Un Tribunal Russel sur la Palestine

Des Algériens se joignent à l’appel: Un Tribunal Russel sur la Palestine

par Djamel Belaïfa, Le Quotidien d’Oran, 30 août 2009

Plus d’une centaine d’éminentes personnalités du monde entier viennent de lancer un appel à la constitution d’un Tribunal Russel sur la Palestine chargé d’examiner les violations du droit international dont est victime le peuple palestinien et qui le privent d’un Etat souverain.

Selon les signataires de cet appel, dont des Algériens, Ahmed Ben Bella, Ahmed Bedjaoui, Mohamed Harbi, et Leila Shahid, Ken Coates, Boutros Ghali, Eric Cantona, etc., ce tribunal fonctionnera dans les mêmes règles de rigueur absolue que celui qui a siégé sur le Vietnam, sous la présidence de Jean-Paul Sartre en 1967.

L’appel souligne en outre que l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice de La Haye, le 09 juillet 2004, résume l’ensemble des violations du droit international et conclut notamment à l’obligation pour Israël de démanteler le mur et de réparer tous les dommages causés à la population palestinienne du fait de sa construction.

Les signataires rappellent que cet avis a été confirmé le 20 juillet 2004 par la résolution ES-10/75 de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée par 150 Etats membres. Cette résolution, note l’appel, exige qu’Israël, puissance occupante, s’acquitte de ses obligations juridiques telles qu’elles sont énoncées dans l’avis consultatif et que tous les Etats membres de l’Organisation des Nations unies s’acquittent de leurs obligations juridiques telles qu’elles sont énoncées dans l’avis consultatif.

«En s’appuyant, notamment sur cet avis et cette résolution, le Tribunal Russel sur la Palestine réaffirmera la primauté du droit international comme base de règlement du conflit israélo-palestinien. Il se chargera d’identifier les manquements à l’application de ce droit et d’en condamner tous les auteurs devant l’opinion publique internationale», lit-on dans cet appel.

Le Tribunal Russel n’a aucun caractère légal mais agit comme un tribunal populaire des consciences face aux injustices et aux violations du droit international qui ne sont pas prises en compte par les juridictions légales internationales ou qui, quand elles le sont, continuent de se perpétrer en toute impunité du fait du manque de volonté politique de la communauté internationale.

Selon ses signataires, cet appel a rencontré un très grand succès. Plusieurs personnalités prestigieuses l’ont déjà signé. D’anciens dirigeants politiques de haut rang, des prix Nobel de littérature et de la paix, des cinéastes, de grands musiciens et sportifs célèbres, des juristes internationaux, etc. soutiennent l’initiative. Un comité organisateur international (COI) a été mis en place. Il est constitué de grandes personnalités de divers pays dont l’Algérien Brahim Senouci. Un appel à parrainage a été lancé par Ken Coates, président de la fondation pour la paix Bertrand Russel, par Nurit Peled, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, et Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’UE, la Belgique et le Luxembourg.

Des comités nationaux d’appui sont constitués, avec l’accord du comité organisateur international, dans tous les pays où de telles initiatives sont proposées. Ces comités contribuent à la recherche de financement et s’assurent d’une bonne mobilisation populaire et médiatique autour du projet. Deux ou trois sessions du tribunal sont prévues dans des capitales ou des métropoles à la forte charge symbolique. La première session devrait se tenir à la fin du premier semestre 2010.

Pour rappel, en 1966, Lord Bertrand Russel, éminent mathématicien, philosophe, écrivain, prix Nobel et homme politique, prit l’initiative de la création d’un tribunal d’opinion chargé de statuer sur les crimes de guerre des Etats-Unis au Vietnam. Ce tribunal présidé par Jean-Paul Sartre, constitué de personnalités éminentes, rendit une sentence sans équivoque en répondant aux 11 questions relatives à la responsabilité des Américains et de leurs alliés dans la région.

Bien entendu la sentence était purement symbolique. Elle eut toutefois un écho considérable et contribua à la mobilisation de l’opinion internationale. La mission de ce tribunal était de prononcer un jugement moral dans le cas où les lois en vigueur ne consentent pas de procès et de jugements normatifs.