Le rapport Goldstone sur le massacre à Ghaza bloqué

Le rapport Goldstone sur le massacre à Ghaza bloqué

Les droits de l’homme à géométrie variable

El Watan, 4 octobre 2009

Les 1400 martyrs de la sauvage guerre contre Ghaza en janvier dernier doivent se retourner dans leurs tombes : Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a décidé, contre toute attente, de reporter au mois de … mars 2010 le vote d’une résolution sur le rapport d’enquête du juge sud-africain Richard Goldstone sur les crimes de guerre d’Israël.

Pis encore, cette décision injuste a eu l’onction de l’Autorité palestinienne à travers son représentant ! Une attitude qui a mis en boule toutes les autres factions qui ont dénoncé l’alignement de Mahmoud Abbas sur la thèse d’Israël et des Etats-Unis, empêchant ainsi l’agresseur de répondre de ses crimes devant la Cour pénale internationale. Pour les Palestiniens, c’est une autre « nakba » qui consacre une nouvelle fois l’immunité géopolitique d’Israël devant les instances des Nations unies. Mais faut-il s’étonner de ce sauvetage du soldat « Israël » ? Non bien sûr. Le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, avait averti, la veille du débat à Genève, que si le rapport est adopté et qu’Israël « voit son droit à l’autodéfense dénié, il ne pourra pas faire de pas supplémentaires, ni prendre d’autres risques en direction de la paix ».

Un chantage abject qui foule aux pieds la légalité internationale et qui défie ce « machin » des droits de l’homme de l’ONU. Son vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, est allé plus loin en mettant en garde que « les Palestiniens ne peuvent pas essayer de parler de paix d’un côté, et de nous attaquer de l’autre ». Autrement dit, « vous n’allez pas nous forcer à répondre de nos crimes et nous demander après de reprendre le processus de paix ! », semble dire ce responsable. Il faudrait donc enterrer le rapport Goldstone avec les 1400 victimes de Ghaza aussi longtemps que possible pour cacher l’holocauste commis l’hiver dernier. Et cette mystification a bénéficié en la circonstance de la bienveillance des Etats-Unis qui reprennent à l’occasion leur siège au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qu’ils boudent depuis longtemps.

Impunité géopolitique

Il n’est pas fortuit que ce pays, si prompt à casser de l’Iran, du Soudan et d’autres pays faibles et obtenir quand il veut des résolutions contraignantes illico presto contre tous ses adversaires, se soit « félicité » du report du vote. Les Etats-Unis déclarent : « Nous encourageons également les enquêtes à l’échelon national sur les allégations crédibles d’infractions aux droits de l’homme et aux lois humanitaires ». Eh oui, quand c’est Israël qui est dans le box des accusés, les Américains se contentent « d’encourager », eux qui adorent « ordonner », voire « menacer »… Ce scandaleux report de l’examen du rapport de Goldstone, qui, soit dit en passant, n’est pas tout à fait juste du fait qu’il renvoie dos à dos l’agresseur et l’agressé, prouve si besoin est l’incroyable impunité dont jouit l’Etat hébreu au sein des instances de régulation internationales. Cette affaire met également à nu la protection des droits de l’homme à géométrie et à géographie variables selon que l’auteur des exactions soit arabe, musulman et tiers-« mondiste » ou du monde dit « civilisé ».

Pour nettement moins que ce carnage commis par Israël à Ghaza, des pays et des dirigeants qui ne sont pas en odeur de sainteté chez l’oncle Sam ont été traînés dans la boue. Il n’est qu’à rappeler l’acharnement contre la Syrie dans l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, la levée de boucliers contre l’Iran dans le sillage de la répression des manifestations post-électorales ou encore le lancement d’un mandat d’arrêt international contre le président soudanais, Omar El Béchir. En revanche, les Etats-Unis et leurs alliés de la « vieille Europe » n’ont pas bombé le torse devant le régime chinois qui a réprimé, dans le sang, la minorité ouïghoure et la Russie qui a « corrigé » il y a une année leur alliée, la Géorgie. Mais c’est comme cela, le monde est injuste et l’ONU n’est qu’un instrument de cette hégémonie occidentale qui a rendu ce monde aussi fou.

Par Hassan Moali