MAROC, LIGUE ARABE, OCI…: Ce qui irrite l’Algérie

MAROC, LIGUE ARABE, OCI…

Ce qui irrite l’Algérie

Publié par Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 9 mai 2018

L’Algérie a-t-elle tiré les leçons des derniers développements survenus suite à la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran ? Ira-t-elle vers la révision des mécanismes censés œuvrer pour prévenir des situations semblables à celle à laquelle le pays a fait face il y a quelques jours ?
Abla chérif – Alger (Le Soir) – A Alger, tout porte à croire que décision a été prise de «laisser couler», expression utilisée pour désigner une situation qu’il est préférable de ne pas envenimer par des réactions trop hâtives. Le pays s’est officiellement exprimé à la suite des graves accusations marocaines, a encaissé sans broncher la mise en place d’un bloc arabo-musulman aux côtés de ses détracteurs et préfère aujourd’hui observer, en silence, toujours, l’évolution des évènements. La démarche habituelle n’a été en rien modifiée.
A l’intérieur, comme à l’extérieur, la série de faits survenus il y a un peu plus d’une semaine sont analysés, décortiqués, des hypothèses circulent… L’Algérie a été, en effet, indirectement accusée par les Marocains d’avoir laissé des diplomates iraniens transférer à partir de son territoire des armes livrées par le Hezbollah aux combattants sahraouis. Grossière accusation rapidement démentie par la représentation iranienne à Alger, son gouvernement, le Hezbollah lui-même et le MAE algérien qui a réagi en convoquant l’ambassadeur marocain. L’affaire aurait pu s’arrêter là, manœuvre supplémentaire parmi toutes celles auxquelles nous a habitués le royaume obsédé par son voisin trop attaché à l’idée d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui. Mais des développements ont très vite démontré que cette nouvelle manœuvre était en fait inscrite dans une véritable stratégie dans laquelle les pays du Golfe apparaissent en premier lieu.
L’Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, Oman et les Emirats arabes unis se sont dressés pour apporter leur soutien au Maroc déclarant de manière presque directe leur hostilité à l’Algérie. Ces monarchies ont surtout usé de tout leur poids pour entraîner la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique (OCI) dans leur sillage. L’Algérie, qui fait pourtant partie des Etats qui les composent et les financent, a été mise sur le banc des accusés. Un coup sérieux, commentent des spécialistes du dossier, «même si en apparence, on fait croire à un incident comme il en existe partout à travers le monde».
Depuis, des voix de plus en plus nombreuses s’expriment en faveur d’une révision de toute la stratégie algérienne «envers certains pays de la région et certaines organisations arabes». Sur le plan régional, nous dit-on, la patience de l’Algérie a été mise à rude épreuve face aux attaques répétées du Maroc. Le pays s’est toujours refusé à verser dans la polémique inutile et dont le voisin tirerait principalement profit en alimentant un faux débat destiné à détourner son opinion des problèmes réels.
Manœuvres et fausses accusations se sont pourtant multipliées ces derniers mois. «Rappelez-vous, indique une source, de ces malheureuses familles syriennes qui ont été bloquées aux frontières algéro-marocaines tout le Ramadhan dernier sous prétexte que l’Algérie introduisait des réfugiés sur le sol marocain pour déstabiliser le royaume. Mais lorsqu’elle a fait part de son intention d’aider ces personnes à quitter le territoire brûlant, les autorités marocaines ont refusé de les laisser passer.
L’affaire a duré plus de trois semaines. Elle visait à détourner l’attention sur un problème bien réel celui-là et dont les Algériens ont très peu parlé. Il s’agit de l’immigration clandestine qui transite par les frontières ouest. Une porte a été ouverte dans cette zone et des centaines de personnes ont été ainsi déversées dans les wilayas limitrophes au moment où le pays repousse quotidiennement des centaines de tentatives d’entrées illicites au niveau des frontières sud. Le Maroc joue actuellement cette carte.
Des soupçons très sérieux laissent également croire que ces services, très présents au Mali, ont manipulé les individus qui ont récemment attaqué notre représentation à Bamako. Ce qui s’est passé est grave, tout aussi grave que les récentes accusations ou celles contenues dans la lettre remise au secrétaire général des Nations-Unies. Le royaume est dans une logique de confrontation et l’Algérie ne peut rester indéfiniment patiente, se faire insulter, parfois humilier (c’est ce qui s’est passé récemment)… La situation doit être bien réfléchie, l’adversaire ou les adversaires profitent probablement de failles qu’il faut absolument combler.»
Beaucoup s’interrogent, d’autre part, sur la nécessité de poursuivre «la route» auprès «des organisations arabes qui ont montré leur vrai visage». Des cercles bien informés rappellent que «nous assistons à la mise en place d’un nouvel ordre mondial, une recomposition qui entraîne de véritables chamboulements dans lesquels certains pays ne se retrouvent pas. C’est le cas du Maroc prêt à s’accrocher à n’importe quel wagon pouvant assurer la survie du système en place pendant un certain temps encore. L’Algérie doit se préparer, se positionner en fonction de ses intérêts et tout en restant fidèle à certains de ses principes, mais cela ne peut s’effectuer qu’à travers des démarches claires. Les tergiversations ou positions approximatives ne mènent à rien. Nous l’avons constaté récemment, Alger a avalisé un communiqué de la Ligue arabe qui ne condamnait pas les frappes en Syrie, et dans lequel l’Iran était présenté comme le grand ennemi alors qu’elle se dresse habituellement contre ce genre de pratiques. L’objectif étant d’éviter de s’attirer des inimitiés de part et d’autre, mais ça ce n’est pas une position, et la situation n’a pas empêché la Ligue arabe, l’OCI et tous les pays de la monarchie de se dresser contre nous à la moindre occasion.»
Des diplomates s’étant exprimés récemment de manière anonyme dans plusieurs organes de la presse algérienne (dont El-Khabar) ont appelé directement les autorités à la mise en place de mécanismes adaptés aux modifications en cours. Alger y réfléchit sérieusement, soutiennent de nombreuses sources.
A. C.