Yémen: scènes de guerre à Aden, quatre manifestants tués

Yémen: scènes de guerre à Aden, quatre manifestants tués

El Watan, 26 février 2011

Quatre personnes ont été tuées et 40 autres blessées par les tirs de la police lors de la dispersion de manifestations demandant la chute du régime vendredi après-midi et dans la nuit à Aden, grande ville du sud du Yémen, a-t-on appris samedi de sources médicales.
diaporama
Quatre personnes ont été tuées et 40 autres blessées par les tirs de la…
Quatre personnes ont été tuées et 40 autres blessées par les tirs de la police lors de la dispersion de manifestations demandant la chute du régime vendredi après-midi et dans la nuit à Aden, grande ville du sud du Yémen, a-t-on appris samedi de sources médicales.

Aden, la grande ville du sud du Yémen à la pointe de la contestation contre le régime du président Ali Abdallah Saleh, a vécu dans la nuit de vendredi à samedi de véritables scènes de guerre, qui ont fait quatre morts selon les hôpitaux.
Quarante autres personnes ont été blessées lors de la dispersion de plusieurs manifestations dont la principale s’est tenue dans le centre de la ville, en face de l’hôtel Kenya du quartier Maalla, selon des témoins.
« Notre quartier a vécu de véritables scènes de guerre menées par des éléments de la garde républicaine (corps d’élite de l’armée yéménite) qui ont pris pour cible des jeunes innocents voulant manifester pacifiquement », a déclaré un habitant sous couvert de l’anonymat.
L’intervention musclée des forces de sécurité a eu lieu en dépit d’un ordre donné jeudi par le président Saleh de protéger les manifestants quand ils protestent de manière pacifique.
Un responsable des services de sécurité d’Aden, cité par l’agence officielle Saba, a affirmé qu’une marche organisée, selon lui, par l’opposition et des « éléments séparatistes » avait connu des débordements, ce qui a nécessité l’intervention des forces de l’ordre.
Un responsable de l’administration de Maalla, Mohammed Hassan Abdo Cheikh, a indiqué de son côté à l’AFP avoir des « informations selon lesquelles des éléments armés ont tenté d’attaquer un bâtiment administratif de la province d’Aden et ont ouvert le feu sur les gardes qui ont riposté ».
Les manifestations ont pris de l’ampleur après l’annonce de la mort d’un manifestant de 17 ans, Mohammed Ahmed Saleh, qui a été touché vendredi après-midi par des tirs de la police, avant de succomber à l’hôpital, selon des sources médicales.
La foule en colère a envahi plusieurs quartiers de la ville. Certains manifestants ont érigé des barricades et d’autres ont tenté d’attaquer des postes de police.
L’un, situé dans le quartier Crater, a été encerclé pendant deux heures. Un des policiers de ce poste a indiqué à l’AFP que ce siège avait été brisé lorsque les agents se trouvant à l’intérieur avaient fait usage de leurs armes à feu pour se dégager.
Dans le quartier de Mansoura, des manifestants ont incendié un véhicule de la police et saisi cinq fusils d’assaut Kalachnikov, selon des témoins.
Une source hospitalière a confirmé dans la nuit les déclarations de témoins sur la mort d’un autre manifestant, qui n’a pas été identifié, lors de la dispersion de l’une des manifestations.
Le corps d’un autre mort, Haïl Walid, 21 ans, a été transporté à l’hôpital Naqib, selon un responsable de l’établissement.
Enfin, une source médicale du même établissement a indiqué qu’un responsable de la compagnie d’électricité d’Aden, Salem Bachatj, avait été mortellement touché par la balle d’un tireur d’élite devant sa maison.
Ces décès portent à 16 le nombre de morts à Aden depuis le début de la contestation le 27 janvier contre le régime du président Saleh.
Deux autres personnes ont été tuées à Sanaa et une troisième à Taëz, ville située au sud de la capitale qui connaît depuis deux semaines un sit-in permanent demandant le départ du président Saleh.
Les violences à Aden ont clôturé une journée de forte mobilisation à travers le pays qui a vu des dizaines de milliers de personnes — quelque 100.000 dans la seule capitale Sanaa selon les organisateurs — participer à des prières collectives et des marches exigeant « la chute du régime ».
Cette journée était voulue comme celle du « début de la fin du régime » de M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans dans ce pays pauvre et tribal du sud de la péninsule arabique.
AFP