Crise libyenne : Zenten annonce la remise en liberté de Seïf Al Islam El Gueddafi

Crise libyenne : Zenten annonce la remise en liberté de Seïf Al Islam El Gueddafi

El Watan, 12 juin 2017

Seïf Al Islam El Gueddafi avait été condamné à mort en 2015, par un tribunal de Tripoli, pour son rôle présumé dans la répression du soulèvement contre son défunt père en 2011. Son procès avait été cependant dénoncé par l’ONU et des ONG de défense des droits de l’homme.

La brigade Abou Bakr Al Sadiq, un groupe armé activant dans l’Ouest libyen, a annoncé samedi soir avoir libéré, la veille, le fils cadet du dirigeant libyen Mouammar El Gueddafi renversé en 2011 par l’OTAN, Seïf Al Islam, qu’il retient prisonnier depuis novembre 2011. «Nous avons décidé de libérer Seïf Al Islam Mouammar El Gueddafi. Il est désormais libre et a quitté la ville de Zenten», a indiqué le groupe armé en question dans un communiqué publié sur sa page Facebook.

La même source ajoute que la brigade Abou Bakr Al Sadiq a agi conformément à la loi d’amnistie votée par le Parlement libyen. Jusqu’à hier, aucun des proches de Seïf Al Islam n’avait confirmé cette libération. Seïf Al Islam avait été condamné à mort en 2015, par un tribunal de Tripoli, pour son rôle présumé dans la répression du soulèvement contre son défunt père en 2011. Son procès avait été cependant dénoncé par l’ONU et des ONG de défense des droits de l’homme.

Selon le rapport de la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), le procès de Seïf Al Islam et de 36 autres dignitaires de l’Etat libyen sous Mouammar El Gueddafi «n’a pas respecté les normes internationales en matière de procès équitable». Il est également poursuivi depuis 2011 pour «crimes contre l’humanité» par la CPI. Les avocats de Seïf Al Islam avaient déjà affirmé en juillet 2016 que leur client avait été libéré à la faveur d’une amnistie.

Le GNA s’était cependant opposé à cette libération, arguant que cette amnistie, décrétée en avril 2016, «ne pouvait s’appliquer aux personnes accusées de crimes contre l’humanité, comme Seïf Al Islam El Gueddafi». La situation est restée depuis dans le flou. Il faut savoir que la ville de Zenten est contrôlée par des groupes armés opposés au gouvernement libyen d’union nationale (GNA) installé dans la capitale Tripoli et reconnu par la communauté internationale. Les Brigades de Zenten sont alliées au maréchal Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL).

Où se trouve maintenant Seïf Al Islam ? Certains médias français pensent qu’il est «peut-être en Egypte où il dispose de soutiens, mais plus probablement toujours en Libye. Soit dans l’Est auprès d’alliés politiques, dont le général Haftar, soit dans le sud du pays. Peut-être à Sebha, où certains habitants ont célébré, ce samedi soir, l’annonce de sa libération». La même source rappelle que «des groupes proches de l’ancien régime répètent depuis quelque temps que Seïf Al Islam El Gueddafi est le seul capable d’unifier et de stabiliser la Libye, qu’il pourrait même être candidat à une future élection», ajoutant néanmoins que «le fils du leader déchu ne bénéficie pas de la même popularité partout».

Dans un commentaire publié sur sa page Facebook, Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, a estimé que «la libération de Seïf Al Islam, coffre-fort de son père, risque de déranger». «Sa captivité était plus sûre pour lui et pour les autres», a-t-il ajouté.

Hasni Abidi suggère par là qu’il pourrait être assassiné afin d’éviter qu’il ne révèle des éléments compromettants pour des personnalités étrangères et qu’il ne joue un rôle politique dans la Libye post-Mouammar El Gueddafi. Juste avant son arrestation, Seïf Al Islam avait soutenu, par exemple, que son pays avait financé la campagne présidentielle de l’ancien président français Nicolas Sarkozy. A rappeler que trois des sept fils de Mouammar El Gueddafi sont morts pendant la révolution.

L’un des survivants, Saadi El Gueddafi, est toujours jugé en Libye pour son implication présumée dans la répression et le meurtre d’un ancien entraîneur de football. La veuve du dirigeant déchu, Safia Farkech, et trois autres de ses enfants, dont Aïcha, ont trouvé refuge en Algérie puis à Oman.

Zine Cherfaoui