Le président Abdel Fattah Al-Sissi mise sur l’Algérie

Le président Abdel Fattah Al-Sissi mise sur l’Algérie

Samir Sobh, Mondafrique, le 26 Juin 2014

La visite surprise du président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, à Alger , il y a deux jours, a suscité beaucoup d’interrogations dans les hautes sphères au sein du monde arabe. Les analystes qui l’ont considéré comme étant un axe face à soi-disant axe Marocco-tunisien, semblent être très loin des réalités des changements qui sont en train de se passer actuellement dans la région du monde arabe et même en Afrique.

La visite du nouveau Raïs égyptien, arrangée par les deux pays en toute discrétion- au point que l’ambassadeur égyptien à Alger, n’était pas au courant-, prouve que Le Caire est désormais déterminée à récupérer son rôle de grande puissance régionale d’antan. C’est-à-dire, après l’avoir perdu suite à la signature des accords de paix avec Israel ; et, de là, la sortie de l’Egypte du cadre du conflit arabo-israélien. De toute manière, force est de constater que les rapports entre l’Egypte et l’Algérie avaient été toujours «politiquement corrects», ce, en dépit des divergences profondes concernant les dossiers irakien et libyen. Pour ce qui est de celui de la Syrie, les deux establishments ont été d’accord sur la nécessité de préserver l’unité du peuple syrien, et refuser tout projet de démantèlement de l’Etat. Ce que certains pays arabes et islamiques, plus particulièrement, le Qatar et la Turquie, ont essayé de faire.

C’est dans ce contexte de récupération de son rôle de leader arabe au Moyen- Orient qu’il faut situer cette visite significative de l’actuel président d’Egypte, de son ancien ministre de la Défense, et le plus important, son ex- patron des Moukhabates militaires (Services de renseignements). En effet, la réunion avec le président algérien, Abdel Aziz Bouteflika, qui était entouré du premier ministre, Abbdel Malek Sellal, le président du Parlement, Abdel Kader Ben Saleh, le ministre de l’Energie et des Mines Youssef Youssefi, et de certains responsables de la lutte contre le terrorisme, veut tout dire. A cela s’ajoute sa rencontre avec le ministre de la Défense, le général Corps, Ahmed Caed Saleh. Un rencontre qui n’a pas été annoncée officiellement.

Retour de l’Egypte en Afrique

Au menu de la première sortie d’Al-Sissi à l’étranger après son élection et sa réunion dans l’avion royal avec le souverain saoudien, le roi Abdallah ben Abdel Aziz à l’aéroport du Caire, plusieurs dossiers politique, économique et sécuritaire, ont été discutés à Alger. Le tout avec pour objectif le soutien du nouveau régime égyptien qui doit surmonter difficultés et défis prioritaires. A cet égard, on apprend que l’Algérie a mobilisé son lobby africain pour assurer le retour de l’Egypte au sein de l’Union africaine dont la réunion démarre aujourd’hui en Guinée Equatoriale. Alger a joué un rôle important dans le processus de réconciliation entre l’Ethiopie et l’Egypte portant sur la solution de la crise du «Barrage Annahda» que l’Ethiopie compte construire sur le fleuve du Nil ; ce qui devrait priver l’Egypte de grandes quantités d’eau. L’artisan de ce rapprochement, Monsieur Afrique , l’actuel chef de la diplomatie algérienne, Ramtam Laâmamra, ancien ambassadeur en Ethiopie entre 1989 et 1992.

Autre dossier traité, la coordination des positions vis-à-vis de la Libye, de la Syrie et de l’Irak au sein de La Ligue Arabe que l’Egypte compte prendre à nouveau en main après que les Qataris la dirige pendant environ dix ans. De plus, les deux parties se sont mis d’accord à mettre fin à ce qui reste comme rôle de l’Organisation internationale des Frères musulmans en Afrique du Nord. Sur le plan économique, L’Algérie va répondre aux besoins de l’Egypte en gaz naturel pour faire face au manque existant, notamment pour la production de l’électricité. Cette décision qui n’a pas annoncée lors de la visite, comprend un volet significatif. En effet, l’Algérie vendra son gaz à l’Egypte à des prix préférentiels pour soutenir l’économie égyptienne. Dans ce même ordre de coopération stratégique d’avenir, les responsables algériens ont promis d’investir dans le secteur des hydrocarbures, notamment dans les projets gaziers dans le Golfe de Suez et dans le domaine de l’Agriculture. En misant sur l’Algérie, Al-Sissi aurait voulu montrer que son pays veut diversifier ses partenaires , et dissiper l’idée que l’Egypte est devenue dépendante des aides des pays du Golfe et serait contrainte à s’aligner sur leurs politiques étrangères.