Où aura lieu le second round ?

Où aura lieu le second round ?

K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 22 août 2006

Les Arabes réunis au Caire ont reporté à septembre l’élaboration d’un plan détaillé d’aide à la reconstruction du Liban. Abstenons-nous de critiquer et supposons qu’ils veulent bien faire les choses et que les pays pétroliers réfléchiront à puiser dans la marge de la hausse qui a eu pour cause la guerre d’agression contre le Liban.

On attend donc de bonnes choses malgré eux. Ceux qui sont hantés par « l’extension de l’influence iranienne » vont, par exemple, être plus généreux que l’Iran pour le grand bien des Libanais. Ils le méritent amplement, ces Libanais, ils ont payé pour nous. Pour dire que l’ordre impérial n’est pas une fatalité et que l’on peut, par d’ingénieux moyens du bord, c’est-à-dire des quantités inépuisables de volonté, de l’organisation et de l’intelligence, tenir le coup et empêcher l’enfantement d’un nouveau monstre proche-oriental.

La « première victoire arabe », selon la formule de l’émir du Qatar, vaut bien qu’on ne soit pas avare. Il est plus utile de relancer l’économie du Liban que d’acheter, comme vient de le faire l’Arabie Saoudite, 72 avions de combat Eurofighter (pour la modique somme de 7,8 milliards d’euros payés cash).

Ces avions ne combattront personne et resteront dans les hangars à se faire bichonner par les « coopérants techniques » et finiront, en définitive, par mourir de rouille. Il y a tant à faire au Liban, dans ses villages détruits et dans sa banlieue sud, réduite en ruine. Ne soyons pas mauvaise langue, l’Arabie Saoudite a déjà promis une aide conséquente et gageons qu’elle sera effective, histoire de faire oublier les commentaires déplacés sur « l’aventure aux conséquences non mesurées » du Hizb-Allah et l’ignoble fatwa – magistralement contrée par les religieux du monde musulman – interdisant d’aider et même de « prier » pour la résistance libanaise.

Et puis l’Arabie Saoudite, grande amie du gouvernement libanais dominé par les partisans de Hariri, fera tout pour ne pas laisser le Hizb-Allah seul sur le terrain. C’est qu’il a déjà pris de l’avance en payant cash, comme promis, sans la moindre bureaucratie mais avec un vrai contrôle, les aides aux sans-abri.

Dans cette histoire d’aide, on a entendu un général israélien, à l’humour de nazi, appeler la communauté internationale (c’est quoi ça ?) à empêcher l’Iran de participer à la reconstruction des zones du Liban détruites par l’aviation israélienne. Personne dans la « communauté internationale » n’a eu l’idée de dire à ce général que la solution la plus simple serait que le destructeur soit le payeur, Bush ne serait pas d’accord.

Mais bon, prenons-le de manière positive, ceux parmi les Etats arabes qui craignent, comme le général d’Israël, une extension de « l’influence de l’Iran » n’ont qu’à mettre la main à la poche. Et s’ils pouvaient offrir au gouvernement libanais un bon système de défense antiaérien, ce sera beaucoup plus utile que des avions qui rouillent dans les hangars.

Voilà, mais on attend surtout des Etats arabes « sages » et « modérés » et « ami des Etats-Unis », qu’ils se préparent très sérieusement au deuxième round de la guerre annoncée par Israël. Ils doivent le faire car le Hizb-Allah, tout en gardant ses armes, est décidé à ne pas fournir, ni de prétexte à Israël, ni le moindre alibi aux Etats arabes. Les Etats arabes aux leaderships « modérés » et « sages » doivent voir avec les copains de Washington pour empêcher l’agression… Et être prêts à y riposter en fermant, par exemple, les vannes de ce pétrole qui fait couler tout ce sang. Ne rien faire au « second round », après un premier round qui les a complètement dénudés, sera réellement une « aventure aux conséquences non mesurées ». Le second round pourrait ne pas se dérouler qu’au Liban…