Vigilance permanente aux frontières de la Tunisie et de l’Algérie

Daech a perdu ses bases visibles en Libye

Vigilance permanente aux frontières de la Tunisie et de l’Algérie

El Watan, 24 septembre 2016

La vigilance est renforcée sur toutes les routes et les frontières en Libye et à l’étranger. La lutte contre Daech est à la une de tous les plans sécuritaires.

Le ministre tunisien de l’Intérieur, Hédi Mejdoub, a attiré l’attention, mardi dernier, dans une déclaration aux médias, sur le fait que «le retour des terroristes des zones de conflits constitue l’un des plus compliqués dossiers auxquels fait face son ministère». Plusieurs informations recoupées, provenant de divers services de renseignement, en 2015 et 2016, indiquent que les bataillons de Maghrébins quittent successivement l’Irak et la Syrie pour s’établir en Libye, notamment à Syrte, Derna, Ajdabya et Sabratha, voire à Tripoli.

Maintenant, la donne a changé avec la chasse à l’homme, opérée contre Daech, dans ces villes. Les «Daechiens» bougent dans tous les sens. Ils reviennent à la clandestinité et l’option des cellules dormantes, en attendant des jours meilleurs. Cette attitude inquiète les responsables sécuritaires des pays voisins de la Libye, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest et au Sud. L’Egypte est concernée tout comme la Tunisie, l’Algérie, le Tchad et le Niger.

Vivre en alerte

Le politologue libyen Ezzeddine Aguil explique, à El Watan, que la lutte contre le terrorisme fait désormais partie du quotidien des citoyens dans plusieurs pays, comme ce fut le cas en Algérie durant la décennie noire. «Lorsque le citoyen sait qu’il y a des milliers de cellules dormantes dans le monde, il ne va pas arrêter de vivre. Mais, il va adapter de nouvelles procédures d’alerte pour se protéger. La lutte contre le terrorisme ne réussit qu’avec l’apport des citoyens», explique-t-il.

Toutefois, chaque pays a ses spécificités en matière de lutte contre le terrorisme. La Tunisie compte un fort contingent de terroristes dans les rangs de Daech, de l’ordre de quelques milliers, toutes destinations confondues. Le ministre tunisien de la Défense, Ferhat Horchani, a déclaré le 6 septembre, lors d’une conférence sécuritaire à Paris, que «le nombre de Tunisiens dans les rangs de Daech en Libye serait de l’ordre du millier et qu’ils constituent une ‘‘menace’’ pour la Tunisie».

Concernant l’attitude adoptée par ces terroristes, M. Horchani reste sur des généralités : «Il est très probable que certains partent vers le Sud, alors que d’autres vont aller vers l’Ouest.» Toutefois, le ministre tunisien confirme que, pour l’instant, les terroristes ne reviennent pas de manière massive vers la Tunisie. Mais, cela n’empêche pas qu’il «faut rester vigilant», a-t-il insisté, en attirant l’attention sur la présence de binationaux franco-tunisiens parmi ces terroristes.

Risques et remèdes

Le politologue libyen Ezzeddine Aguil renchérit sur la question : «Face à ces bombes à retardement, il ne faut jamais plus baisser les bras. C’est un danger continu, comme les accidents de la route, auquel il faut faire le plus possible attention.» Toutes les analyses convergent donc vers le constat que le risque terroriste «fait désormais partie du quotidien» et qu’il faut «vivre avec».

Aussi est-il impératif d’établir des stratégies pour réduire l’impact de ce danger. A ce titre, le ministre tunisien de la Défense ne cesse de déplorer, dans ses sorties médiatiques, l’absence de stratégie régionale face à la problématique des étrangers au sein de Daech en Libye et ailleurs. «Les pays gèrent la question au jour le jour, alors que la guerre contre le terrorisme doit être totale.

Si on traite le terrorisme seulement sur le plan sécuritaire et militaire, on perd la guerre», regrette M. Horchani. Il attire l’attention sur le fait que «le terrorisme, c’est une pensée ; c’est une culture qui se forge dans l’esprit des jeunes. Il faut créer un nouveau type d’éducation, mener aussi un autre type de discours religieux». Pour le ministre tunisien de la Défense, il est «impératif d’inculquer aux jeunes que l’islam ce n’est pas ça (…). Sinon on va avoir, dans quelques années, un monstre plus dangereux que Daech».

Par ailleurs, l’opération menée par Daech, début mars à Ben Guerdane, sur la frontière entre la Tunisie et la Libye, donne une idée sur l’intention réelle de ce groupe terroriste. «L’attaque aurait pu être plus importante, si les Américains n’avaient pas tué une cinquantaine de terroristes dans l’assaut sur leur refuge à Sabratha, une quinzaine de jours auparavant.» Actuellement, après leurs sorties de leurs repaires, les cellules dormantes de Daech sont disséminées dans la région, voire dans le monde. Tous les pays sont donc appelés à établir une stratégie de guerre totale contre ce fléau.
Sellami Mourad