À quoi sert la Ligue arabe ?

À quoi sert la Ligue arabe ?

Publié par Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 17 mai 2018

Face au génocide palestinien, le monde arabe a fait montre d’une frilosité qui a alimenté bien des écrits de presse à l’échelle internationale. La Ligue arabe, une organisation censée défendre les intérêts des Etats qui la composent, n’a pas fait l’objet d’une seule ligne. Dans l’échiquier des structures pouvant influer dans l’orientation des évènements son poids devient quasiment inexistant.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Chercheurs, politologues, spécialistes et journalistes se posent aujourd’hui la même question : à quoi sert actuellement la Ligue arabe ? De quel rôle peut-elle prétendre dans le monde arabe ? Et surtout, quel intérêt les Etats membres ont-ils à continuer à siéger au sein d’une organisation susceptible de ne pas les épargner, voire même de se dresser contre eux en cas de discordance avec les règles dictées par ceux qui en tiennent les rênes ?
Plusieurs pays, parmi lesquels l’Algérie, ont appelé, tout au long de ces dernières années, à réformer cette structure et adapter ses mécanismes aux nouveaux défis de manière à lui permettre d’entreprendre des actions plus proches de la réalité. Durant ces six dernières années, plusieurs Etats, comme le Liban et l’Irak, n’ont pas hésité à laisser leur chaise vide lors de réunions d’urgence convoquées pour évaluer et réagir à des évènements cruciaux.
L’Egypte observe prudemment la Ligue évoluer sur une corde raide et se garde de trop s’impliquer dans ses actions pour l’instant. Les relations de la majorité des pays membres se caractérisent par les mêmes positions : «Observer sans trop s’avancer.»
Le wait and see règne même lorsque les évènements imposent des réactions, un sursaut auquel appellent de toutes leurs forces les peuples arabes.
Face au génocide des Palestiniens sortis manifester leur colère pour protester contre l’inauguration de l’ambassade américaine à El-Qods, cette Ligue a réagi en publiant un communiqué condamnant les massacres. Un texte de pure forme, sans aucun impact, qui se garde surtout de franchir les lignes rouges que semblent s’être tracées l’Arabie Saoudite et les autres monarchies du Golfe.
Le ministre bahreïni des Affaires étrangères n’affirmait-il pas, quelques jours auparavant, qu’Israël «a le droit de se défendre en anéantissant les sources de danger» ? Gêné par ces évènements qui interviennent à un moment où elle opère un rapprochement notable avec l’administration Trump et Israël, Riyadh a été l’un des derniers pays à avoir réagi aux tueries de Ghaza. «L’Arabie Saoudite ne veut pas froisser son nouvel allié israélien», commentait à ce propos la radio RFI. Les Emirats arabes unis ont condamné, quant à eux, «l’usage excessif de la force armée» contre les Palestiniens… Or, c’est entre les mains de ces mêmes Etats que se trouve aujourd’hui cette Ligue.
Cette dernière s’est non seulement éloignée de son objectif principal, porter la voix des peuples arabes et défendre son intérêt, mais se met dangereusement au service de ces mêmes ennemis qu’elle était censée contrer.
A. C.