Gaza: Les oulémas musulmans tirent à boulets rouges sur le régime Moubarak

Ils l’appellent à renoncer au mur avec Gaza

Les oulémas musulmans tirent à boulets rouges sur le régime Moubarak

Par : Merzak Tigrine, Liberté, 30 décembre 2009

Estimant que la construction par l’Égypte du mur d’acier à la frontière avec la bande de Gaza est interdit par la charia, les oulémas musulmans égyptiens et internationaux interprètent cette opération comme une action visant à “renforcer blocus imposé au peuple palestinien, à l’affamer, à l’humilier en vue de le mettre à genoux pour qu’il se résigne aux desiderata d’Israël”.

Ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer la construction par le régime égyptien d’un mur d’acier à la frontière avec la bande de Gaza. Il s’agit des oulémas musulmans, à commencer par ceux de nationalité égyptienne, qui ne mâchent pas leurs mots pour condamner cette entreprise du gouvernement Moubarak.
Ils vont jusqu’à assimiler le silence de quiconque à de la trahison vis-à-vis de la cause palestinienne, voire une “alliance avec les ennemis de Dieu et de la nation musulmane”. Ainsi, les oulémas de l’université d’Al-Azhar estiment que la construction de ce mur est une “guerre contre l’islam et les musulmans et un soutien à l’ennemi pour briser la volonté des Palestiniens, qui militent pour hisser la parole de Dieu et de son Prophète”. Tout aussi virulent, le président de l’Union internationale des oulémas musulmans, Cheikh Youssef al-Qaradhaoui, a déclaré que “le mur en acier construit par les autorités égyptiennes sur les frontières avec la bande de Gaza est interdit par la charia”, tout en signalant au passage que “l’Égypte qui a mené quatre guerres pour les Palestiniens ne doit pas entreprendre une opération à 100% anti-palestinienne”.
Selon lui, “la construction ces jours-ci par l’Égypte du mur d’acier est interdite par la charia, car, ce mur vise à fermer tous les accès à Gaza, afin de renforcer le blocus imposé au peuple, à l’affamer, à l’humilier en vue de le mettre à genou pour qu’il se résigne aux desiderata d’Israël”. Sur sa lancée, Cheikh al-Qaradhaoui dira qu’à travers la construction de ce mur d’acier, l’Égypte est en train de dire aux Palestiniens “succombez, et vive Israël”, car, expliquera-t-il, “les populations de Gaza ont eu recours aux tunnels, comme alternative au point de passage de Rafah souvent fermé, même devant les caravanes humanitaires”.
Il s’est déclaré profondément choqué par ce mur, au point qu’il dise ne pas avoir cru la nouvelle de sa construction : “Lorsque cette information a été publiée pour la première fois, j’en ai récusé la véracité et je me suis alors dit qu’une telle information vise à semer la discorde entre l’Égypte et le peuple palestinien, l’Égypte a également démenti l’information, et puis nous avons été terrifiés d’en apprendre l’exactitude.” En réponse aux déclarations des responsables égyptiens selon lesquels l’instauration du mur est une affaire de souveraineté, cheikh al-Qaradhaoui rétorquera : “L’Égypte est un pays libre et souverain, mais elle n’est pas libre d’aider à tuer les siens, ses frères et ses voisins palestiniens.” Avant d’ajouter que cela ne lui est pas permis “au nom du nationalisme arabe, de la fraternité islamique et de la fraternité humanitaire”.
À ce titre, il soulignera que l’Égypte “doit ouvrir le point de passage de Rafah à la population de Gaza, c’est le seul poumon par lequel ils respirent. C’est son devoir de ne pas participer à asphyxier et à tuer la population de Gaza”. Il ne manquera pas de solliciter l’intervention de la Ligue arabe et de l’Organisation de la Conférence Islamique afin qu’elles œuvrent à arrêter cette tragédie, tout en lançant un appel à tous les amis de l’Égypte afin qu’ils essayent de la dissuader à commettre ce “crime qui demeure injustifié”.
De son côté, un membre du parlement égyptien, Mohamed al-Oumda, a affirmé que la construction de ce mur constitue une “honte” pour tous les Égyptiens, gouvernement et peuple, appelant à un large mouvement pour s’y opposer. Il annoncera avoir intenté une action en justice contre le président Hosni Moubarak et le chef du gouvernement égyptien, pour leur responsabilité directe dans la prise de décision.