile », titrait le journal Al-Ahram. Au niveau de la principale gare du Caire des banderoles annonçaient que les «conducteurs de train et leurs adjoints refusent la désobéissance civile». Il reste que ceux qui ont appelé à la désobéissance civile ne désarment pas malgré le résultat peu probant d’hier. «Aujourd’hui est la première étape réelle vers la désobéissance civile », a déclaré Mohamed Abdel Aziz, coordinateur du mouvement Kefaya. Mais le mouvement en faveur de la désobéissance civile a peu de chance de prendre du fait du refus des Frères musulmans d’y prendre part. Les FM ont beau avoir durci le ton contre le gouvernement après le carnage de Port-Saïd, ils restent sur une option «stabilisatrice» qui évite une confrontation directe avec les militaires au pouvoir. Ce qui pousse d’ailleurs leurs adversaires à les accuser d’avoir conclu des «arrangements» avec l’armée.