Libye : Alger reconnaît du bout des lèvres le CNT

Libye : Alger reconnaît du bout des lèvres le CNT

El Watan, 23 septembre 2011

Les relations de l’Algérie avec le Conseil national de transition libyen vont passer au stade de relations «officielles». Hier, à New York, Mourad Medelci s’est aligné sur l’Union africaine, mettant fin à six mois de conflit larvé avec les nouvelles autorités libyennes.

C’est le dernier épilogue dans les relations mouvementées qu’ont connues l’Algérie et le CNT depuis le début de la crise libyenne. Le gouvernement algérien a décidé de reconnaître les nouveaux maîtres de la Libye comme étant les seuls représentants du peuple libyen. Cette reconnaissance fait suite à celle annoncée un peu plus tôt par l’Union africaine. Dans le communiqué diffusé par le ministère des Affaires étrangères, le gouvernement algérien se garde bien de parler de «reconnaissance», mais préfère évoquer «sa volonté de travailler étroitement» avec le Conseil national de transition… et déclare sa volonté de «travailler étroitement avec les nouvelles autorités libyennes pour favoriser les conditions de la préservation de la paix et de la sécurité et de la stabilité dans la région». Une façon pour le pouvoir algérien de ne pas perdre la face. Alger, qui s’était vu reprocher, par la communauté internationale, son «ambiguïté» sur la Libye, s’est toujours refusé à reconnaître le CNT.

Accusations graves

Cette position avait provoqué l’ire des représentants du CNT qui n’ont pas cessé d’accuser Alger de l’envoi de mercenaires et d’armes pour soutenir le régime d’El Gueddafi. Les autorités algériennes ont régulièrement démenti ces allégations. Début juin, en visite en Algérie, le responsable du Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), le général Carter F. Ham, avait démenti l’envoi par l’Algérie de mercenaires en Libye. A la fin du mois d’août, la décision du gouvernement algérien d’accorder l’asile «humanitaire» à deux des fils du colonel El Gueddafi, à savoir Hannibal et Mohamed, à sa fille Aïcha, et à sa seconde épouse Safia va provoquer une nouvelle tension entre Alger et le CNT.

Le Conseil national de transition jugera cette décision «très imprudente» et accusera les autorités algériennes d’agir contre «les intérêts du peuple libyen». Début septembre, le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, avait déclaré à Paris, en marge de la conférence de soutien à la «Libye nouvelle», qu’Alger attendait la formation d’un gouvernement d’union nationale pour reconnaître le nouveau régime de Tripoli. Mardi, le numéro deux du CNT, Mahmoud Jibril, a affirmé que la composition complète du gouvernement sera finalement annoncée «dans une semaine à dix jours».

à chaud

-FLN. Kassa Aïssi. Chargé de l’information et de la communication :
Toutes les conditions sont réunies

C’est maintenant que toutes les conditions sont réunies pour que l’Algérie reconnaisse le CNT. L’Algérie a l’habitude de réagir dans le cadre d’une concertation internationale, notamment dans le cadre de la Ligue arabe et de l’Union africaine. Vient ensuite la position du CNT par rapport à l’Algérie. Après plusieurs mois d’accusations, le CNT est revenu à de meilleurs sentiments, ce qui a donc facilité à l’Algérie cette reconnaissance. Et l’Algérie n’aurait pas reconnu le CNT, si ce dernier était resté sur ses positions hostiles. Enfin le gouvernement libyen s’est élargi à d’autres parties.

-MSP. Mohamed Djemâa. Chargé de communication : Condamnée à reconnaître le CNT

Il s’agit d’une bonne chose. Mieux vaut tard que jamais. Nous savions que l’Algérie était condamnée à reconnaître le CNT. Nous étions sûrs qu’après le malentendu entre les deux parties, une entente s’installerait. Contrairement aux estimations de certaines personnes, il ne s’agit pas d’une humiliation. Au contraire, les Libyens ont compris l’enjeu et la place fondamentale de l’Algérie, et ils n’ont pas hésité à entreprendre de bonnes initiatives, ce qui a facilité à l’Algérie cette reconnaissance.

-FNA. Moussa Touati. Président : L’Algérie a failli à sa mission

Il y a un principe fondamental dans la diplomatie : nous devons être avec le peuple, pas avec les régimes. Mais l’Algérie a failli à sa mission. Or, aujourd’hui, nous avons perdu un peuple et il est difficile de regagner sa confiance. J’estime qu’il n’est pas aisé de récupérer notre belle image que le peuple libyen avait de nous.

Salim Mesbah