En plus de la levée de l’embargo sur les armes: Alger demande le dégel des avoirs libyens à l’étranger

En plus de la levée de l’embargo sur les armes: Alger demande le dégel des avoirs libyens à l’étranger

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 5 septembre 2016

L’Algérie demande à la communauté internationale de lever l’embargo sur les armes en Libye et le dégel des avoirs libyens à l’étranger.

Le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes a été on ne peut plus direct dimanche à ce propos. Il l’a été notamment vis-à-vis de ce que la communauté internationale se doit de faire en priorité pour régler le lourd conflit libyen. Messahel était hier aux côtés de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU auprès de la Libye. Martin Kobler est en visite officielle pour deux jours en Algérie. Interrogé sur ce qu’attend clairement l’Algérie de l’ONU, précisément quand la communauté internationale sait qui sont les pays qui achètent le pétrole libyen illégalement et qui fournissent les armes aux groupes terroristes, le ministre répond «ce que nous attendons de la communauté internationale, c’est ça, des sanctions». Messahel rappelle alors que « l’Algérie a toujours été pour une solution politique de la crise, nous voulons justement que la communauté internationale exerce des pressions sur les pays qui parasitent ce processus, pour qu’ils sachent que le seul interlocuteur en Libye c’est le conseil présidentiel, tout le monde doit respecter l’unicité des institutions libyennes, la Banque centrale, le responsable de la compagnie pétrolière et le fonds d’investissements, il faut faire en sorte que tout le monde ne doit dialoguer qu’avec ces trois et ne conclue pas de transactions illicites».

Il fera remarquer notamment à l’attention de Kobler que « l’embargo sur les armes en Libye décrété par l’ONU n’est pas respecté, il faut le lever au profit du gouvernement de l’entente nationale pour lui permettre d’avoir des armes, lutter contre le terrorisme et rétablir la sécurité et l’ordre, vous ne pouvez pas demander à quelqu’un de faire quelque chose si vous ne lui donnez pas les moyens qu’il faut». Messahel estime ainsi que «si les Libyens ont besoin d’aide, il faut qu’on la leur donne». Il appelle aussi la communauté internationale à «prendre en charge les préoccupations des pays voisins». Il explique encore qu’«en 2014, il y a des pays qui voulaient une intervention étrangère, nous étions contre parce qu’on sait quand ça commence mais pas quand ça se termine et en général c’est le chaos».

«Ce n’est pas une intervention, c’est une assistance militaire»

Pour sa part, Martin Kobler a déclaré que «la question des sanctions contre les pays qui achètent illicitement le pétrole libyen et fournissent des armes aux groupes terroristes doit être discutée au sein du Conseil de sécurité». L’envoyé spécial du SG de l’ONU pour la Libye a fait savoir qu’« il y a un comité d’experts qui fait des rapports réguliers, transparents sur les pays concernés, avec leur nom (…).» Il tiendra à expliquer la notion de «neutralité» au sein des Nations unies qui dit-il «sont impartiales mais pas neutres, on parle avec tout le monde dans un cadre précis, pour la Libye, c’est la résolution 22-59, nous avons une position basée sur les valeurs onusiennes (droits de l’homme, respect des libertés…), mais on ne discute pas avec Daech, El Qaïda et Ansar Echariaa». Il a aussi voulu clarifier la notion «d’intervention» à propos des frappes militaires en Libye. «Pour ce que font les Américains en Libye, ce n’est pas une intervention, c’est une assistance militaire demandée par le conseil présidentiel libyen.» Messahel rebondit sur la question et rappelle que « le choix de l’Algérie a été de former des cadres militaires, et de la police libyenne mais le choix de nos partenaires d’intervenir militairement, ça a des conséquences sécuritaires sur le pays et sur la région, des dommages collatéraux, l’effet hirondelle est quand on jette un caillou dans la mare, ça part dans tous les sens, l’exemple du Mali est édifiant, il faut qu’il y ait une coordination, un effort global pour lutter contre le terrorisme mais le règlement du conflit doit être par expérience (algérienne) l’affaire des Libyens».

Le ministre note que «nous avons 1001 km de frontières avec la Libye, nous sommes très présents, très actifs sur le dossier libyen et sur d’autres dossiers, cependant, et c’est un peu notre culture, nous sommes très discrets parce que la discrétion est source de réussite». Il continue de souligner que «nous avons mis en garde sur les conséquences d’une intervention militaire, la situation chaotique et ses effets sur l’avenir, le temps nous a donné raison, le constat est fait, il y a un lien direct avec une telle situation et ce qui se passe actuellement en Libye, en Tunisie et chez nous où nos forces de sécurité sont très vigilantes». Messahel estime alors que «nous sommes obligés d’être partie prenante dans un conflit, nous n’avons pas été la cause». Il reste toujours convaincu que «le dialogue inclusif et la solution politique sont les seules pistes pour la paix et la stabilité en Libye».

Préserver l’unité nationale de la Libye

Pour le ministre, «pas de solution sans la préservation de l’unité territoriale et du peuple en Libye». L’Algérie assure par la voix de son ministre que «nous avons des contacts avec toutes les parties, nous n’avons aucun problème avec personne, les Libyens sont unanimes, ils tiennent à leur unité nationale, la Libye a les ressources humaines pour s’en sortir». Il dénonce les interférences de certains pays, qui ont émaillé le processus en Libye en affirmant qu’« il n’y a pas plus dangereux que les interférences, il fallait en préserver le dialogue inter-libyen, Alger en a abrité plusieurs rounds, ce qui a conduit à la conclusion de l’accord politique, c’est la seule capitale où les partenaires libyens étaient dans une même salle et dialoguaient ensemble, on n’a jamais interféré, on a facilité le dialogue et nous l’avons abrité». Messahel continue son plaidoyer en faveur de la question «inter-libyenne» pour dire encore «on s’est battu pour convaincre tout le monde que Tripoli doit rester la capitale de la Libye, la résolution onusienne 22-59 la consacre en tant que telle, nous sommes contre les partenaires qui veulent une capitale provisoire, dans les années 90, on n’a pas changé de capitale, toutes les institutions sont restées comme elles l’étaient à Alger». La Libye est, dit-il, «à construire, il y a des priorités». L’Algérie a déjà lancé à cet effet un mécanisme de consultation avec la Chine et la Russie pour, explique Messahel, «qu’on ait le même agenda sur le dossier pour accompagner les institutions libyennes». Il annonce une réunion des 17 à New York «dans quelques jours, pour consolider les acquis et dépasser les obstacles».

Il accroche encore une fois Kobler, cette fois sur son propos sur les difficultés financières de la Libye en lui lançant «c’est un paradoxe, il y a des fonds libyens qui sont gelés dans des banques étrangères, il faut les dégeler pour permettre au gouvernement libyen de faire face aux problèmes de son pays».

Aujourd’hui, lundi, les partenaires dans le dossier libyen vont se réunir en Tunisie pour discuter des évolutions de la mise en œuvre du processus politique et les mesures à prendre pour faire accepter le gouvernement de l’entente nationale par le Parlement. Les 7 et 8 septembre, Alger abritera sous l’égide des Nations unies «une grande conférence, selon Messahel, sur le rôle de la démocratie contre le discours radical, l’extrémisme, la violence et le terrorisme sous-tendue par la présentation de l’expérience algérienne».