Belkhadem déclare le malaise de l’Algérie au sein de la ligue arabe

BELKHADEM DÉCLARE LE MALAISE DE L’ALGÉRIE AU SEIN DE LA LIGUE ARABE

«Elle n’est pas une ligue, encore moins arabe»

Le Soir d’Algérie, 20 février 2012

S’il y a quelqu’un qui peut traduire en mots crus tout le malaise de l’Algérie au sein de la Ligue arabe sans que cela ne provoque le clash diplomatique, c’est bien Abdelaziz Belkhadem, le ministre d’Etat, représentant personnel du chef de l’Etat. Hier, sur les ondes de la Radio Chaîne III, il a dit tout le mal qu’il pense de la ligue.
Sofiane Aït Iflis – Alger (Le Soir) – Un brin enthousiaste, l’air de quelqu’un qui n’attendait que l’opportunité de produire un avis, Abdelaziz Belkhadem, à la question d’apprécier le rôle de la Ligue arabe dans le conflit syrien, a de suite répondu : «La Ligue arabe n’est pas une ligue, encore moins arabe qu’elle ne s’appelle. Une ligue qui fait appel au Conseil de sécurité contre un de ses membres fondateurs ou à l’Otan pour détruire les capacités des pays arabes a besoin d’être profondément revue.» Voilà qui révèle combien l’Algérie étouffe au sein de la Ligue arabe qui, depuis une année, est montée au front diplomatique contre les dictateurs et dictatures arabes. Depuis l’avènement des révolutions arabes, l’Algérie, faute d’infléchir les positions de la ligue et réorienter les mouvements que lui imprime le Qatar, s’est résignée à faire bon cœur contre mauvaise fortune, multipliant les réserves quant à ce que la ligue entreprend comme résolutions. C’est le cas pour la dernière résolution de la ligue qui en appelle à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Car, comme pour la Libye, pendant que la guerre civile faisait encore rage, l’Algérie croit toujours possible une solution entre Syriens. Belkhadem, qui, il vrai, s’est exprimé en tant que secrétaire général du FLN, l’a répété hier : «La situation en Syrie est grave, il faut permettre aux Syriens de décider par eux-mêmes quel régime ils veulent avoir». La lecture paraît totalement décalée de la réalité, tant est qu’il s’agit de mettre fin à une répression du régime syrien contre la population particulièrement sanglante.

UMA : il faudra bien nous regrouper

Si Abdelaziz Belkhadem trouve matière à vilipender la Ligue arabe qui, à ses yeux, livre ses membres au Conseil de sécurité et à l’Otan, il s’affirme en revanche acquis à l’idée d’un rapprochement avec les pays maghrébins voisins et pour une relance de l’UMA. «On ne peut pas vivre indéfiniment dos à dos. Il faut bien se regrouper. Les temps sont aux grands espaces et non aux petites entités, même si elles sont porteuses.» Le secrétaire général a souligné, au passage, que l’UMA, dont les premiers jalons ont été posés en 1958 à Tanger en même temps que l’Union européenne à Rome, a accusé beaucoup de retards. Mais cette disponibilité à reprendre la construction de cette entité régionale ne laisse pas Belkhadem aller jusqu’à dire qu’il faille de suite ouvrir les frontières terrestres avec le Maroc. Par ailleurs, comme pour ajuster une pique au MSP et le reste des partis islamistes qui vouent une admiration éperdue à la Turquie d’Erdogan, Belkhadem a estimé que le modèle turc n’est pas nécessairement le meilleur modèle. «Il y a le modèle malais dont on ne parle pas.» Pour lui, le modèle turc se commercialise bien parce qu’«à l’intérieur d’une constitution laïque, il y a un pouvoir islamiste et le tout fait partie de l’Otan». Et, vraisemblablement sans faire exprès, il a appuyé une précédente affirmation d’Ahmed Ouyahia, laquelle a énormément déplu. «La Turquie des années 1950 et 1960 a soutenu la France pour la colonisation», a-t-il asséné.
Les islamistes nombreux et puisent dans le même vivier électoral
Le même Belkhadem qui a crédité les islamistes de 30 à 40% des suffrages lors des prochaines élections législatives qui, hier, a exclu une majorité parlementaire islamiste. Son raisonnement ? Les partis islamistes algériens vont devoir se partager l’électorat islamiste, puisqu’ils vont tous puiser dans un même vivier électoral. Selon lui, ce ne sera pas la même chose que la Tunisie, le Maroc et l’Égypte qui n’ont vu entrer en compétition électorale qu’un seul parti islamiste pour chaque pays. Même convaincu que les partis islamistes algériens vont se partager les voix de leurs électeurs, Belkhadem n’est pour le moins pas rassuré. «La crainte, c’est de voir ceux qui devraient participer à la prise de décision ne pas se rendre aux urnes.» Autrement dit, il a la hantise de l’abstention qui, selon lui, profitera aux islamistes. Et les redresseurs qui confectionnent des listes indépendantes ? «Le FLN a la carapace dure. Ce n’est pas la première fois qu’il reçoit des coups. Cela n’effritera pas beaucoup la configuration électorale du FLN.» Belkhadem a révélé également que sur les 462 candidats qu’il présentera aux prochaines élections législatives, 119 seront des candidatures féminines. L’autre priorité du FLN ? La révision de la Constitution. Une réforme que Belkhadem dit souhaiter profonde, laquelle aura à clarifier les prérogatives des uns et des autres, d’éviter la dyarchie au sommet, entre le chef de l’Etat et le Premier ministre, et de donner plus de prérogatives au pouvoir législatif.
S. A. I.